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Budget britannique : Londres renforce son centre financier
contre la zone euro
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Budget britannique : Londres renforce son centre financier contre la zone euro

Jeudi, les membres du Parlement anglais ont voté un budget 2012 qui repose essentiellement sur une fiscalité dite "pro-business". Une stratégie qui voudrait rétablir la situation économique du pays, mais qui menace très clairement la cohésion européenne en matière de fiscalité.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Le chancelier de l’échiquier vient de proposer un budget pour l’Angleterre. Il prend en compte une croissance faible (0,8% en 2012 avec une amélioration à 2% en 2013), un déficit budgétaire important (7,6% du PIB  pour 2013 et un ratio dette sur PIB à 93%), et une crise financière et bancaire qui dure. Ce budget a pour principal objectif de retourner la situation.

Pour cela, il entend d’abord réduire la fiscalité non seulement des hauts revenus (elle serait limitée à 45% au-dessus de 150 000 livres par an en 2013), mais plus encore de diminuer l’imposition des entreprises. Le taux principal d’impôt serait ainsi de 26 à 24% en avril 2012, puis à 22% en avril 2014. On l’a compris, le choix industriel de l’Angleterre est la finance, et le moyen d’attirer des esprits et des entreprises est une fiscalité préférentielle.

Dans un contexte plus difficile pour tous en Europe, ceci est un choix, d’évidence, non coopératif. L’Angleterre se place de l’autre côté de la zone euro en concurrence fiscale frontale. Ce choix est évidemment risqué puisqu'attirer des capitaux bancaires et financiers va de pair avec attirer des risques bancaires et financiers, nous l’avons vu récemment avec la nationalisation de la Royal Bank of Scotland.

C’est bien pour cela que cette politique fiscale s’intègre bien avec les choix qui ont été faits dans le cas de la réforme Vickers, dans laquelle il s’agit de protéger les banques de dépôts anglaises. En même temps, la Banque centrale anglaise est mobilisée pour continuer à financer le déficit budgétaire en achetant des bons du trésor, quitte à affaiblir la livre sterling, et à occasionner plus tard, plus d’inflation.

Au total le paysage stratégique anglais se complète. D’abord de la finance avec des entreprises et des banquiers. La fiscalité pour les uns et pour les autres est adoucie, et singulièrement plus qu’en face, en zone euro.

Parallèlement, en attendant que la reprise ait lieu, la banque centrale est mobilisée pour financer le budget. Enfin et surtout, pour que les nouveaux risques que cette stratégie embarque soient aussi contrôlés que possible, nous avons la réforme Vickers qui ne peut évidemment pas tout protéger, mais entend rasséréner le déposant anglais.

Plus profondément, nous verrons comment la zone euro réagit. Mais il est peu probable qu’elle ne fasse rien. L’Angleterre a fait ses choix, à la zone euro de faire les siens.


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