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Comment éviter de tomber malade en visitant un musée (et autres lieux publics…) ?
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Cultivé, mais propre

Comment éviter de tomber malade en visitant un musée (et autres lieux publics…) ?

Comment faire la part des choses entre ce qui pourrait être qualifié de recherche obsessionnelle de la propreté et une attention raisonnable portée à l’hygiène ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Les musées ont de plus en recours à des écrans, installés au gré de la visite, ou sous forme d'audioguide, ce qui peut entraîner la méfiance des visiteurs quant à la propagation de germes. Comment faire la part des choses entre ce qui pourrait être qualifié de recherche obsessionnelle de la propreté et une attention raisonnable portée à l’hygiène ? Comment se préserver dans ce type d'endroits publics ?

Stéphane Gayet :Chaque individu est confronté à un grand nombre de risques. Chacun doit effectuer sa propre gestion des risques auxquels il est exposé. Plus les techniques se développent et se complexifient, plus elles génèrent de risques. Ce qui a de quoi rendre perplexe. Il y a les risques chimiques liés à l’alimentation, ceux liés à la pollution de l’air intérieur et extérieur, ceux liés aux divers rayonnements, notamment électromagnétiques, mais aussi les risques d’accident, de vol, d’agression, de maladie grave, sans oublier les risques financiers, etc. Parmi tous ces risques, les risques infectieux sont probablement ceux qui sont les plus mal compris et partant les plus mal gérés. Nous n’avons pas la possibilité de percevoir les microorganismes : ils sont microscopiques et donc invisibles, n’ont pas d’odeur, ne laissent pas de trace et les conséquences d’une contamination microbienne de notre corps sont à la fois aléatoires et différées dans le temps. Aléatoires, car, lorsque nous contaminons nos mains en serrant celles d’autres personnes, cela n’a pas toujours une conséquence perceptible. Différées dans le temps, car, si une infection doit en résulter, elle est toujours précédée d’une période latente de plusieurs jours, appelée incubation. Cette période d’incubation, si elle excède 48 heures, suffit souvent à nous faire oublier la circonstance contaminante.

Beaucoup de risques font aujourd’hui l’objet d’une gestion collective : réglementation, mesures préventives industrielles, équipements collectifs de protection, obligations de s’assurer, etc. Mais la gestion des risques infectieux reste en grande partie individuelle. La polémique récente à propos des vaccins obligatoires nous a rappelé que chacun de nous entendait gérer lui-même ses risques infectieux. À dire vrai, la gestion des risques infectieux est difficile. L’hygiène microbienne, branche de la médecine ayant précisément pour objet la prévention de la contamination par des microorganismes, est à la fois incomprise, dévalorisée et même tournée en dérision. Pourtant, elle est capable d’éviter bien des maladies.

Face à la perception -ou sa non-perception- du risque microbien dans la vie quotidienne, peu de personnes ont un comportement vraiment rationnel et équilibré. Certaines adoptent des rites obsessionnels de lavage répétitif des mains -jusqu’à se les abimer- et de désinfection pluriquotidienne des objets, d’autres ont au contraire une attitude totalement insouciante et fataliste : « Arrivera ce qui doit arriver ; notre immunité est là pour nous protéger… » Alors que le fait d’adopter quelques règles simples et efficaces de prévention est de nature à nous protéger avec un niveau opérationnel de sécurité.

Les principales règles à connaître sont les suivantes : les risques sont beaucoup plus liés à des virus qu’à des bactéries (les virus ne vivent pas : ce sont des particules inertes) ; un microorganisme doit trouver une porte d’entrée pour pénétrer dans notre organisme et donc nous infecter (nez, bouche, œil, plaie…, la peau leur étant imperméable dans l’immense majorité des cas) ; ce sont le plus souvent nos mains qui jouent le rôle de courroie de transmission vers une porte d’entrée ; il est ainsi nécessaire pour une bonne prévention, d’être attentif à tout ce que touchent nos mains, ainsi qu’à leur état cutané ; les ongles doivent être aussi courts que possible, car la région pulpaire sous-unguéale est une niche favorable aux microorganismes ; il ne s’agit pas de se laver ou se les désinfecter à longueur de journée, mais de le faire au bon moment ; le lavage et la désinfection des mains demandentautant un matériel adapté qu’une technique appropriée (se laver ou se désinfecter les mains par friction n’est pas « se frotter » les mains : cela s’apprend).

