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Ces métiers dans lesquels on est le plus susceptible de boire
©REUTERS/David W Cerny

Alcoolisme au bureau

Ces métiers dans lesquels on est le plus susceptible de boire

Boire avant, pendant ou après sa journée de travail, et même se droguer ? Vous n'êtes peut-être pas concerné, mais ces nouveaux types d'addicts, c'est-à-dire ceux consommant pour être plus performants ou supporter leur profession, prend de plus en plus d'ampleur.

Dan Véléa

Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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Atlantico : Le gouvernement américain a récemment rendu public un rapport sur les abus d'alcool et de drogues en fonction des différentes professions exercées. Si les personnes travaillant dans les mines ou le bâtiment sont plus concernées par l'abus d'alcool, les individus travaillant dans l'hôtellerie/restauration, le showbiz et le management sont touchés par l'abus de drogue. Outre les professions citées ci-dessus, qu'est-ce qui fait que selon les professions, les employés sont propices à être addicts soit à l'alcool soit à la drogue?

Dan Velea : Dans la plupart des cas il s’agit des phénomènes socio-culturels très anciens, liés le plus souvent aux caractéristiques des corps de métiers. Ainsi, l’usage festif et convivial d’alcool dans les métiers du bâtiment et dans l’industrie lourde est une véritable image classique, comme l’usage des drogues psychostimulantes dans le monde du show-bizz, les métiers du spectacle ou la restauration.

 

Concernant l’usage abusif – mésusage et la dépendance, l’usage des produits est reparti de la même manière. Pourtant, il apparaît, dans la lumière de l’évolution sociétale très réducteur de garder cette image. En effet, depuis un certain nombre d’années, on assiste plus à un phénomène de polyconsommation et poly addiction, ou l’usage de deux classes de produits apparaît très répandu. Cette utilisation concomitante ou par switch rapide d’un produit à l’autre caractérise mieux les consommations actuelles. Comme explication, il y les habitudes classiques, mais aussi les récentes évolutions sociétales liées au culte de la performance ou l’anxiété de performance, parmi la population étudiante mais aussi plus largement dans tout le monde du travail. Et bien évidement la notion adaptative allostatique face au stress (utilisation d’un produit et/ou d’un comportement pour mieux géré son stress) qui expliquent à travers la notion d’automédication l’utilisation massive d’alcool et drogues dans le monde du travail.

 

Comment expliquer qu'aux Etats-Unis 18% des mineurs et  17% des employés souffrent de problèmes d'alcoolisme (c'est-à-dire qu'ils boivent 5 verres ou plus sur un court laps de temps régulièrement)? Est-on face à une situation similaire en France?

Les pourcentages évoquées sont très élevés et inquiètent beaucoup. Il faut distinguer pourtant la notion d’alcoolisme chronique (plus de quatre verres d’alcool par jour de manière chronique selon la classification OMS) de l’utilisation abusive – les problem drinking – car dans cette étude il apparait un amalgame entre ces deux types de consommations. Il est étonnant et dommageable – surtout dans la population des jeunes – de ne pas faire apparaître la notion de binge drinking (boire rapidement de quantité énormes d’alcool, dans le seul objectif d’obtenir un état d’ivresse rapide et maximale, avec des risques accrus immédiat pour la santé du sujet).

 

Toujours en Amérique du Nord, 14% des hôteliers, restaurateurs et personnes travaillant dans l'industrie du showbiz consommeraient de la drogue fréquemment. Quelles explications peut-on donner à ces chiffres? Se retrouve-t-on devant la même situation en France?

L’usage des substances psychoactives stimulantes – cocaïne, amphétamines – par cette catégorie de la population est aussi très inquiétant. Cet usage signe la recherche de sensation, de stimulation, de l’excitation à tout prix, la recherche de performance. La situation et les motivations sont les mêmes partout dans le monde. En France nous essayons de faire cet amalgame trop rapide et le côté réducteur par classe professionnelle, car nous assistons de plus en plus à ce phénomène de polyconsommation (alcool et drogues).

 

En France, d'autres professions sont-elles touchées par l'abus d'alcool et/ou de drogue? La situation est-elle aussi grave?

Il n’existe pas de classe socio-professionnelle qui bénéficie de protection particulière face aux produits. De même, longtemps évoqué, le constat des niveaux d’études élevés comme facteur de protection, tend à diminuer, l’usage des substances étant de plus en plus répandu.  

 

Comment lutter contre l'abus de drogues douces ou plus graves sur les lieux de travail? Des mesures ont-elles déjà été prises par le passé? 

La lutte contre l'abus de drogues est une priorité socio-médicale mais aussi professionnelle. Le travail conjoint des travailleurs du champ médical et social, mais aussi des gens en entreprise concerne la prévention et l’information, des campagnes de dépistage, le tout dans un esprit d’application de la loi.

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