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Janet Yellen a été très critiquée par Donald Trump lors de la campagne électorale. La patronne de la FED était alors jugée laxiste, en permettant à Barack Obama de "profiter" de taux extrêmement bas.
Janet Yellen a été très critiquée par Donald Trump lors de la campagne électorale. La patronne de la FED était alors jugée laxiste, en permettant à Barack Obama de "profiter" de taux extrêmement bas.
©Reuters

Le grand paradoxe

Comment la FED pourrait empêcher Donald Trump de mettre en place son méga plan de relance jusque 2018

En proposant un vaste programme de relance économique, Donald Trump a réveillé la menace d'une hausse de l'inflation aux États Unis. Une éventualité qui a attiré l'attention de la FED dont le mandat pourrait bien freiner les intentions présidentielles.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Le 17 novembre, Janet Yellen, Présidente de la Réserve fédérale des États Unis a pu indiquer qu'elle pourrait procéder à une hausse des taux "relativement rapidement". En quoi l'action de la FED pourrait venir en opposition à l'action voulue par le prochain locataire de la Maison Blanche, Donald Trump ?

Nicolas Goetzmann : Avant même l'élection de Donald Trump, les chiffres de l'inflation aux États Unis avaient atteint le seuil de 1.6%, alors que l'objectif de la FED est de 2%. Or, au lendemain du vote, les anticipations d'inflation aux États Unis se sont relevées de façon spectaculaire, ce qui peut notamment se voir au travers de la hausse des taux d'intérêts de la dette d'État à 10 ans, passant de 1.8547% à la veille de l'élection à 2.30% le 17 novembre, soit une appréciation de 24% en quelques jours. Cette hausse a été le fruit de l'analyse, par les marchés financiers, de l'impact du programme du candidat républicain sur l'activité économique du pays. Les fortes baisses d'impôts programmées, tout comme les larges dépenses d'infrastructures ne manqueront pas, en effet, de donner un coup de fouet à la croissance américaine, mais également à son corollaire, le niveau d'inflation. Ce qui a immédiatement attiré l'attention de la FED, d’où la déclaration de Janet Yellen. Il est ici essentiel d'indiquer que tout relèvement des taux par la FED viendrait réduire les effets de la politique voulue par Donald Trump. Il y a donc bien un risque de confrontation entre les deux positions. Entre un Président fraîchement élu notamment sur la base d'un programme économique, et l'intervention d'une autorité indépendante, et garante de la stabilité des prix. Les deux visions paraissent donc légitimes, mais la confrontation devrait bien avoir lieu. 

Quels sont les risques d'une telle confrontation entre la FED et la Maison Blanche sur cette question ? Comment pourrait évoluer cette situation ? 

En réalité, la situation est parfaitement paradoxale. Janet Yellen a été très critiquée par Donald Trump lors de la campagne électorale. La patronne de la FED était alors jugée laxiste, en permettant à Barack Obama de "profiter" de taux extrêmement bas. Pourtant, Donald Trump a également indiqué, et il faut le dire, de façon honnête, être aussi favorable à une telle politique de taux bas. 

En effet, Janet Yellen est plutôt jugée comme une personnalité "colombe" au sein de la FED, c’est-à-dire qu'elle privilégie une action forte de son institution afin de permettre à un maximum de personnes de rejoindre le marché de l'emploi. Elle privilégie la croissance. De la même façon, une autre personnalité de la FED ; Lael Brainard, qui fut un soutien d'Hillary Clinton, est encore plus marquée sur cette ligne économique d'une reprise maximale. Ainsi, et tout à fait objectivement, Yellen et Brainard apparaissent comme des alliées objectives de la politique souhaitée par Donald Trump, qui aurait bien plus de difficultés à appliquer son programme si un conservateur dirigeait la FED. En effet les "faucons" de la FED souhaiteraient pour leur part relever largement les taux d'intérêts, ce qui anéantirait totalement les chances de succès de la relance prévue par Trump.

Mais cette alliance objective pourrait s'effriter quand même si la FED était amenée à relever ses taux. Donald Trump pourrait alors s'en prendre publiquement à Janet Yellen, pour en finir par une sanction nette, c'est à dire le non renouvellement de son mandat en janvier 2018. Mais c'est à partir de là que la difficulté sera grande pour le nouveau Président, parce que celui-ci aura besoin, pour maximiser les effets de la politique voulue, d'une personnalité "souple" concernant la relance. 

Dès lors, que peut-on attendre des prochains développements de l'économie américaine ?  

Cette question de la FED est centrale. Il est probable que les gouverneurs en place joueront le jeu, c’est-à-dire qu'ils feront sans doute le maximum pour ne pas contrer les effets de la relance économique, mais ce, seulement dans la limite de ce que leur mandat autorise. Leur rôle n'est pas politique. C’est-à-dire qu'ils pourront tolérer une inflation plus élevée que 2% pendant une période, mais pas structurellement plus élevée que 2%. Dans cette perspective, Donald Trump a donc tout intérêt à soigner des personnalités qui ne sont pourtant pas dans son camp, mais Donald Trump a-t-il réellement un camp ? Entre une politique tolérante de la FED, et la relance "trumpienne", l'économie américaine devrait ainsi bénéficier d'une hausse de sa demande intérieure, une fois les mesures mises en place, ce qui pourrait quand même prendre un peu de temps. La hausse des taux d'intérêts vient témoigner d'une prédiction de hausse de la croissance américaine. 

Ce paradoxe de l'alliance objective s'illustre d'ailleurs d'une autre façon, puisque, comme l'indique le New York Times, certains élus démocrates pourraient s'aligner sur les propositions voulues par Donald Trump, celles qui rencontrent une forte opposition dans son propre camp, comme les dépenses d'infrastructures, le congé maternité, ou le démantèlement des accords de libre-échange. Ainsi, le parti d'opposition pourrait s'avérer être précieux pour Trump. Une situation également envisagée par le site Quartz, qui retrace un précédent de 1952. Élu sous l'étiquette du parti Républicain, Dwight Eisenhower, bénéficie plus du soutien populaire que de celui de sa majorité. Lyndon Johnson, futur Président et alors chef de l'opposition démocrate, choisi de soutenir Eisenhower afin de récolter les fruits de la popularité du Président élu. L'incapacité institutionnelle du Président américain de dissoudre la chambre a permis un tel résultat. Il est encore bien trop tôt pour imaginer une telle situation, mais le programme de relance économique de Donald Trump pourrait bien devenir réalité, avec le soutien d'un parti démocrate soucieux de retrouver une certaine popularité auprès des classes populaires, elles même désireuses de voir ce qu'une relance effective de l'économie pourrait leur apporter.

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