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La Suède est en première ligne face aux menaces chinoises.
©Jonathan NACKSTRAND / AFP

Confrontation

Comment la Suède s'est retrouvée sur la ligne de front entre l'UE et la Chine

La Suède, en bannissant Huawei de son marché, a provoqué la colère de la Chine, qui a notamment interdit à l’intellectuel libéral chinois Liu Xiaobo de recevoir en mains propres son prix Nobel à Stockholm.

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot

Professeur à l’Institut Catholique de Paris, spécialiste de l’histoire politique et culture de la Chine contemporaine, Emmanuel Lincot est Chercheur-associé à l’Iris. Son dernier ouvrage Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Sharp Power et Soft Power 

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Atlantico : La 5G continue d'alimenter les tensions entre Chine et pays occidentaux. Quel est le contenieux qui oppose actuellement la Chine et la Suède ?

Emmanuel Lincot : La Suède a banni Huawei de son marché. Ce qu’elle craint ce sont des mesures de représailles par la Chine contre Ericsson. Les relations bilatérales sont au plus mal. Surtout depuis l’arrestation d’un ressortissant d’origine chinoise et de nationalité suédoise, le dénommé Gui Minhai, éditeur de profession, soupçonné d’activités de renseignements aux dépens des intérêts chinois. En fait la Chine, à la suite de l’Iran, pratique la diplomatie des otages. Elle tente ainsi de faire pression sur les gouvernements et nul ne peut s’empêcher de penser que Gui Minhai peut entrer comme monnaie d’échange dans l’équation qui oppose sur le plan économique les deux pays. Plus fondamentalement, c’est la question des valeurs qui les opposent. Toute la politique étrangère suédoise est subordonnée aux principes des droits de l’homme qu’elle défend et au devoir d’ingérence. Elle est aux antipodes de ceux défendus par Pékin. Ironie de l’histoire, Stockholm comptait parmi les toutes premières capitales occidentales à reconnaître Pékin en 1950. L’image de la Chine s’est considérablement dégradée surtout depuis que l’intellectuel libéral et chinois Liu Xiaobo s’est vu refuser par Pékin l’autorisation de recevoir en mains propres son prix Nobel à Stockholm. D’après le Pew Center, 85 % des Suédois ont une image négative de la Chine. 

Pourquoi la Chine s'attaque-t-elle à des Etats qui représentent un faible poids diplomatique ? Est-ce une façon de déstabiliser l'Europe en passant par un de ses maillons faibles ?

La Chine est extrêmement prévisible. Pékin frappe toujours sur le maillon faible. La France sous la présidence de Sarkozy en 2008, l’Australie dans le Pacifique et la Suède en Europe aujourd’hui... Sachant que dans tous les cas, c’est in fine les Etats-Unis qui sont principalement visés. La Russie agit de même et par alternance. C’est une chorégraphie parfaitement réglée ! En somme, ces diplomaties chinoise et russe s’apparentent davantage à des formes de guérilla. Intimidation, infantilisation, jeu de vierge effarouchée, grands principes affirmés et crapulerie au quotidien, etc. : la Chine joue sur chacun de ces registres sur le mode de l’hystérie parfaitement réglée. Cela fait très longtemps qu’elle a renoncé au meilleur de sa culture (politique y compris) : spontanéité, improvisation, maturation des situations, ménagement de l’adversaire. Elle obère lourdement son avenir en multipliant partout dans le monde des ennemis. 

La Suède et la Scandinavie font-elle partie intégrante du grand projet d'influence chinoise des Nouvelles routes de la soie ?

Oui et son agressivité à l’encontre de la Suède est d’autant plus grande que ce pays et la région qui l’entoure contrôlent le passage vers l’Arctique. C’est la route de la soie du grand nord dont l’emprunt permettra avec le réchauffement climatique de raccourcir le trajet du fret maritime à destination de l’Union Européenne (le premier partenaire commercial de la Chine) et surtout de contourner le détroit de Malacca et le canal de Suez que les Américains pourraient à tout moment bloquer. La voie du grand nord est de surcroît et en grande partie sanctuarisée par les Russes, lesquels sont également tenus en respect par la citadelle scandinave. Cette dernière est donc aux avant-postes d’une configuration de plus en plus confrontationnelle. Fidèles à eux-mêmes, Russes et Chinois tentent de mettre en œuvre des stratégies de neutralisation. La signature du traité de libre-échange en 2013 entre l’Islande plus à l’ouest et la Chine est l’une d’entre elles. Elle autorise à Pékin une profondeur stratégique et profite de nos divisions. Nous le savons. Soyons solidaires entre Européens !

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