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Emmanuel Macron rend hommage au Soldat inconnu et à Hubert Germain, le dernier Compagnon de la Libération, lors d'une cérémonie le 11 novembre 2021.
Emmanuel Macron rend hommage au Soldat inconnu et à Hubert Germain, le dernier Compagnon de la Libération, lors d'une cérémonie le 11 novembre 2021.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Président en campagne

Cérémonie pour Hubert Germain, compagnon de la Libération : cet hommage au nationalisme qui ne dit pas son nom

A l’occasion de la cérémonie de commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, Emmanuel Macron a rendu hommage à Hubert Germain, dernier des Compagnons de la Libération, mort en octobre. Que cachent les discours et la stratégie d'Emmanuel Macron en cette période de pré-campagne électorale ?

Michel Villard

Michel Villard

Michel Villard est universitaire. Il écrit sous pseudonyme.

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Le président Emmanuel Macron est donc parti en campagne. Son allocution télévisée du 9 novembre en marque le lancement, dévoilant au passage l’un des volets de la probable stratégie présidentielle : se rendre tellement odieux aux yeux de la gauche avec ses remarques sur les chômeurs-qui-fichent-rien que son objectif prioritaire semble être de recentrer le débat politique sur les enjeux économiques et sociaux. Ce faisant, il espère probablement faire coup double : d’une part couper l’herbe sous les pieds d’Éric Zemmour en mettant en retrait la délicate question identitaire et migratoire, question avec laquelle il n’est pas à l’aise (voyez avec quelles difficultés le gouvernement parle de la crise frontalière qui se déroule actuellement entre la Pologne et la Biélorussie), d’autre part se présenter comme le seul recours vraiment censé raisonnable face à une gauche irresponsable.

Le lancement de la campagne ne s’arrête pas là. Il se poursuit dès cette semaine avec deux hommages nationaux : le 11 novembre pour saluer Hubert Germain, cet ancien compagnon de la Libération décédé en octobre à l’âge de 101 ans, puis le 30 novembre avec la cérémonie au Panthéon pour Joséphine Baker, cette artiste noire qui s’est prise de passion pour la France lorsqu’elle a réalisé que notre pays était à mille lieux du racisme qui imprègne les Etats-Unis.

Avec ces deux hommages, le message présidentiel est clair : l’ennemi est à nos portes, et cet ennemi n’est autre que le fascisme et le racisme. La tactique est assez classique mais elle peut être efficace : en 2017, dans l’entre-deux tours de l’élection, Emmanuel Macron s’était rendu à Oradour-sur-Glane, histoire de bien rappeler que l’heure n’est pas à la rigolade. 

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Cette fois-ci, pourtant, la communication risque d’avoir des difficultés. D’abord parce que les vieilles ficelles de l’antifascisme commencent à s’user, ensuite parce que le programme d’hommage risque de tourner court. Dans le cas de Joséphine Baker, la cérémonie se déroulera devant un cercueil vide puisque les héritiers n’ont pas voulu que les restes de l’actrice quittent leur emplacement de Monaco. Voilà qui est gênant : quel est le sens d’un hommage avec un cercueil vide ? Mais logiquement, les médias auront à cœur de ne pas insister sur ce petit détail.

Quant à l’hommage à Hubert Germain, il laisse une impression amère. Pour quelles raisons Hubert Germain a-t-il rejoint Londres en juin 1940 ? Pourquoi ce fils de général a-t-il plaqué ses études en disant à son professeur « je pars faire la guerre » ? Était-ce pour construire l’Europe ? Pour combattre le colonialisme ? Pour lutter contre le racisme et les discriminations ? Pour cultiver l’égalité entre les hommes et les femmes ?

Rien de tout cela évidemment : il s’agissait tout simplement de sauver la France. Le président Macron a beau essayer de cacher cette basse motivation en parlant « d’engagement », ou éventuellement de « patrie », terme bien commode pour noyer le poisson, il n’en reste pas moins que c’est bien au nom de la nation française, donc du nationalisme, qu’Hubert Germain a risqué sa vie et s’est vu décorer par de Gaulle pour ses actes de bravoures, ce même nationalisme que le président sortant ne cesse de conspuer et d’injurier (la « lèpre nationaliste ») comme il vient encore de le faire dans son allocution télévisée du 9 novembre, où le nationalisme a été mis sur le même pied que tous les maux de la terre, à commencer par « les obscurantismes », comme si le nationalisme et l’islamisme étaient comparables.

Il suffit pourtant d’écouter le vieil homme, qui est resté lucide jusqu’à la fin, pour comprendre que la fierté nationaliste lui était chevillée au corps.  

On peut faire parler les morts mais il est plus difficile de les faire taire.

PS : Accessoirement, on rappellera que c’est pour aider la Pologne que, en 1939, la France est entrée en guerre. Mais évidemment, toute ressemblance avec des événements contemporains serait purement fortuite. 

Michel Villard

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