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Ces chrétiens pour qui Noël est sombre en 2020
©SAFIN HAMED / AFP

Période à risque

Ces chrétiens pour qui Noël est sombre en 2020

Il n’est pas rare que les communautés chrétiennes soient la cibles du terrorisme islamique durant leurs fêtes religieuses, le plus souvent dans les pays où elles sont en minorité. D'autres dangers les menacent également, en particulier dans le contexte actuel marqué par l'épidémie de coronavirus.

Claire Lacroix

Claire Lacroix

Claire Lacroix est responsable de l'information pour Portes Ouvertes, une ONG internationale humanitaire chrétienne évangélique qui soutient les chrétiens persécutés.

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Atlantico : Noël est l’une des fêtes les plus importantes pour la chrétienté. Doit-on s’attendre à des Noël particulièrement difficiles pour certains chrétiens ?

Claire Lacroix : En effet, il n’est pas rare que les communautés chrétiennes soient la cibles du terrorisme islamique durant leurs fêtes religieuses, le plus souvent dans les pays où elles sont en minorité. Cette année est différente avec la pandémie du COVID19 mais le risque d’attentat reste élevé dans certaines régions du monde, comme au Nigéria par exemple. Dernièrement le groupe islamique Boko Haram a rappelé son combat de lutte contre l’éducation dit occidentale avec le rapt de centaines d’adolescents dans le Nord du Pays. Nous espérons que le terrorisme ne frappera pas également les églises à l’occasion de la célébration de Noël.  C’est au Nigéria que nous avons compté en 2019 – avec 1 350 morts – le plus grand nombre de chrétiens tués pour leur foi, Ils subissent les attaques de Boko Haram, d'un côté, et des éleveurs peuls radicalisés, de l'autre.

Il y a d’autres pays où le risque d’attentats, d’agression est présent. L’an dernier, deux jours avant les célébrations de Noël, en Égypte, Mustafa Abid, policier spécialiste du déminage, a été tué alors qu'il tentait de désamorcer une bombe à l'extérieur d'une église chrétienne copte à Nasr, non loin du Caire. L'explosion a blessé deux autres agents de police et un spectateur. Deux bombes étaient cachées dans un sac sur un toit près de l'église. En Inde, lors de cette même période,  18 faits de persécution contre des chrétiens ont été rapportés pendant les fêtes, selon la Religious Liberty Commission (RLC) de l'Evangelical Fellowship of India (EFI). Ils ont eu lieu dans les États d'Uttar Pradesh, d'Uttarakhand, du Tamil Nadu et du Maharashtra.

Par ailleurs, lorsqu’on parle de Noël on peut évoquer la triste situation de la Corée du Nord, en tête du classement de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens depuis des années.  Il n’y a pas de Noël en Corée du Nord! La veillée du 24 décembre a été occultée et remplacée par une autre célébration: l’anniversaire de Kim Jong-suk, épouse du fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung. Un réfugié Nord-Coréen nous a partagé les souvenirs de son enfance, il nous expliquait que les écoles, les universités, les usines et les institutions publiques doivent toutes observer l'anniversaire de Kim Jong-suk et qu’il avait l'habitude de participer dans son école à une soirée de chants, semblables à des chants de Noël, pour célébrer l’anniversaire de Kim Jong Suk. Pendant la journée, il déposait aussi des fleurs devant les statues de cette ex première dame.  Il regardait également des films de propagande. Il ne célébrait pas Noël pendant sa vie en Corée du Nord et n'avait même pas entendu parler de Noël.

L’année 2020, marquée par la pandémie, a-t-elle favorisée la persécution des chrétiens à travers le monde ?

Nous allons justement parler de cette relation entre la persécution et les effet de la COVID19 lors de notre conférence de presse qui aura lieu le 12 janvier à Paris. Pour l’instant, ces informations ne peuvent pas être communiqués mais ce que nous pouvons dire c’est que la pandémie a mis en relief et a aggravé les vulnérabilités sociales, économiques et ethniques de millions de chrétiens dans le monde. Elle a aussi dévoilé des attitudes répressives, souvent cachées, que les chrétiens subissent au quotidien. Rien qu’en Asie nous avons porté secours à près de 283 000 chrétiens qui ont été victimes de discrimination.  Depuis que la crise de la Covid-19 a frappé l’Inde, les chrétiens sont encore plus discriminés. Dans certains villages, ils n'ont plus le droit de s'approvisionner dans les commerces locaux. Sur plus de 100.000 personnes aidées par les partenaires de Portes Ouvertes, 80% n'avaient rien reçu du gouvernement parce qu'elles étaient chrétiennes. Pour beaucoup, c’était une question de vie ou de mort. Pourtant, les autorités indiennes ont mis en place des campagnes de distribution alimentaire. Les chrétiens obtiennent moins d'aide que les autres, voire pas du tout. Certains en viennent à cacher leur croyance pour pouvoir manger. Les chiffres dont nous disposons ne reflètent qu'une partie de la réalité car la discrimination dont les chrétiens sont victimes est tellement répandue et banalisée qu'elle n'est même plus considérée comme telle même par ceux qui en sont victimes.En Inde, les chrétiens font face à une persécution extrême alors que le BJP, parti du Premier ministre Narendra Modi, souhaite faire de son pays une nation exclusivement hindoue par l’élimination des minorités d'ici fin 2021. La crise sanitaire ne fait qu’ajouter à la vulnérabilité de cette minorité. Au début de la pandémie, nous avons aussi été informés qu’en Somalie, le groupe islamiste radical al-Shabaab a déclaré que le coronavirus était propagé "par les forces croisées (lire : les chrétiens) qui ont envahi le pays et les pays incrédules qui les soutiennent" et en Ouganda, les musulmans radicalisés de Yumbe ont accusé les chrétiens d'être à l'origine du coronavirus. La rumeur circulaient que les chrétiens de Chine avaient brûlé le Coran et qu’en conséquences, Allah était en train de punir l’humanité par la maladie. Depuis, nous avons finalisée notre étude, comme vous pouvez l’imaginer celle-ci n’est pas positive et peut-être même encore plus critique que ce que vous ne pouvez imaginer, nous en parlerons lors de la sortie de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2021.

Habituellement, par le passé, les périodes de crise et de situation de tension sanitaires, politiques ou autres, sont elles plus propices aux persécutions ?

Ce n’est pas la première fois que nous constatons des discriminations en temps de crise.

Lors du Tsunami de 2004, les chrétiens avaient été confrontés aux mêmes phénomènes de discriminations dans la distribution de l’aide. Nous avions dû mettre en place une aide d’urgence, car les chrétiens étaient menacés de famine.

En 2018, lors d’un autre Tsunami, les zones chrétiennes en Indonésie ont été écartées des secours, oubliées de la distribution alimentaire. «L’un des secteurs les plus dévastés comprend une population chrétienne. Nous avons remarqué que cette zone est restée à l’écart des secours d’urgence.» a rapporté un de nos partenaires sur place.

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