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Comment les "experts" travaillent sur les scènes d'attentats (et se préparent au pire)
©Oli SCARFF / AFP

Bonnes feuilles

Comment les "experts" travaillent sur les scènes d'attentats (et se préparent au pire)

Une goutte de sueur, un cheveu, une odeur ou une image capturée par une caméra de vidéosurveillance en disent parfois plus que de longs témoignages. Ce sont ces traces que les spécialistes de la police technique et scientifique (PTS) collectent, analysent et comparent. Malgré les représentations populaires que nous avons de ces experts en pleine action, leur travail reste méconnu. Extrait de "Les experts entrent en scène : la révolution de la science criminelle" de Richard Marlet, aux Editions First (2/2).

Richard Marlet

Richard Marlet

Commissaire divisionnaire honoraire, Richard Marlet a dirigé les services de l'identité judiciaire et de la documentation criminelle du 36 quai des Orfèvres. Il vient de publier Les experts entrent en scène : la révolution de la science criminelle, aux Editions First.

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Les échantillons prélevés sur la scène d’attentat sont d’abord examinés à l’œil nu ou au moyen d’instruments d’optique en vue d’identifier éventuellement des éléments du système de mise de feu par exemple. Un débat est ouvert entre les spécialistes sur l’ordre des priorités d’analyses : génétiques, papillaires, physico-chimique. Il faut absolument éviter qu’une technique puisse empêcher, compromettre ou fausser les résultats d’une autre.

Aux fins de séparer et d’identifier les composants des substances explosives ou des résidus de détonation, trois méthodes chromatographiques (GC) peuvent être utilisées, couplées à la spectrométrie de masse (MS) : la chromatographie sur couche mince (CCM), celle en phase liquide haute performance (HPLC) et la chromatographie en phase gazeuse, déjà abordée pour les incendies. Il s’agit à chaque fois de soumettre les constituants d’un mélange à l’action simultanée de deux phases, l’une stationnaire et l’autre mobile afin de les séparer selon leur affinité à chaque phase. À la sortie des composés du chromatographe, on dispose un ou plusieurs détecteurs qui ont la propriété de déceler la présence d’un composé et de donner un signal électrique proportionnel à sa concentration dans la phase mobile. Tous ces appareils disposent de bases de données pour l’identification des composants. Les nouvelles technologies permettent de « miniaturiser » les systèmes d’analyse pour pouvoir travailler sur des échantillons de plus en plus petits. Mais les prélèvements effectués sur les scènes d’attentat sont en général « sales » car contaminés et rendent les opérations de préparation extrêmement compliquées.

La mise en évidence de la nature de l’explosif mais surtout de son système de mise de feu permet de vérifier le sérieux d’une revendication. Les artificiers des groupes terroristes privilégient souvent un mode de déclenchement et apportent ainsi une touche personnelle, une signature. En constituant des bases de données sur les engins explosifs improvisés (Bomb Data Center), on peut lier les scènes d’attentats entre elles et donner des pistes sur les chimistes des groupes terroristes et les endroits où ils ont pu être formés.

Depuis plusieurs années, on craint qu’à l’explosif ne soit ajouté un agent chimique, biologique ou radiologique. Le 20  mars 1995, un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo a fait 11  morts. Plusieurs milliers de personnes, craignant d’avoir été contaminées, ont envahi les différents hôpitaux de la capitale japonaise. Peu après l’effondrement du bloc soviétique, un trafic de matières radioactives a vu le jour. Une semaine après les attentats du 11 septembre 2001, aux États-Unis, ce sont des enveloppes contenant le bacille du charbon qui ont été adressées à cinq médias et deux sénateurs causant la mort de cinq personnes. En 2007, à Ramadi, en Irak, plusieurs attentats suicides ont été commis avec des camions chargés de chlore et de TNT.

En France, les plans Piratox (risques chimiques), Biotox (risques biologiques) et Piratome (risques nucléaires et radiologiques) ont été remplacés en 2010 par un plan unique, Pirate NRBC76. Plusieurs circulaires du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale ont établi les doctrines nationales d’emploi des moyens de secours et de soins face à des actions terroristes mettant en œuvre des matières radioactives, biologiques ou chimiques dangereuses.

La Police nationale peut s’appuyer sur une unité dédiée (Constox), tandis que les missions d’identification de toxiques sont dévolues aux services d’incendie et de secours. La Gendarmerie nationale dispose, quant à elle, d’une cellule nationale (C2NRBC) avec des moyens de prélèvements, de levées de doutes et d’analyse.

Des simulations grandeur nature d’attaques terroristes à la bombe sale sont régulièrement réalisées. Pour se préparer au pire.

Extrait de "Les experts entrent en scène : la révolution de la science criminelle" de Richard Marlet, aux Editions First

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