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Ces millions de litres de kérosène que brûlent les compagnies aériennes en maintenant des vols “fantômes” (presque) sans passagers pour conserver leurs créneaux malgré le coronavirus
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Avions fantômes

Ces millions de litres de kérosène que brûlent les compagnies aériennes en maintenant des vols “fantômes” (presque) sans passagers pour conserver leurs créneaux malgré le coronavirus

Les compagnies aériennes ont gaspillé des milliers de gallons de carburant en exécutant des vols "fantômes" durant l'épidémie de coronavirus. La faute aux règles européennes stipulant que les opérateurs peuvent perdre leurs créneaux de vol s'ils gardent leurs avions au sol.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Comment expliquer le phénomène des « avions fantômes » ? En quoi cela bénéficie-t-il aux compagnies aériennes ?

Michel Ruimy : Les réservations de vols s’étant effondrées à travers le monde dans un contexte de craintes croissantes concernant l’épidémie de coronavirus, les compagnies aériennes ont dû, quitte à s’attirer les foudres des écologistes, gaspiller des milliers de litres de carburant en exécutant des vols « fantômes » c’est-à-dire effectuer des vols avec des taux de remplissage très bas voire nuls, dans et hors des pays européens - donc, à des coûts prohibitifs - afin de respecter les règles européennes. Celles-ci stipulent que les opérateurs peuvent perdre leurs créneaux de vol s’ils gardent leurs avions au sol. Selon ces règles, les opérateurs opérant hors du continent doivent continuer à gérer 80% de leurs créneaux horaires alloués au risque de les perdre au profit d’un concurrent.

Le monde serait-il devenu absurde ? Il serait judicieux et rationnel que, dans le contexte actuel, ces règles soient suspendues provisoirement - tant que l’épidémie perdure - afin d’éviter de nouveaux dommages environnementaux et économiques.

Sur le long terme, quelles conséquences pour ces compagnies si le marché des déplacements internationaux continue de plonger ?

Le scénario actuel - vols « fantômes » - est inacceptable et doit être évité car il n’est pas dans l’intérêt de l’industrie, des passagers ou de l’environnement.

Rappelons que l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui souhaite la suspension de la règle des « 80 / 20 », estime que le secteur du transport aérien de passagers pourrait perdre entre 63 et 113 milliards de dollars de revenus en raison de la crise liée au coronavirus.

Déjà, la compagnie aérienne britannique Flybe a récemment déposé le bilan, bien qu’elle ait déclaré que ses problèmes financiers existaient bien avant le début de l’épidémie. Toutefois, l’Airport Coordination Limited (ACL), le leader mondial et coordinateur des créneaux aéroportuaires de 40 aéroports à travers le monde, a suspendu les règles pour les vols à destination et en provenance de Hong Kong et de la Chine continentale. Elles restent cependant valides pour l’ensemble des autres vols.

Que peuvent-elles faire pour « limiter la casse » (en dehors de ces vols « fantômes » à propos desquels les autorités devraient réagir ?

Les perspectives ne sont pas reluisantes. Il semble que ces compagnies soient dans une situation d’urgence économique qui peut rappeler certaines crises comme celle du 11 septembre 2001 ou encore la crise financière mondiale de 2008. Si l’ampleur et la durée de la crise s’accentuent, ses effets économiques seront encore plus significatifs. C’est pourquoi, dans ce contexte, les incertitudes, quant à son évolution et ses conséquences, incitent les compagnies à anticiper tout type de scénario.

Ainsi, elles peuvent adapter quotidiennement leurs programmes de vols à l’évolution des réservations mais aussi aux décisions de certains pays quant aux conditions d’entrée sur leur territoire.

D’autre part, elles peuvent envisager des mesures commerciales inédites comme Air France, qui est l’une des seules compagnies proposant à ses clients d’annuler ou de reporter leur vol sans frais jusqu’au 31 mai alors qu’elle a déjà annoncé que la suspension des vols vers la Chine aura un impact financier de 200 millions de dollars sur son résultat d’exploitation.

Ensuite, vraisemblablement, les dépenses, les projets et les investissements non indispensables à la sécurité et à la sûreté aux vols devraient être reportées ou annulées. De même, au plan des ressources humaines, les recrutements devraient être limité aux seuls besoins opérationnels indispensables des compagnies. Comme dans d’autres entreprises, des mesures de réduction du temps de travail sur la base du volontariat et/ou de congés avec ou sans solde et/ou les temps partiels ou alternés devraient être proposés voire encouragés.

L’objectif de toutes ces mesures est de permettre aux compagnies de tenir financièrement en espérant que la situation redevienne normale, au plus tôt voire au début de l’été.

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