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Comment l’époque d’aujourd’hui rend la situation du couple intenable
©Reuters

Bonnes feuilles

Comment l’époque d’aujourd’hui rend la situation du couple intenable

Dans un monde devenu précaire, n’est-il pas temps de parier sur l’amour au long cours et d’en renouveler régulièrement la décision libre et lucide, plutôt que de courir après un enchantement qui se retourne trop rapidement en déception et mène à la solitude ? Jean-Paul Mialet, psychiatre, spécialiste en psychologie expérimentale et cognitive, nous invite à nous interroger sur ce qui pousse à vivre à deux et à réfléchir à la profondeur du lien lorsqu’il se déploie dans la durée. Extrait de "L'amour à l'épreuve du temps" de Jean-Paul Mialet, chez Albin Michel (2/2).

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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L’époque d’aujourd’hui rend donc la situation du couple intenable. L’idéalisation de l’amour d’un côté, l’injonction au plaisir de l’autre, la sourcilleuse aspiration à la liberté de chacun, les multiples tentations d’accès aisé se présentant comme des jeux dénués de suite : tout cela impose à chacun des partenaires du lien un véritable effort de funambule pour maintenir l’équilibre du couple.

Comme on l’a répété, le cadre d’aujourd’hui est devenu autocentré : c’est soi- même. Les exigences ne se situent qu’à ce seul niveau : le respect de soi, formulé avec les valeurs d’aujourd’hui – sincérité, liberté. L’autre n’existe que comme un double de soi- même auquel on prête les mêmes attentes. La confusion des sexes aggrave la situation, puisque hommes et femmes se considèrent aujourd’hui en tous points semblables, ce qui ne va pas sans des malentendus, comme je l’ai développé ailleurs 1. On aura noté que ce cadre autoréférencé tient peu compte des enfants : le couple se construit aujourd’hui sur la base des valeurs qui viennent d’être citées, sa responsabilité se mesure au respect de ces valeurs, mais la progéniture occupe là- dedans une place secondaire. Ce n’est pas qu’on n’en tienne pas compte. Bien au contraire, les parents d’aujourd’hui se mettent en quatre pour leurs enfants, ils ont le souci de leurs loisirs et de leur formation, ils en font une préoccupation centrale. Ils sont sans doute plus proches d’eux que les parents que je connaissais autrefois, comme ce père résolu à envoyer son fi ls chez les parachutistes : ils leur parlent davantage, s’expliquent avec eux, s’imposent aussi peu que possible. Les valeurs démocratiques et le « management participatif » – pour employer une expression à la mode – font aujourd’hui partie intégrante de la culture familiale. Mais la responsabilité des parents se limite à ces efforts et non à se maintenir en couple. Il leur a été expliqué pendant plusieurs décades que les enfants souffraient quand les parents souffraient, et qu’ils ne devaient jamais servir de prétexte pour rester ensemble. Dans cette perspective, le respect des enfants apparaît donc comme une question subsidiaire par rapport au respect de soi.

Mes couples d’autrefois respectaient donc un cadre qu’ils plaçaient au- dessus d’eux. Ce cadre incluait sans aucun doute des impératifs sociaux, des conventions qui peuvent paraître absurdes aujourd’hui. Mais il impliquait aussi l’habitude de placer au- dessus de soi, au- dessus de sa propre existence, des objectifs qui semblaient indiscutables. Parmi ces objectifs, les enfants occupaient une place à part : être un couple, c’était avoir été attiré l’un par l’autre au point de vouloir partager une existence et, dans la plupart des cas, de fonder une famille. Lorsque les enfants apparaissaient, la responsabilité vis-à- vis de cette descendance prenait la priorité sur les libertés individuelles ou celles du couple : le cadre que chacun des partenaires plaçait alors au- dessus de soi était celui de l’œuvre familiale qu’il fallait mener à son terme le mieux possible. Gagne- t-on aujourd’hui à caler sur soi- même sa boussole ? N’y aurait- il pas avantage à suivre, comme autrefois, un chemin qui, étant au- dessus de soi, représente un sens partagé par tous ?

Extrait de "L'amour à l'épreuve du temps" de Jean-Paul Mialet, chez Albin Michel

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"L'amour à l'épreuve du temps" de Jean-Paul Mialet

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