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Chine, le match France-Allemagne : quand le diable se niche dans les détails des chiffres de nos commerces extérieurs
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And the winner is...

Chine, le match France-Allemagne : quand le diable se niche dans les détails des chiffres de nos commerces extérieurs

Le président chinois Xi Jinping a entamé sa visite d'Etat en France. L'occasion pour le gouvernement de relancer le partenariat économique entre nos deux pays. Si les exportations allemandes vers la Chine sont plus importantes que les exportations françaises, l'Allemagne peut-elle indéfiniment gagner le match ?

Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est directeur des études économiques du site spécialisé dans les placements, AuCoffre.com.

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Atlantico : Que peut-on dire de manière générale des échanges entre la Chine et la France et de ceux entre l'Allemagne et la Chine en terme quantitatif (données chiffrées) ? Qui de la France ou de l'Allemagne gagne le match ?

Charles Sannat : Quantitativement, les exportations Allemandes vers la Chine sont bien plus importantes que les exportations françaises vers la Chine, et ce, surtout si l'on retire des exportations françaises les montants considérables représentés par les ventes d'Airbus et comptabilisés dans notre commerce extérieur.

Les échanges commerciaux franco-chinois enregistrent au cours de l’année 2013 – et pour la première fois depuis 2009 - un recul (-2,0%), en ligne avec l’évolution générale de nos échanges commerciaux (-2,1% pour l’ensemble du monde). Après plusieurs années d’augmentation à un rythme élevé (+22,6% en 2011, +11,9% en 2012), les exportations françaises vers la Chine ont reculé de 2,2% en 2013, à 14,7 Mds d'euros, ce qui s’explique notamment par la volatilité des exportations dans les deux secteurs constituant nos "partenariats structurants" que sont l'aérospatial et le nucléaire. Les ventes de biens de consommation dans les secteurs identifiés comme prioritaires restent toutefois dynamiques. Les exportations allemandes vers la Chine étaient elles en 2012 était de 77 Mds d'euros.

Les exportations françaises sont essentiellement constituées par des boissons alcoolisées, de spiritueux comme le vin ou encore le cognac, ainsi que par des produits du secteur du luxe, c'est à dire du très haut de gamme "vêtements et accessoires" et  luxe "parfums et maquillages". 

Depuis 2013 cependant, des lois anti-corruption en Chine sont venues limiter les cadeaux que peuvent recevoir les fonctionnaires et officiels chinois. Et il était traditionnellement admis que les français étaient ceux qui faisaient le plus usage de cadeaux. Ce qui explique la baisse sensible des exportations et des ventes au niveau de gros industriels français. 

Sur le match Allemagne-France pour les exportations envers la Chine, ce sont donc les Allemands qui gagnent sans conteste.

Si l'Allemagne exporte plus que la France vers la Chine, que peut-on dire des types d'échanges ? En quoi sont-ils différents ? Dans quels secteurs interviennent-ils ?

La typologie des exportations est différente. La France va exporter des produits dont la valeur unitaire est relativement faible. Quand l'on vend un rouge à lèvre, même si c'est du Chanel, ce sont de petits montants. Les montants unitaires français sont donc beaucoup plus faibles que les montants Allemand. Lorsque l'Allemagne exporte un bras mécanique ou des composants industriels, on parle de dizaines de milliers d'euros à chaque fois. Une grosse machine-outil peut monter jusqu'à 30 millions d'euros. On est dans de l'exportation industrielle mais aussi dans l'exportation de produits de luxe haut de gamme à vocation mécanique, comme les voitures. Une Porsche à 150 000 euros vaut toujours plus qu'un rouge à lèvre. Les Allemands font partie des principaux fournisseurs mondiaux des machines-outils nécessaires à l'industrie. Les chinois ont donc besoin des machines-outils allemandes pour pouvoir produire en masse les produits qu'ils vont exporter chez nous ensuite. On retrouve donc des produits fabriqués en Chine avec des machines allemandes.

L'industrie allemande fabrique donc peu pour les consommateurs finaux, hormis pour l'automobile. Ce que vendent les Allemands, ce n'est donc pas de la consommation, mais c'est de quoi fabriquer de la consommation. Ce qui explique que jusqu'à maintenant ils ont été très épargnés, et qu'ils avaient tout intérêt à la mondialisation, ce qui n'est pas le cas de la France.

En quoi les exportations de l'Allemagne vers la Chine se dirigent aujourd'hui vers une voie sans issue ?

