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Des bureaux sont nettoyés face aux risques de contaminations à la Covid-19.
Des bureaux sont nettoyés face aux risques de contaminations à la Covid-19.
©Rob Carr / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Vu du futur

Ce que nos descendants risquent de retenir de notre gestion de la pandémie de Covid

La pandémie de Covid-19 a permis au monde entier de réaliser que les virus respiratoires se transmettaient quasi-exclusivement par les microgouttelettes contaminées de notre respiration. Des solutions devront être adoptées à l'avenir afin de permettre de respirer un air intérieur qui ne risque plus de transmettre les virus et d'améliorer les standards de qualité et de sécurité.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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En 2050, mes enfants diront peut-être à leurs petits-enfants :

- « Ah, vous êtes trop jeunes pour l’avoir vécu, mais autrefois figurez-vous que l’on respirait l’air que les gens rejetaient dans la pièce, sans qu’il nous soit donné de vivre dans un air plus propre. »

- « Au XXIème siècle ? » s’indigneront alors les nouvelles générations incrédules.

Ne nous semblerait-il pas archaïque aujourd’hui de boire l’eau de la Tamise prélevée en aval des déjections des Londoniens en pleine épidémie de choléra ? Eh bien, il aura fallu la pandémie de Covid-19 pour réaliser, après plusieurs vagues de contaminations et des millions de victimes, que les virus respiratoires se transmettaient quasi-exclusivement par les microgouttelettes contaminées de notre respiration. La transmission a lieu pratiquement invariablement dans des lieux clos mal ventilés, recevant des personnes, qu’ils soient publics ou privatifs. Est-ce qu’anecdotiquement quelques rares contaminations par le coronavirus ont pu avoir lieu en touchant le bouton d’un ascenseur ou la poignée d’un bus ? C’est théoriquement concevable puisque l’on retrouve des traces de génome de virus après plusieurs heures et parfois plusieurs jours sur ce type de surfaces. Mais c’est très peu probable, tant la charge virale y est habituellement insuffisante pour pouvoir infecter quelqu’un. Les lieux où l’on se contamine se comptent en fait presque sur les doigts de la main : bars, restaurants, club (de fitness, de chant, de danse…), salles de classe ou de réunion, bureaux partagés, domicile, transports publics durant plus de 2 ou 3 heures, et puis c’est tout ou presque.

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John Snow, le médecin britannique qui avait découvert en 1854 que le choléra se transmettait par la pompe qui puisait l’eau de la Tamise pour abreuver les Londoniens des quartiers de Soho, recommanda avec succès de fermer cette pompe pour arrêter l’épidémie. De même, les épidémiologistes des années 2020 ont suggéré de fermer les lieux (discothèques, bars, restaurants, cantines, salles de classe, openspace…) où se contaminaient par le coronavirus les habitants de la planète. Mais les Londoniens du XIXème siècle avaient besoin de boire, tout comme ceux du XXIème siècle d’aller travailler, partager leurs repas, et guincher. Donc si fermer la pompe fut efficace sur le plan sanitaire, ce n’était pas la solution sur le long terme. Après Snow furent entrepris de grands travaux d’assainissement urbain, séparant l’eau potable des eaux usées et traitant l’eau pour qu’elle ne risque plus de contaminer les hommes. De même, après la pandémie, il s’agira d’entreprendre des rénovations des constructions qui reçoivent des personnes afin de leur permettre de respirer un air intérieur qui ne risque plus de transmettre les virus. Soit une ventilation efficace restaurera les qualités proches de l’air extérieur, soit on purifiera ou filtrera l’air intérieur lorsque l’aération s’avèrera difficile à réaliser, soit encore on combinera ces méthodes. Il existe beaucoup de normes contraignantes dans la construction. Un balcon est équipé de garde-corps aux caractéristiques précises. Les installations électriques, d’eau et de gaz doivent être conformes à des critères exigeants. Eh bien, ne voici-t-il pas venu le temps où il va falloir aussi disposer de normes contraignantes qui garantiront des risques minimums de transmission des agents microbiens par voie aérosol dans l’air intérieur des bâtiments recevant du public et dans les transports publics ? Des chercheurs taïwanais (1) ont montré dans les locaux d’un campus universitaire où sévissait une épidémie de tuberculose, qu’au-dessous de 1000ppm de concentration de CO2, la transmission du Bacille de Koch (l’agent de la tuberculose) était réduite de 95% et au-dessous de 600ppm, cette transmission n’était plus du tout observée. C’est vers ce niveau d’amélioration de la qualité de l’air intérieur que l’on devrait se diriger désormais, car cela réduirait considérablement les risques de propagation des agents microbiens qui empoisonnent littéralement nos existences, dans les lieux où nous vivons, travaillons ou nous déplaçons.

Le temps où l’on fermait les pompes et les discothèques doit céder désormais la place à celui où l’on nous laissera boire et respirer des biens communs aux meilleurs standards de qualité et de sécurité.

(1) Du CR, Wang SC, Yu MC, et al. Effect of ventilation improvement during a tuberculosis outbreak in underventilated university buildings. Indoor Air. 2020;30(3):422-432. doi:10.1111/ina.12639 

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