Quels sont les gestes à proscrire ? Faut-il être plus vigilant avec les enfants ?

Dans un endroit public tel qu’un musée, il faut donc être attentif à tout ce que touchent nos mains. Sans tomber dans l’obsession maladive, il faut avoir le moins de contacts possible : éviter tous les contacts de nos mains avec d’autres mains ou avec des objets touchés par d’autres mains, quand il est possible de les éviter ; surtout, ne jamais porter ses mains à sa bouche ou même à ses lèvres -ainsi qu’à ses narines- sans les avoir au préalable lavées ou désinfectées de façon efficace ; mais attention : nous faisons beaucoup de gestes qui transforment nos mains en courroie de transmission : mettre un chewing-gum ou bonbon dans sa bouche, boire au goulot d’une bouteille que l’on a ouverte avec ses doigts, manger, ou même toucher ses lèvres de façon machinale comme un tic…

Il paraît donc très utiled’avoir en permanence avec soi un petit flacon de gel désinfectant pour les mains -utilisable également sur les surfaces et objets- ou quelques lingettes désinfectantes -idem- en emballage unitaire. Mais ce n’est pas rigoureusement indispensable : tous ces lieux publics sont équipés de toilettes ; ce qui importe, c’est de ne jamais essuyer ses mains avec un essuie-mains en tissu à usage partagé, mais aussi de ne pas se contaminer les mains (poignée de porte…) après les avoir lavées ou décontaminées (ce deuxième point est vraiment capital).

En période de circulation intense de virus respiratoires (fin de l’automne, hiver, début du printemps), il y a aussi le risque de transmission aérienne. L’idéal serait de pouvoir se tenir à au moins un mètre cinquante d’une personne qui tousse ou qui a des signes faciaux d’une infection virale : yeux et nez rouges et donnant lieu à un écoulement parfois discret, le fait de se moucher de façon répétitive, traits tirés témoignant d’une fatigue… Si l’on pense avoir été contaminé par voie respiratoire, il faut dès que possible effectuer un bain de bouche et un gargarisme avec un antiseptique à usage ORL (en vente libre en pharmacie), à répéter une fois après quinze à vingt minutes.

Quels sont les lieux, objets publics présentant le plus de risques ?

Tous les lieux publics sont dangereux vis-à-vis des risques microbiens et singulièrement viraux. Il s’agit des transports en commun -tout particulièrement les barres d’appui, les poignées et les parties plastifiées des sièges-, des commerces de restauration rapide, des salles d’attente et bien sûr des musées. Les objets les plus dangereux sont ceux qui sont touchés par un grand nombre de personnes : écrans tactiles, poignées, commandes et télécommandes, accoudoirs… Dans certains musées, on remet aux visiteurs un terminal avec écran qui comporte un risque de contamination important. Dans tous ces lieux ouverts au public, il ne faut pas compter sur le nettoyage et la désinfection qui sont effectués par le personnel d’entretien : malgré le soin de ce dernier, cela ne pourra jamais être suffisant. C’est à chacun d’appliquer les règles que nous avons détaillées ci-dessus.

Il ne s’agit pas non plus de cultiver une phobie de la contamination en évitant de sortir. Comme en toute chose, le plus difficile, c’est le juste milieu, l’équilibre. C’est possible, il faut simplement avoir conscience de ces risques infectieux, d’y penser chaque jour dans les circonstances que nous avons vues, et les gérer avec pragmatisme et efficacité. Cette gestion des risques est réalisable sans obsession ni contraintes qui seraient inacceptables ; c’est une habitude de vie à prendre, en toute lucidité et en connaissance d’un minimum de notions à acquérir sur ces microorganismes et leur transmission. On peut dire également que c’est un choix de vie : on gère les risques infectieux ou on préfère les ignorer. À chacun de se positionner.

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