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Ce que l’on peut véritablement espérer de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un
©Ed JONES / AFP

Rencontre au sommet

Ce que l’on peut véritablement espérer de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un

Kim Jong-un est attendu à Hanoï, au Vietnam. Il devrait rencontrer le président américain Donald Trump lors d'un sommet qui devrait durer deux jours.

Jean-Vincent Brisset

Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est chercheur associé à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Atlantico : Demain devrait se dérouler la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un à Hanoï. Concrètement, qu'attendre de cette rencontre notamment sur l'épineux dossier de la dénucléarisation ?

Jean-Vincent Brisset : La seule chose qui apparaîtrait comme une surprise totale serait l’annonce d’un accord complet sur une dénucléarisation de la Corée du Nord, à une date précise et selon des modalités ne laissant aucun doute sur la réalité de cette dénucléarisation. D’un autre côté, il paraît difficile d’envisager que cette rencontre puisse se conclure par un échec et le retour à une situation conflictuelle comme celle qui prévalait avant les initiatives de l’actuel Président américain. Les deux responsables ont, chacun de son côté et chacun vis-à-vis de sa propre population, tout intérêt à pouvoir afficher un succès. 
Trois grands sujets sont en fait sur la table. Le premier est la dénucléarisation de la Corée du Nord, alors que le maintien des capacités de Pyongyang est à la fois une assurance vie pour le régime et une bonne partie de sa légitimité vis-à-vis de son peuple. Le second est celui de la présence de troupes américaines en Corée du Sud, qui est toujours souhaitée aussi bien par Séoul que par Tokyo et à laquelle le Président américain ne peut renoncer sans se déjuger vis-à-vis de son électorat. Enfin, la conclusion d’un Traité de Paix demeure nécessaire. Les modifications des régimes de sanctions internationales doivent être davantage vues comme une monnaie d’échange que comme un but en soi.  

Quelle serait, selon vous, le meilleur résultat possible pour cette rencontre au regard de ce qu'est le régime?

Il faut revenir sur les conclusions de l’accord obtenu à l’issue de la première rencontre Kim Trump, en Juin 2018. Elles portaient essentiellement sur quatre points : 
1. Pacification des relations entre les US et la RDPC
2. Efforts communs pour construire une paix durable dans la péninsule
3. Confirmation de la volonté nord-coréenne d’aboutir à une dénucléarisation complète
4. Rapatriement par les deux côtés des restes des combattants des deux camps. 
Il paraît difficile d’imaginer que la volonté affichée de dénucléarisation complète de la Corée du Nord puisse aboutir, au cours de la rencontre à venir, à l’annonce d’un calendrier et de mesures de vérification solides. D’un autre côté, la situation actuelle des forces nucléaires nord coréennes et la crédibilité qu’elles ont acquis grâce aux derniers essais permet à Kim de prolonger indéfiniment le moratoire de fait qui est actuellement en vigueur. Pour Trump, afin que le sommet à venir ne soit pas présenté comme un échec personnel, il est indispensable d’obtenir une avancée. Une réaffirmation par la Corée du Nord de la volonté de dénucléariser ne sera pas suffisante si elle n’est pas accompagnée d’une démonstration un peu plus tangible que ce qui a été fait auparavant. On peut penser, par exemple, au démantèlement public de quelques armes, en présence (et même avec l’aide technique) de spécialistes extérieurs. Ce démantèlement pourrait être présenté comme un précurseur, assorti d’une déclaration de Kim selon laquelle il garde un tout petit nombre d’armes dans l’attente d’une étape ultérieure de négociations. Mais ceci ne pourra être obtenu qu’en échange d’un acte fort de la part des US, retrait de quelques moyens militaires de la Corée du Sud et/ou engagement de ne plus jamais y déployer d’armes nucléaires. 
Au-delà de ces avancées hypothétiques, qui ne feront que repousser le problème, mais rendraient de plus en plus envisageable une solution pérenne, on peut espérer un autre progrès crucial. L’annonce de la signature d’un traité de paix, qui remplacerait un accord d’armistice devenu de plus en plus boiteux, serait une étape majeure. Elle présenterait l’avantage d’être une preuve de bonne volonté évidente des parties, et donnerait, à chacun des deux Présidents un bonus important vis à vis de son opinion publique. Dans l’état actuel des relations intercoréennes, une telle avancée serait aussi extrêmement bien perçue par la Corée du Sud tant que celle-ci gardera la certitude d’être éligible à une protection militaire des Etats-Unis « au cas où ». 

Le rétablissement de la confiance entre les deux parties prendra donc du temps. Quels gestes pourraient faire les deux acteurs dans une perspective de rétablissement de cette dite confiance ?

La conclusion d’un traité de paix entre les deux parties est un socle indispensable à un rétablissement de la confiance mutuelle. Il est tout aussi nécessaire de revoir le régime de sanctions. Le sommet vietnamien pourrait aussi poser les bases d’un élargissement des contacts officiels permanents entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, dans l’optique de l’établissement de relations diplomatiques. Tout ceci prendra du temps et les déclarations de bonne volonté ne seront pas forcément suivies rapidement de réalisations pratiques immédiates. 
Sur un plan beaucoup moins politique, les Etats-Unis pourraient participer, d’une manière ou d’une autre, au développement économique de la Corée du Nord. On peut mettre au crédit de Kim, depuis quelques années, de vrais progrès dans ce domaine. Ces progrès lui donnent une grande légitimité interne, qui lui permet d’être beaucoup moins dépendant que ne l’était son père de la posture de défenseur « militaire » de son pays. Tout accompagnement dans ce domaine permettrait d’accentuer encore l’évolution. Même si, on peut le comprendre, chaque ouverture de la société nord-coréenne à des influences extérieures fait peur à un régime qui demeure très vulnérable à tout ce qui pourrait fragiliser la coquille dans laquelle il a longtemps enfermé son pays.  

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