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Les présidents chinois et russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine.
Les présidents chinois et russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine.
©Pavel Golovkin / POOL / AFP

Nouvelle donne géopolitique

Chine, Russie, Turquie : l’axe des régimes autoritaires tient la dragée de plus en plus haute aux démocraties libérales

Des experts s'alarment dans Foreign Affairs des relations de dépendance de plus en plus fortes entre démocraties et régimes autoritaires qui se sont tissées depuis quelques décennies. Le danger serait que les démocraties soient de plus en plus influencées par des pratiques venues des régimes autoritaires.

Jean-François Cervel

Jean-François Cervel

Jean-François Cervel est inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR) honoraire.

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Atlantico : Quelles sont les stratégies des régimes autoritaires - Chine, Russie, Turquie... - vis-à-vis des démocraties ces dernières années ?

Jean-François Cervel : Tous les pays à régime autoritaire ont des stratégies de puissance classique visant à accroitre leur place et leur influence dans le monde. Ainsi, à ce titre, la Russie rêve de retrouver l’extension de l’empire soviétique, la Turquie celle de l’empire ottoman, la Chine celle d’un empire du milieu suzerain du monde. Mais ces stratégies traditionnelles sont accrues par une hostilité historique aux pays occidentaux, ex puissances dominantes et coloniales et à leur système libéral et démocratique.

Ces stratégies sont clairement affichées dans des textes politiques et des prises de paroles des principaux dirigeants exprimant le plus profond mépris  pour les valeurs de liberté qui sont au fondement des démocraties occidentales et expliquant que le système libéral est voué à disparaitre car il est affaibli par ses propres divisions et contradictions. Tous les moyens possibles sont mis au service de ces stratégies, de la cyberguerre à la corruption en passant par l’exploitation de toutes les zones de tension et de conflits.

Comment les régimes autoritaires ont-ils fait face à la mondialisation ? Ont-ils eu des pratiques plus efficaces que les démocraties ?

Les régimes autoritaires n’ont pas « fait face à la mondialisation », ils en ont été des acteurs à part entière et ont participé à la mise en place de ce phénomène. Ils l’ont fait d’abord pour rattraper un retard scientifique, technologique et économique, en envoyant leurs étudiants piller les connaissances de pointe des pays occidentaux notamment aux Etats-Unis (à un moment, plus de la moitié des doctorants en science et techniques en Californie étaient chinois ou indiens !) et en accueillant sur leurs territoires des entreprises occidentales pour pouvoir développer leurs économies, s’emparer de leurs techniques et procédés tout en soutenant artificiellement leurs propres entreprises dans leurs implantations internationales.

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Ils ont joué de tous leurs avantages, ressources naturelles (pétrole, gaz, minerais...), main d’œuvre bon marché, soutien total de l’Etat pratiquant le dumping économique, financier et social pour implanter leurs entreprises partout dans le monde. Les avantages traditionnels des systèmes autoritaires, capacités à imposer des stratégies et à planifier les développements sans avoir à tenir compte de quelque contestation ou opposition que ce soit, ont évidemment joué aussi. Ils maîtrisent beaucoup mieux les problèmes que peut poser l’interdépendance économique née de la globalisation parce que leurs entreprises dépendent toujours, in fine, du pouvoir politique et ne sont tenues à aucune des règles pesant sur les entreprises des pays occidentaux et qu’ils n’ont à craindre aucun mouvement social en interne.

Quels sont les objectifs de ces régimes ? Partagent-ils des objectifs communs ?

Ces régimes ont des objectifs clairs : étendre leur puissance partout où cela est possible, affaiblir les pays occidentaux et si possible détruire le système libéral. Même si chacun d’eux a des ambitions propres, quelques fois antagonistes notamment sur les zones d’influence de leurs empires respectifs (Caucase, Asie centrale, Proche-Orient ), ils ont pour approche commune de s’opposer aux pays occidentaux sur tous les théâtres d’opération possibles et, désormais, dans l’espace.

C’est de plus en plus la Chine qui est le chef de file de cet ensemble par tous les moyens d’influence et de présence que lui procure son énorme puissance propre. En témoignent l’axe qu’elle construit avec l’Iran, l’alliance de plus en plus forte avec la Russie, les liens développés avec tous les pays autoritaires à travers les continents, Afrique, monde arabo-islamique, Amérique latine, Europe, le poids dans les institutions internationales. Elle utilise toutes les libertés des économies et sociétés occidentales pour développer son influence par tous les canaux possibles en exploitant les critiques internes contre le libéralisme et en entretenant les divisions entre pays européens.

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