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Le cours de l'or chute sur les marchés.
Le cours de l'or chute sur les marchés.
©Reuters

Fissures

Chute de l’or, d’Apple ou de la consommation : entendons-nous les craquements annonciateurs de la mega crise qui menace l’économie mondiale ?

Entre la chute de l'or, les déboires d'Apple, et le fléchissement de la dépense des ménages, sommes-nous au début d'une grande phase de transition économique ? Quels seront les effets de toutes ces réactions en chaîne ?

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

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Dans notre dernier article sur la chute de l’or, nous avons évoqué la possibilité et la probabilité assez fortes d’un changement en cours dans le paysage économique et financier mondial. La cassure sur l’or nous paraît suffisamment importante pour témoigner d’autre chose que d’un phénomène de marché. Si la monnaie mondiale réelle, la vraie, pas le dollar, mais l’or, chute, cela veut forcément dire quelque chose au sujet de l’état de l’économie réelle.

L’une de nos hypothèses est que nous sommes dans une phase de transition. Transition d’une phase du système global à une autre. Les signes, en dehors du comportement du marché de l’or, se multiplient. Ainsi le pétrole décroche fortement et l’on commence à parler de réunion de l’OPEP pour soutenir les prix. Ainsi les matières premières accélèrent leur baisse. Le cuivre en particulier, et vous savez qu’il constitue un indicateur avancé, parait bien malade pour un docteur. Vous savez qu’en langage financier, le cuivre est souvent appelé Docteur Copper.

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Et puis, il y a d’autres chutes aussi symboliques que celle de l’or. Il y a Apple par exemple qui passe sous les 400$. Il y a la bourse allemande qui fait un flash crash inquiétant. En Chine, les mini-krachs localisés sur le crédit se multiplient. La mécanique financière des provinces se grippe. Tout cela constitue certes de petits phénomènes qui ont chacun leur explication, mais qui, comme nous l’avons dit, mettent la puce à l’oreille. Pour nous, cette accumulation constitue une sorte de craquement dans l’édifice. De multitudes petites fissures se dessinent, se multiplient, apparemment sans relation entre elles. Et pourtant, elles en ont une qui ne se manifestera peut-être que plus tard : elles fragilisent la construction.

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"J’adore les marchés. J’adore le fait que l’or finisse par chuter. Cela offrira une excellente opportunité d’achat. Je voudrais juste faire un commentaire. En ce moment, beaucoup de gens voient le prix de l’or à la baisse. Mais si nous observons les chiffres, nous enregistrons aujourd’hui en baisse de 21% par rapport au plus haut de septembre 2011. Apple a reculé de 39% par rapport au plus haut de l’année dernière". Marc Faber- Bloomberg

L’une des hypothèses que l’on peut émettre est que ce que nous voyons passer, c’est le retour subreptice des forces déflationnistes. Le taux de rendement du 10 ans US redescend vers les plus bas, la performance du 10 ans non indexé redevient meilleure que celle des TIPS, les emprunts garantis sur l’inflation. L’inflation, même si elle est trafiquée, a tout de même une valeur comparative et la tendance ne trompe guère, on revient maintenant plus près de 1,5% que des 2% qui avaient prédominé jusqu’alors. Autre signe qui est passé quasi inaperçu en raison des plus hauts enregistrés sur les indices boursiers, dans le denier rally, ce sont les valeurs défensives qui ont sur-performé au détriment des valeurs dynamiques.

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La reprise que nous avons décortiquée récemment de l’immobilier logement et de la construction aux Etats-Unis, la bonne tenue de l’automobile, ces deux éléments distordent peut-être la réalité de la conjoncture américaine. Depuis le début d’année, le sentiment dominant est que la reprise s’enclenche et qu’elle a des jambes solides grâce à la construction. Il s’agit peut-être d’une apparence trompeuse. Le housing et la construction pourraient en effet être considérés, non pas comme un élément de la conjoncture, mais comme un élément de la politique de la FED. Sa meilleure tenue  serait à ranger dans la même catégorie que la bonne tenue des autres assets, elle serait donc à interpréter comme une tentative de s’opposer au retour de la déflation plutôt que comme le résultat  positif des mesures de relance.

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Ce qui nous incite à penser cela, c’est la tendance détestable de la consommation américaine et des ventes au détail. L’interprétation reste à vérifier mais on peut imaginer que la bonne tenue du secteur automobile, le regain du housing, la hausse des loyers, tout cela détourne du pouvoir d’achat, ponctionne le disponible des ménages américains et finalement,  au lieu de soutenir la conjoncture, se traduit par un alourdissement des tendances déflationnistes. En quelque sorte, ce qui est mobilisé et détourné au profit du housing et de l’automobile, au lieu de s’ajouter  la capacité de consommation viendrait la réduire.

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Le FMI vient de réviser en baisse ses perspectives pour l’économie mondiale. Jusqu’à présent, le ralentissement de la conjoncture globale semblait pouvoir être partiellement compensé par le regain américain. On aurait eu une sorte de désynchronisation. C’est peut-être cet espoir qui est en train de disparaître.

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