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Le plutonium-238 remplit les batteries des robots envoyés dans l'espace.
Le plutonium-238 remplit les batteries des robots envoyés dans l'espace.
©Reuters

Un carburant pour l'espace

Conquête spatiale : la Nasa va-t-elle être bloquée par une pénurie de plutonium ?

Les Américains disposaient de 39kg de plutonium-238 en 2005, dont environ les deux tiers ont été affectés à des projets de sécurité nationale. Un chiffre qui confirme la thèse de la réduction drastique des réserves.

Cela fait 36 ans que la sonde Voyager 1 a quitté la Terre pour ce qui ne devait être qu'une mission d'exploration de Jupiter et Saturne d'une durée de cinq ans. Mais Voyager 1 a poursuivi sa route pour finalement devenir le premier objet fabriqué par l'homme à atteindre l'espace intersidéral, mettant ainsi une distance 19 milliards de kilomètres entre lui et le soleil. Un exploit totalement impossible si le vaisseau n'était pas alimenté par trois batteries de plutonium-238, un produit qui permet également les voyages de Galileo vers Jupiter ainsi que de Curiosity vers Mars.

Le plutonium-238 se trouve être la seule énergie fiable pour assurer ce genre d'explorations. Ni l'énergie solaire ni les batteries chimiques ne pourraient assumer une telle charge. Cette puissante ressource, sous-produite par l'industrie nucléaire, pâtit toutefois de sa quantité limitée. La Nasa, ainsi que le reste du monde, a quasiment épuisé ses réserves. "Nous avons assez pour durer jusqu'à la fin de cette décennie. C'est tout", explique Steve Johnson, un chimiste nucléaire de l'Idaho National Laboratory. Selon les scientifiques américains, le stock actuel des Etats-Unis serait d'environ 16kg. Une faible quantité lorsque l'on sait que le rover Curiosity en contient déjà 4,5kg. Le département de l'énergie se refuse pour le moment à confirmer ou infirmer cette information mais, selon un rapport établi par le ministère de l’Énergie, les Américains disposaient de 39kg de plutonium-238 en 2005, dont environ les deux tiers ont été affectés à des projets de sécurité nationale, susceptibles d'alimenter du matériel d'espionnage sous-marin. Un chiffre qui confirme la thèse de la réduction drastique des réserves.

L'épuisement des réserves de plutonium serait une catastrophe pour l'exploration spatiale. Sans lui, nous ne serions plus en moyen d'explorer 99% du système solaire. Les scientifiques disposent heureusement des matériaux nécessaires, des réacteurs et des infrastructures pour créer du plutonium-238, qui, contrairement au plutonium-239, ne peut pas être utilisé pour fabriquer une bombe nucléaire. Le gouvernement américain vient d'ailleurs d'approuver un budget d'environ 7,5 millions d'euros par an pour relancer une production abandonnée il y a vingt ans. En mars dernier, le département de l'énergie américain a même produit une petite quantité de plutonium frais à l'intérieur d'un réacteur nucléaire dans le Tennessee.

Si le processus semble bien engagé, les problèmes demeurent. Les amincissements du budget de la Nasa, les ignorances politiques sur le sujet et les fausses promesses de la Russie en matière de ventes - le pays est actuellement le fournisseur exclusif de la planète - rendent compliquée la relance de la fabrication du plutonium-238. Conséquence directe de ce dossier en souffrance : le repoussement des grandes missions d'exploration spatiale. Plusieurs des huit missions robotiques envisagées par la Nasa au cours des 15 prochaines années ont déjà été retardées ou annulées, le départ du jumeau de Curiosity en 2020 nécessitant à lui seul près d'un tiers des réserves.

Outre la production de plutonium, la Nasa va devoir plancher à l'élaboration de nouvelles batteries. Selon Steve Johnson, celles-ci sont "dignes de confiance mais utilisent beaucoup trop de plutonium". Ce générateur d'un nouveau genre est d'ores et déjà en développement, la Nasa ne comptant évidemment pas abandonner ses projets d'exploration spatiales. La quête de l'espace commence finalement comme n'importe quel voyage : en faisant le plein d'essence.

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