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C’est d’exception qu’a besoin
la France, pas de normalité
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Dégringolade

C’est d’exception qu’a besoin la France, pas de normalité

Selon un sondage Ipsos - le Point, François Hollande baisse encore dans les sondages et enregistre seulement 44 % d'opinions favorables. Une chute de 11 points en un mois...

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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Quand le Président de la République prétend incarner la normalité, quand il s’adresse aux inconnus à la terrasse des brasseries en sortant de chez le buraliste, il méconnaît l’une des particularités de la politique française qui est le besoin d’exception. Il affecte d’ignorer, de surcroît, que la situation que traverse le pays est, elle-même, exceptionnelle.

Le président essaie en ce moment d’adapter le flegme britannique à la politique française mais il y a fort à craindre que le peuple ne prenne en grippe son sourire avant la fin de l’hiver car, si le flegme est efficace quand on arrive à l’inspirer autour de soi, dans le cas contraire il irrite fortement.

Par une tradition qui remonte au monde latin dont il est issu, le Français a tendance à se réfugier auprès des caractères hautains et coléreux , qui se présentent comme les protecteurs de la Nation et qui lui donnent l’ivresse de sa propre grandeur. Or, le moins que l’on puisse dire est que notre président n’a aucune chance d’être pris pour l’un d’eux.

Les historiens d’origine marxiste diront que c’est très bien ainsi, que les dirigeants sont issus des courants les plus profonds de la société, et que, dans une époque sans génie, il est naturel que le président n’en ait pas non plus.

Les autres observeront que, si l’Histoire est la rencontre entre destins individuels et imaginaire collectif, elle relève de la représentation, du fantasme et qu'un héros de la Nation ne saurait être normal au point de vouloir ressembler à ceux qui l’ont élu  car ce n’est pas pour cela qu’ils ont voté pour lui.

Déjà, dans le cas du nôtre, on peut observer que les femmes se poussent du coude pour figurer dans le tableau ce qui n’est pas bon signe : cela prouve qu’une partie du cadre est restée vide. Dans toutes les périodes de l’histoire de France, dès que le roi manque de stature, les femmes deviennent intrigantes, et le peuple finit par les haïr en disant : "le pauvre, ce n’est pas sa faute, il est mal entouré."

Ensuite et surtout, en France on a coutume de s’identifier au dirigeant quand il est animé d’ un mouvement ascendant. Tandis qu’avec la présidence normale le mythe de Ganymède se retrouve inversé : Jupiter renonce à monter dans les nuages . Aigle changé en moineau, il picore dans la cour avec ses semblables.

Il n’est pas certain que les Français, qui comptent sur lui pour arracher le pays à l’humiliation, tolèrent ce malentendu. D’autant moins qu’il ne s’agit plus de viser l’Olympe mais d’échapper au gouffre et c’est là que le président-Jupiter va nous manquer le plus.  En admettant qu’il ait pris la mesure de ce qui nous guette, François Hollande ne veut pas qu’on le sache, sans quoi il aurait composé depuis longtemps un discours churchillien. Mais il n’est guère à l’aise dans le discours non plus, parce qu’à l’instant où, penché sur le puits de l’Histoire, il  essaie de rugir en invoquant les noms de Clémenceau, de Péguy, l’écho lui répond, goguenard: « Jean-Christophe Cambadélis ! ».

Ce billet a été publié initialement sur le blog de Christian Combaz

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