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Comment la réunification allemande a fini par se faire dans les comportements individuels
©DAVID GANNON / AFP

Taux de fécondité

Comment la réunification allemande a fini par se faire dans les comportements individuels

La rédaction de The Economist opposait dans un article récent la structure des populations de l'ex-RFA et de l'ex-RDA. Quelles étaient les grandes différences démographiques entre les deux pays avant 1989 ? Quelle influence a eu le choc de la réunification ? Des éléments permettent de suggérer qu'une homogénéité a fini par émerger.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico.fr : On a souvent tendance à opposer, comme l'a fait The Economist dans un article de la semaine passée, la structure des populations de l'ex-RFA et de l'ex-RDA. Quelles étaient les grandes différences démographiques entre les deux pays avant 1989 ? Quelle influence a eu le choc de la réunification à court terme ?

Laurent Chalard : Avant 1989, il convient d’individualiser deux grandes périodes d’évolution de la fécondité depuis la séparation de l’Allemagne en deux Etats, la RFA et la RDA,en 1949.Dans une première période, allant de cette date jusqu’à 1968, les variations sont relativement erratiques. A l’origine, la fécondité est un peu moindre à l’est qu’à l’ouest suite au déficit considérable en hommes du fait des conséquentes pertes humaines masculines lors de l’invasion soviétique de 1945.Puis, de 1950 à 1957, à l’est, un baby-boom précoce est à l’origine d’une fécondité plus importante qu’à l’ouest, mais, à partir de1957,une homogénéisation des taux de fécondité se constate de part et d’autre de la frontière, le point culminant du baby-boom ouest allemand étant plus tardif. Dans une seconde période, allant de 1968 à 1989, la divergence caractérise l’évolution de la fécondité entre les deux Etats. En effet, si chacun voit sa fécondité passer sous le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme), la chute apparaît beaucoup plus importante à l’ouest (1,38 enfant par femme en 1978) qu’à l’est (1,90 enfant par femme à la même date). La généreuse politique familiale de la RDA, mise en place en 1974 (Comme le rappelait le sociologue allemand Josef Schmid, récemment décédé, dans un article de la revue Population & Avenir de Mai-juin 2006 intitulé « L’Allemagne encore divisée… démographiquement »), permet de limiter la baisse de la fécondité. 

Suite à la chute du mur de Berlin en 1989 et à la réunification allemande qui s’en est suivie l’année suivante, il s’est produit un effondrement subi de la fécondité en ex-Allemagne de l’est lié au choc psychologique et économique de la transition du système communiste au système capitaliste.Dans un contexte de chômage massif et d’incertitude face à l’avenir, la fécondité atteint des seuils jamais constatés jusqu’alors ailleurs dans le monde en période de paix, c’est-à-dire une fécondité autour de 0,8 enfant par femme ! La fécondité en ex-RDA est donc désormais sensiblement inférieure à celle de l’ex-RFA, où elle se maintient autour de 1,4 enfant par femme. Ce décalage va perdurer pendant une quinzaine d’années.

Qu'est-ce qui aujourd'hui peut suggérer qu'une homogénéité a fini par émerger ? Comment l'expliquer ?

Depuis 2007, il se constate une homogénéisation de la fécondité de part et d’autre de l’ancienne frontière, les différences apparaissant infimes d’une année sur l’autre. Par exemple, en 2007, l’indice de fécondité était de 1,37 enfant par femme ex-RFA contre 1,38 enfant par femme en ex-RDA et, en 2018, le même indice est respectivement de 1,58 enfant par femme contre 1,60 enfant par femme. La fécondité semble désormais évoluer dans le même sens, en l’occurrence une légère tendance à la hausse (qui semble cependant marquer le pas ces deux dernières années). 

Un facteur explicatif assez simple de ce processus d’homogénéisation est que les jeunes générations désormais en âge d’avoir des enfants à l’est ont grandi dans une Allemagne réunifiée, où se sont diffusées les mêmes valeurs familiales de par et d’autres de l’ancien rideau de fer, que ce soit à travers les médias (dont la télévision, qui joue un rôle considérable dans la création d’une identité nationale commune), ou par l’intermédiaire de la circulation des populations, de nombreux allemands de l’est vivant et/ou travaillant à l’ouest. Comme on a pu le constater en France au cours des dernières décennies, l’homogénéisation des comportements par la couverture médiatique nationale a tendance à gommer les différences régionales de fécondité héritées de l’histoire. Le même processus est actuellement à l’œuvre en Allemagne.

Le processus d'homogénéisation démographique vous semble-t-il en bonne voie ? Pourquoi y a-t-il une insistance dans le débat sur ce qui diffère entre les deux zones ? 

En l’état actuel des donnée statistiques, le processus d’homogénéisation démographique, au moins sur le plan de la fécondité, paraît bien engagé, même s’il faut garder en tête que la présence de populations immigrées aux taux de fécondité plus élevés étant sensiblement plus importante à l’ouest qu’à l’est, cela signifie que pour la population non-immigrée, la fécondité est-allemande est aujourd’hui légèrement supérieure à celle ouest-allemande. Cependant, les tendances évolutives étant désormais semblables, l’homogénéisation semble bien l’avoir emporté. Seul un nouveau choc géopolitique pourrait venir, de nouveau, entraîner une divergence sensible d’évolution.

L’insistance sur la pérennité des différences qui demeurent entre les deux parties de l’Allemagne plutôt que sur les convergences entre elles, est probablement liée à un facteur politique, un vote spécifique à l’est, en particulier pour le parti d’extrême-droite, l’Afd, qui fait que certains commentateurs veulent absolument montrer que les allemands de l’est ne seraient pas tout à fait des allemands comme les autres, le passé communiste étant, d’une certaine manière, responsable de l’intolérance y régnant.Cette affirmation n’est cependant pas totalement fausse, le sentiment de culpabilité face aux abominations des nazis étant moins répandu à l’est, où il a été peu mis en avant par les dirigeants de la RDA, qu’à l’ouest.

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