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Nicolas Hulot et Marine Le Pen : deux rescapés de la vindicte populaire.
Nicolas Hulot et Marine Le Pen : deux rescapés de la vindicte populaire.
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Dans la tête des classes moyennes

Du "tous pourris" au "mépris" de la classe politique

Une étude menée auprès du 14 au 28 avril sur la plateforme collaborative FreeThinking, décrypte les attentes des classes moyennes en vue de 2012. En 15 jours, la communauté de plus de 120 Français ont posté plus de 850 contributions. C'est notre feuilleton de la semaine : visite guidée dans le cerveau de la "France du milieu". Épisode 1 : leur perception du paysage politique actuel.

Véronique  Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier

Véronique Langlois et Xavier Charpentier ont créé en mars 2007 FreeThinking, laboratoire de recherche consommateur 2.0 de Publicis Groupe.

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«Quel que soit le candidat, le responsable ou le programme, le changement en France est-il encore possible ? ».Les classes moyennes qui se sont exprimées dans notre étude s'interrogent. Leur anxiété est palpable. Il s'agit d'une dimension inédite dans l’exaspération de certains ou le désabusement d’autres.

Une telle interrogation contraste en effet vivement avec celle que l’on pouvait constater en 2007 dans les communautés que nous avions rassemblées, et qui étaient beaucoup plus centrées sur deux questions : 

  • "Quel changement pour sortir de la situation de blocage où nous sommes ?"
  • " Le changement que propose Nicolas Sarkozy est-il le bon ?"

Aujourd’hui, pour beaucoup, sur le blog, c’est la notion même d’une possibilité d’évolution qui se fait jour, dans deux dimensions : une dimension traditionnelle, déjà rencontrée depuis un an, qui lie l’impossibilité du changement à l’incurie ou à la malhonnêteté des politiques :

« Faisons simplement notre devoir, votons, car de toutes façons je ne vois pas encore ce que cela va changer (gauche, droite), tous pareils, leurs profits d’abord et les ouvriers après. »

Et puis, de façon plus neuve, une dimension plus proprement politique, avec cette idée que les choix faits depuis des années sont trop engageants pour pouvoir encore être infléchis. Comme si au-delà du « tous pareils », c’était la peur d’un « effet de cliquet » dû à des choix irréversibles et rendant caduque la notion même d’élection, de choix démocratique réversible, justement, qui commençait à émerger :

« Aucun candidat ne parviendra à redresser une France qui va mal… (…) Les Français vivent dans une France à deux vitesses, celle des riches qui ont accès à la qualité pour se soigner et qui mettent leurs rejetons dans les écoles de prestige et celle    des pauvres qui survivent dans des conditions de précarité extrême avec une montée de la violence dans les écoles et les collèges… Je n’attends plus aucun miracle. »

Un personnel politique décrié

Au global, c’est un jugement à la fois sévère et empreint désormais d’une très forte animosité qui est porté sur le personnel politique dans son ensemble.

Mais, et de façon là aussi nouvelle, un degré de gravité supplémentaire semble atteint dans la tonalité des commentaires : pour beaucoup de participants qui emploient des termes d’une grande violence, il semble que nous soyons entrés dans ce que l’on pourrait appeler "le Temps du mépris". Plus de 20% des participants ont recours à un champ lexical édifiant pour exprimer ce mépris :« guignols, ridicules, en rire, caricature, médiocrité, escroquerie, faux culs, nuls »… Le registre de l’insulte a tendance à prédominer, et c’est nouveau même si ces Français de classes moyennes pouvaient avoir la dent dure dans nos derniers blogs.

« Et bien pour ma part ils ont réussi à me dégoûter de la politique… Je n’ai pourtant jamais raté une élection, je tiens absolument à participer et faire valoir mon droit de vote, mais depuis quelques mois voire années, je me surprends à voter blanc… »

« Je précise que les candidats actuels ne sont pas tellement intelligents, ils sont aveuglés, bornés et bêtes pour l’essentiel, en comparaison ils me font un peu penser aux imbéciles qui occupaient les postes clés en Europe avant la guerre 39/45, comme quoi l’histoire n’a pas de vertu pédagogique pour ces incompétents !! » 

Nicolas Hulot et Marine Le Pen : deux rescapés de la vindicte populaire

Dans cette « kermesse politicienne », deux têtes émergent malgré tout nettement et échappent au lynchage : Nicolas Hulot et Marine Le Pen. Deux personnalités qui se distinguent des autres, par leurs images, paradoxalement proches, d’acteurs politiques engagés et sincères dans leur engagement. Même si pour l’un, le chemin vers la légitimité présidentielle est encore long (Nicolas Hulot), et si l’autre est encore assimilée à un vote difficile. Deux personnalités politiques qui échappent totalement au mépris, apparemment… Parce qu’elles sont neuves, parce qu’elles n’ont pas encore été essayées, parce qu’elles n’ont pas encore été prises en flagrant délit de mensonge, parce qu’elles ne sont pas liées aux choix du passé.

Quant à DSK, s’il reste présent dans le paysage mental des blogueurs c’est davantage l’ombre de DSK qui se manifeste sur la plateforme. Dans des contributions d’un certain laconisme, comme si cela ne servait à rien pour l’instant de s’exprimer davantage sur un candidat dont la décision d’entrer en jeu tarde à intervenir. De façon évidente, la critique à son égard reste rare et sa stature potentielle d’homme providentiel bien ancrée – mais elle reste potentielle, justement…

NDLR : Cette étude a été menée du 14 au 28 avril et cet article a été écrit avant que les accusations à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn n'aient lieu.

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