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Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a déclaré mercredi 6 mai au soir qu'il était prêt à défendre les couleurs du Parti Socialiste en Ile-de-France.
Le président de l'Assemblée nationale, Claude  Bartolone, a déclaré mercredi 6 mai au soir qu'il était prêt à défendre les couleurs du Parti Socialiste en Ile-de-France.
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En ordre de bataille

Claude Bartolone se voit en sauveur de la Région Ile-de-France… mais quelles sont vraiment ses chances de la garder socialiste ?

Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a déclaré mercredi 6 mai au soir qu'il était prêt à défendre les couleurs du Parti socialiste en Ile-de-France, au nom du rassemblement, afin de mettre fin à la querelle pour l'investiture entre le président sortant, Jean-Paul Huchon et la vice-présidente de la région, Marie-Pierre de la Gontrie.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Si les choses se passent comme on aimerait au sommet du PS, la bataille Bartolone-Pécresse en Ile-de France a de fortes chances d'éclipser les autres combats régionaux en décembre prochain. Après avoir laissé croire dans un premier temps qu'il ne souhaitait pas "y aller", le président de l'Assemblée s'est ravisé au nom du "rassemblement" à Gauche. En déclarant : "Cette candidature, elle n'a de sens que si elle peut permettre le rassemblement", le président de l'Assemblée fait comprendre qu'il ne souhaite pas affronter les deux candidats PS connus à ce jour, le sortant Jean-Paul Huchon, président depuis 17 ans, et Marie-Pierre de la Gontrie, la première vice présidente de la région, qui revendique le renouvellement ; autrement dit, les deux prétendants (qui se livrent une concurrence féroce à coup de motions de soutiens d'élus,) devraient s'effacer face à celui qui a réussi à garder la Seine-Saint-Denis à Gauche aux dernières départementales après avoir rassemblé toute la Gauche au deuxième tour. Il a même réussi à susciter des candidatures d'union avec les Ecologistes au premier tour, chose qui, aujourd'hui, apparaît comme un véritable exploit. Pour l'heure, les Ecologistes entendent présenter leurs propres listes en décembre prochain, sous la bannière de leur secrétaire nationale, Emmanuelle Cosse. Au PS, les candidats ont jusqu'à demain soir pour présenter leur candidature aux primaires prévues pour le 28 mai prochain dans les huit fédérations départementales du PS d'Ile-de-France.

L'annonce de Claude Bartolone n'est pas anecdotique : elle préfigure la stratégie de François Hollande pour 2017, le rassemblement de son camp et l'entente avec les Ecologistes qui passerait auparavant par leur retour au gouvernement. Si le président de l'Assemblée nationale (qui a déjà annoncé qu'il quitterait l'Hotel de Lassay pour diriger la région en cas de victoire) se lance dans la bataille face à l'ancienne ministre des Universités de Nicolas Sarkozy, toute l'attention de la presse nationale et internationale se cristalliserait sur l'Ile-de-France, la région capitale, où le résultat est loin d'être écrit d'avance. La Seine-Saint-Denis, département que Claude Bartolone a présidé après l'avoir arraché aux communistes, est le seul département qui a conservé une majorité socialiste en mars dernier : le PS a en effet perdu l'Essonne et la Seine-et-Marne et la Droite détenait déjà le Val d'Oise, les Yvelines et les Hauts-de-Seine ; quant au PC, il a conservé la direction du Val-de-Marne de justesse. Mais c'est surtout aux municipales de 2014 que la Gauche a été décapitée dans cette région où l'UMP et l'UDI ont gagné une impressionnante série de mairies (Aubervilliers, l'Hay les Roses, Saint-Ouen, Livry-Gargan...) de la petite et grande couronne parisienne, dont certaines étaient dirigées par la Gauche depuis toujours. C'est sur ces nouveaux élus que Valérie Prépresse, investie par l'UMP depuis plusieurs semaines, s'appuie pour sa campagne officiellement démarrée le 11 avril. En réalité, la candidate UMP se prépare activement et méthodiquement à l'échéance depuis... 2010, où elle avait échoué dans sa tentative de conquête. La Droite au pouvoir avait alors perdu toutes les régions sauf l'Alsace et n'avait pu en reconquérir aucune.

A travers la candidature Bartolone, la Gauche, et singulièrement François Hollande, joue gros. Le président de l'Assemblée n'appartient pas au premier cercle des "Hollandais". Il a activement soutenu Martine Aubry lors de la primaire du PS en 2011 et c'est d'ailleurs lui qui avait convaincu la Maire de Lille de briguer la direction du PS au moment du départ de François Hollande. C'est sans l'appui du nouveau président de la République qu'il a conquis la présidence de l'Assemblée au terme d'une campagne efficace auprès des députés socialistes devenus majoritaires en juin 2012. Partisan d'un rapprochement avec les Ecologistes sur le terrain et du "rassemblement" avec toute la Gauche (notion assez floue), Claude Bartolone joue plus ou moins discrètement "l'anti-Valls" et se serait bien vu accéder à Matignon après les échecs successifs de la Gauche aux municipales et aux départementales. Mais, sauf accident de parcours, le Premier ministre restera en place jusqu'en 2017, et il entend lui aussi jouer sa partition dans la reconquête de l'opinion par François Hollande si la politique économique commence à produire ses effets.

En bon fils spirituel de François Mitterrand, François Hollande a plusieurs fers au feu : côté gauche, Claude Bartolone, qu'il a convaincu de se lancer dans la conquête de la région, côté droit, Manuel Valls, qui incarne le social libéralisme. Difficile aujourd'hui d'anticiper les résultats d'une bataille qui commence seulement à se mettre en place. Ce dont est sûr en revanche, c'est que la Droite ne facilitera pas la vie du président de l'Assemblée nationale pendant la période de sa candidature à la présidence de la région Ile-de-France. En cas de victoire, Claude Bartolone a déjà écrit le scénario : il quitterait le Perchoir pour la Région, ce qui lui assurerait une longévité supérieure à celle des députés (renouvelable en 2017). Et autour de lui, certains lui prédisent même un destin national, ce qui n'est pas pour lui déplaire. En cas d'échec, une seule certitude : il ne sera pas le seul a avoir perdu...

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