L'émergence de la Chine sur la scène internationale et sur la scène économique mondiale est très récente, cela fait moins de 20 ans. La Chine est d'ailleurs entrée à l'OMC il y a 11 ans seulement, en 2003. En 20 ans, le chemin parcouru est absolument considérable. Elle a commencé par récupérer les secteurs économiques qui avaient le moins de valeur ajoutée, je pense en particulier au textile. A la fin des années 90, la Chine avait déjà récupéré presque toute la production textile mondiale. Et petit à petit, elle est montée en gamme. Au milieu des années 2000, elle a finalement rejoint, en termes de qualité, les industries de milieu de gamme que sont l'industrie française, américaine, et anglaise. C'est pour cette raison que ces pays-là, nos pays, ont eu à faire face à des vagues de délocalisations énormes. Des usines ont été fermées en France, aux Etats-Unis et en Angleterre pour être réinstallées en Chine avec des ouvriers chinois travaillant pour des coûts 20 à 30 fois moins élevés.

Aujourd'hui,  la Chine envoie des taïkonautes dans l'espace. Elle veut aller installer une base permanente sur la Lune. A travers cet exemple-là,  elle montre qu'elle est en train d'attaquer la dernière frontière industrielle qui est celle du haut de gamme et donc l'industrie allemande. Il n'y donc aucune raison que très rapidement  les chinois -  et cela se fera dans les 5 ans qui viennent - commencent à poser un problème aux technologies allemandes qui ne sont pas à l'abri de la concurrence technologique chinoise. On l'a très bien vu dans l'industrie du photovoltaïque solaire où l'Allemagne, leader mondial incontestée, a dû fermer et licencier des dizaines de milliers d'ouvriers alors que le pays possédait  80% de la production mondiale de panneaux solaires. En 24 mois, la Chine a raflé la totalité de ce marché. L'industrie Allemande n'est donc pas à l'abri de la Chine. Cependant, de par sa technicité et sa complexité elle sera la dernière à être touchée.

Que peut-on dire des importations chinoises en France et en Allemagne ? Comment évoluent-elles ?

Les importations françaises de produits chinois, qui stagnaient en 2012 (+0,3%), sont en diminution de 1,9%, et s’établissent à 40,5 Mds d'euros. Le déficit commercial français vis-à-vis de la Chine poursuit son mouvement de lente contraction entamé depuis 2011. Il s’établit fin 2013 à 25,8 Mds d'euros contre 27 Mds d'euros fin 2011 et 26,1 Mds d'euros fin 2012. Les importations allemandes de la Chine se situent elles à 87,7 Mds d'euros créant un déficit commercial allemand de 10,7 Mds d'euros.

Allemands et Français, nous achetons à la Chine. La seule industrie qui semble globalement à l'abri de la Chine et préservée, est l'industrie agro-alimentaire. En revanche, on voit que nous avons de moins en moins de produits de grande consommation fabriqués en France, hormis les produits agro-alimentaires. Ce schéma-là va se poursuivre que ce soit en France ou en Allemagne. Une écrasante majorité de la consommation Allemande et Française est en réalité une consommation Chinoise.

A long terme, qui de la France ou de l'Allemagne est la mieux placée pour continuer ces échanges avec la Chine ? Pourquoi la France aura du mal à s'aligner ?

La France aura du mal à s'aligner car le montage de filières industrielles est une stratégie de longue haleine qui se fait sur 10 ou 20 ans. Rien ne peut se faire aujourd'hui sur le temps d'un mandat électoral. D'autre part, la France est en train de rater un virage crucial qui est celui de la robotique. Elle est totalement absente du marché de la robotique. Y sont présents les Américains, les Japonais mais aussi les Allemands, et ces derniers ne le sont pas tant à travers les humanoïdes mais plutôt à travers une robotique industrielle. Un secteur à part entière extrêmement fort et puissant. Les Allemands vont donc pouvoir profiter de la révolution robotique à venir. La France va en être exclue. A moyen terme, il y a encore un avantage important pour l'Allemagne car le pays peut capitaliser sur tout son savoir-faire industriel. Son tissu de PME et d'entreprises fabriquent déjà ses robots. Le plan d'Arnaud Montebourg sur la robotique, c'est 380 millions d'euros seulement. Lorsque l'on voit qu'au Japon l'on a déjà des humanoïdes et des pôles scientifiques de l'intelligence artificielle, nous sommes loin derrière. 

Propos recueillis par Amandine Bernigaud

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