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La Commission propose une coordination des politiques de l'emploi, un peu sur le modèle des politiques budgétaires.
La Commission propose une coordination des politiques de l'emploi, un peu sur le modèle des politiques budgétaires.
©Reuters

Frontières du travail

Proposition de Bruxelles contre le chômage : les remèdes pires que les maux ?

La Commission européenne a publié la semaine passée ses propositions pour relancer l'emploi. Elle propose une baisse des charges salariales, la libre circulation de la main-d’œuvre, ou la mise en place de salaires minimum modulés par pays et professions. Contre-productif ?

Florin Aftalion

Florin Aftalion

Florin Aftalion est professeur émérite à l'ESSEC.

Il a enseigné l’économie et la finance aux universités de New YorkNorthwestern et de Tel-Aviv. Il a cofondé la collection Libre Echange aux Presses universitaires de France

Son dernier ouvrage est  « Crise, Dépression, New Deal, Guerre », publié en 2012 aux éditions Economica

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Atlantico : Dans un document qui a été rendu public ce mercredi, Bruxelles propose une batterie de mesures pour lutter contre le chômage en Europe. La Commission propose une coordination des politiques de l'emploi, un peu sur le modèle des politiques budgétaires. Répondre par plus de libéralisme à la crise du chômage qui frappe l'Europe est-elle la bonne solution ?

Florin Aftalion : Je dirais qu’une coordination des politiques de l’emploi correspondrait non à plus mais à moins de libéralisme. Plus de libéralisme consisterait à laisser davantage de liberté aux entreprises dans la fixation des salaires. N’oublions pas que le salaire minimum est l’une des mesures les plus antiéconomiques qui soient. Il exclut du champ de l’emploi ceux et celles qui ne produisent pas au moins la valeur représenté par leur salaire. Il s’agit des personnes les moins qualifiées et en particulier des jeunes sans formation ce qui explique le fort taux de chômage dans cette catégorie de la population là où le salaire minimum est élevé.

Il est notamment question de la fixation de salaires minimum identique dans toute l'Europe. Comment faire la synthèse impossible entre la fourchette basse (Bulgarie à 138 euros) et fourchette haute (France à 1 398 euros) ?

Fixer un salaire minimum identique dans toute l’Europe parait impossible. En France, ni les partis politiques ni les syndicats n’accepteraient qu’il soit abaissé. Remarquez qu’au cours de la présente campagne électorale il est plutôt question de l’augmenter. Quant à l’accroître partout ailleurs pour l’amener au niveau français serait catastrophique pour nombre de pays à bas coût de main d’œuvre. Il mettrait le chômage dans des pays comme la Bulgarie que vous venez de citer à au moins 50 % de la population active.

 

La fixation de salaires serait toutefois modulable selon les secteurs professionnels ne risque-t-elle pas de provoquer l'apparition de nouvelles injustices sociales, sachant que le salaire minimum en France est le même pour tous ?

Rendre les salaires minimum modulables selon les secteurs industriels ferait certainement diminuer le chômage. Ce serait une très bonne chose. Mais une telle mesure est inacceptable pour des syndicats qui ont déjà refusé dans le passé qu’il soit modulable avec l’âge (voir le Smic jeune). Si toutefois des salaires minimum modulables et négociable par branches prévalaient je ne vois vraiment pas où serait l’injustice sociale. Une diminution du chômage qui en résulterait semble au contraire constituer une avancée vers plus de justice.

Bruxelles demande également à la France et à huit autres pays d'ouvrir enfin leur marché du travail aux Bulgares ou aux Roumains. Cela présente-t-il un risque supplémentaire d'aggravation des chiffres du chômage en France ?

Ouvrir largement les portes de l’emploi à des Bulgares et à des Roumains serait certainement conforme à l’esprit de l’Union européenne. Malheureusement, il faut se souvenir de l’histoire du plombier polonais auquel on a interdit l’entrée en France. Il y a de la part des syndicats et des partis politiques qui les soutiennent une forte opposition à l’ouverture des frontières aux travailleurs de l’Est de l’Europe.

Cette opposition est-elle justifiée ? Oui, si l’on laissait entrer en France des travailleurs sans aucune formation qui viendraient grossir les rangs des chômeurs. Non si l’on considère qu’il existe des secteurs qui souffrent d’un manque de main d’œuvre qualifiée.

Pour conclure je dirai que le Smic, tel qu’il existe actuellement en France, est l’une des vaches les plus sacrées de notre pays à laquelle il est malheureusement impossible de toucher (sauf à l’augmenter).

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