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Un sang jeune pourrait réparer des vieux os cassés.
Un sang jeune pourrait réparer des vieux os cassés.
©Reuters

Thérapie vampire

Comment du sang jeune peut réparer des vieux os cassés

Une étude menée conjointement aux Etats-Unis et au Canada ouvre des perspectives thérapeutiques extrêmement intéressantes, notamment chez les personnes âgées, souvent victimes de fractures du col du fémur.

Jérôme Guicheux

Jérôme Guicheux

Jérôme Guicheux est directeur de recherches à l'Inserm et co directeur de l'unité Inserm 791 au CHU de Nantes qui développe des approches de médecine régénératrice pour l'os, le cartilage, le disque intervertébral et le squelette en général. 

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Atlantico. Une étude, menée à l'université de Duke (Etats-Unis) et à l'hôpital des enfants malades de Toronto (Canada), a prouvé que du sang d'animaux jeunes transfusé à des plus âgés permettait de régénérer leurs os, qu'en pensez-vous ?

Jérôme Guicheux : Les chercheurs montré que le sang est constitué d'un facteur circulant qui permet de réparer les vieux os vont se réparer de la même manière que les jeunes os.. Cela veut dire que le vieil os est toujours capable de se régénérer comme un jeune, le problème est uniquement qu'il lui manque le signal pour enclencher le processus. Ce n'est pas parce que les cellules ne sont plus capables, mais elles ne reçoivent pas les bons signaux. Cette étude montre donc que si on alimente un vieil os fracturé avec du sang de jeune animal, cet os fracturé vieux va se réparer comme un os fracturé jeune.

Evidemment, ce n'est pas applicable en l'état chez l'homme parce qu'il existe des problèmes avec les transferts de sang : on ne peut pas s'amuser à transfuser à tout-va. Mais, cet effet est dépendant d'une voie de signalisation dans les cellules osseuses qui s'appelle la béta-caténine. Il va donc désormais falloir identifier ce signal. Le jour où on l'aura identifié dans le sang ce qui dit aux vieilles cellules de se comporter comme des jeunes, cela pourra être utile pour la réparation des os chez les populations âgées particulièrement.

Selon vous, cela pourrait-il être au point chez l'homme  ? En quoi cette étude apporte une nouveauté dans la recherche regénérative ?

Il est certain qu'il sera possible de la mettre au point, mais cela nécessite énormément d'argent et de temps. Cette étude, même si elle est menée conjointement au Canada et aux Etats-Unis pourra servir en France. La prochaine étape est donc d'identifier le facteur qui est sécrété par les cellules hématopoïétiques de la moelle ossseuse et cela pourra permettre à un vieil os de bien se réparer. Cela ouvre des perspectives thérapeutiques extrêmement intéressantes.

La réparation des fractures chez les personnes âgées est essentielle pour leur bien-être. En effet, plus on vieillit, moins on répare bien les os. Chez les personnes qui cassent leur col du fémur, parce qu'elles sont ostéoporotiques, cette situation peut être vraiment handicapante. La fracture du col du fémur chez les personnes âgées est un vrai problème de santé publique. En effet, les personnes âgées qui voient leur col du fémur fracturé à gauche aura une chance sur deux d'avoir son col droit fracturé également, et sur ces personnes-là la moitié mouront des conséquences de la fracture. Parce que ce sont des personnes qui sont allitées et désocialisées. Si on arrive à ce que ces os se réparent chez les personnes âgées, c'est un pas important.

Je ne sais si cela pourra augmenter l'espérance de vie, mais cela participera au bien vieillir. 

Peut-on comparer certaines des études menées en France à celle-ci ?

C'est la première fois que l'on montre le rôle "rajeunissant" du sang. Cela a déjà été montré dans d'autres applications que celles de l'os, pour les maladies neuro-dégénératives par exemple. Une étude menée il y a trois ans montre que quand on transfuse de vieilles souris avec de jeunes souris, on atténue leur maladie dégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. 

Qu'est-ce qu'il faudrait pour que ce soit applicable chez l'homme ?

Il va falloir identifier le facteur que ces cellules hématopoïétiques, qui sont dans le sang, sécrètent. Une fois qu'il sera identifié, on pourra le fabriquer et donc le donner aux patients comme médicament. Le problème reste, chez l'homme celui de la transfusion sanguine. Ce sang d'animaux jeunes, quand on le donne à des animaux vieux, permet à ces animaux vieux de réparer comme des jeunes. Mais on ne va pas s'amuser à transfuser tous les patients vieux qui ont une fracture avec du sang jeune. Il y a des risques de transmissions d'agents patogènes non conventionnels, liés à la transfusion sanguine. L'idéal serait d'identifier le facteur, de le produire par génie biologique et le donner à ces patients. Ca, c'est l'étape d'après. 

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