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Comment la Chine a profité de la crise pour racheter nos entreprises
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La loi du yuan

Comment la Chine a profité de la crise pour racheter nos entreprises

Si la crise en zone euro a causé bien des dommages, elle n'a pas fait le malheur de tous. Haute technologie, vin, secteur énergétique ou même chimique : la Chine s'est lancée dans une véritable conquête de l'Ouest.

Pierre  Picquart

Pierre Picquart

Pierre Picquart est docteur en Géopolitique de l’Université de Paris-VIII, spécialiste en Géographie humaine, expert international, et spécialiste de la Chine.

Il a rédigé notamment La Chine dans vingt ans et le reste du monde. Demain, tous chinois ? en 2011.

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Depuis une dizaine d’années, la deuxième puissance économique mondiale multiplie et accélère ses investissements dans le monde entier. La Chine rattrape-t-elle son retard et prend-elle les devants ? L’ère de la concurrence planétaire chinoise est arrivée et la Chine part à la conquête de l’international.

Tout en subissant la crise économique et financière mondiale, la Chine a voulu relever le défi. Elle a su anticiper en adoptant des mesures rapides et efficaces. Ses responsables avaient-ils un autre choix ? Il fallait développer leur marché intérieur et investir en même temps à l’extérieur de leur territoire.

La Chine en Europe et l’effet de levier de la crise économique

Dès 2008, la Chine a annoncé son vaste plan de soutien. Ce plan national pour un montant de plus de 450 milliards d’euros pour 2009-2010 a entraîné une surenchère nationale dynamisant des plans de relances à l’intérieur du pays, tout en accélérant ses acquisitions à l’étranger.

En investissant tous azimut dans tous les secteurs, la Chine va s’imposer de plus en plus dans le monde. L’Europe, comme les autres continents (américain, africain, asiatique) voit arriver des financiers, des fonds d’investissement, des entreprises et des conglomérats chinois qui investissent sur l’ensemble de son territoire et dans tous les secteurs économiques.

De même, en France, qu’il s’agisse des PME ou des plus importants groupes, les fusions et les participations au sein des entreprises s’accélèrent, quand il ne s’agit pas d’implantations géographiques plus larges et à long terme dans nos zones d’activités économiques régionales.

Les flux d’investissement chinois vers l’Europe se sont considérablement accrus au cours des trois dernières années. Si les statistiques sur ces investissements sont incomplètes (flux multi / bi nationaux, paradis fiscaux...), les investissements de la Chine en Europe ont été multipliés par trois entre 2008 et 2009. Ils ont doublé en 2010. En trois ans la part de l’Europe est passée de 2% à 10%.

Au-delà de la montée de ses investissements en Europe, la nouveauté tient à la jeunesse des investissements chinois, à l’ampleur de la crise économique en Europe, à l’accélération des flux et à l’impact politique qu’elle suscite. Avec la maturité de ces entreprises boostées par l’Etat, la Chine va diversifier ses investissements en Europe dans les années à venir.

Les caractéristiques de ce phénomène

Les entreprises chinoises ont connu des échecs en Europe. Mais leur pragmatisme et leur meilleure connaissance des marchés les incitent à poursuivre leurs opérations avec plus de transparence et une assez bonne connaissance des règles locales. Cependant, la coordination avec l’Europe (dans le domaine de la règle de la réciprocité) doit s’affirmer avec des règles communautaires communes.

Les investissements chinois en Europe sont récents et ils suscitent des réactions contradictoires : certes, il y a des apports de capitaux, des créations d’emplois, une participation à la croissance économique, une ouverture aux marchés chinois... mais dans le même temps, ils attisent l’inquiétude, voire la méfiance, de l’opinion publique (peur de la prédominance chinoise, questions de sécurité...).

Pour répondre à ces préoccupations, nous devrions avoir un comité européen des investissements étrangers, comme aux Etats-Unis. Un tel mécanisme, avec une coordination des Etats membres, permettrait d’accueillir ces investissements dans la clarté et la réciprocité.

Quelles sont les perspectives pour l’Europe ?

La Chine est prête à investir davantage en Europe. En pleine crise de la dette européenne, l’actuel Premier ministre chinois Wen Jiabao a affirmé à Davos que Pékin allait continuer d'augmenter ses investissements en Europe pour favoriser une croissance mondiale équilibrée.

La Chine n’a pas intérêt à ce que la zone euro s’effondre. Elle à besoin d’une Europe forte et cohérente (multipolarité, accès au marché européen, équilibre mondial...). La Chine pense que l'économie européenne peut rebondir et qu’elle va continuer d'augmenter ses investissements en Europe. De même, les dirigeants chinois pensent que nous avons les moyens de stabiliser la zone Euro.

Les dirigeants chinois souhaitent une coordination européenne et une vision stratégique partenariale à long terme. En échange de ses grands investissements, la Chine demande à être reconnue comme une économie de marché à part entière, alors que les conditions pour qu'elle le soit ne sont pas encore réunies.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni occupent des places importantes au regard des investissements chinois, mais c’est bien toute l’Europe est concernée. Les investissements chinois ont certes été multipliés par 5 en France et en Allemagne, mais aussi par 9 au Royaume-Uni, par 12 aux Pays-Bas, par 164 en Irlande, par 248 en Belgique et par... 1000 en Hongrie et en Grèce !

Les Chinois investissent dans tous les secteurs

Les fonds souverains et les groupes chinois investissent dans tous les secteurs mais ils se focalisent vers des secteurs pointus, originaux ou les points forts de chaque pays. Pour la France, citons les hautes technologies, le luxe, les vins, l’immobilier, l’énergie (30 % de la filiale de GDF Suez), le tourisme (10 % du capital du Club Méditerranée), l’environnent (3 % de Sanofi-Aventis Veolia), etc.

Si les véritables succès se comptent encore sur les doigts d'une main, la conquête de l’Ouest ne fait que commencer. Les Chinois s’intéressent à tout. La Chine investit davantage avec la crise de l’Europe : Chimie en Norvège (Elkem), Yachts de luxe en Italie (Ferretti), adduction d'eau à Londres (Thames Water), machines outils en l’Allemagne (Putzmeister), énergie au Portugal (Energias)....

En 2012, c’est la première fois que l'Europe devient la destination privilégiée pour les capitaux chinois. L’Europe a attiré 10 milliards de dollars d'investissements chinois en 2011. Les Chinois ont triplé leurs investissements en Europe l'an dernier. Ce n’est qu’un début. Les effets seront salutaires.

Après quelques échecs, les nouveaux investissements chinois (Rover, Volvo, vignoble bordelais, port du Pirée...) sont de plus en plus performants, avec une vision d’engagement à long terme. Il en découlera plus de croissance et plus d’emplois, par exemple 3 000 emplois dans le département de la Moselle grâce au pôle d'affaires Chine-Europe.

Un nouvel équilibre entre la Chine et l’Europe doit être trouvé notamment dans la réciprocité des échanges et au regard de la transparence des investissements, mais d’ores et déjà, des centaines d’entreprises européennes et des milliers emplois ont été sauvés. Les liquidités de l’Empire du Milieu sont disponibles. Bientôt des vagues d’acquisitions en Europe ?

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