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Ce qu’un clash avec l’Australie a appris à la Chine des limites de sa puissance
©WANG ZHAO / POOL / AFP

Joué d’avance. Ou pas

Ce qu’un clash avec l’Australie a appris à la Chine des limites de sa puissance

Alors que la confrontation entre la Chine et l'Australie sur la scène diplomatique devait s'avérer être une balade de santé cela s'avère être plus compliqué que cela pour la puissance asiatique ....

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot

Professeur à l’Institut Catholique de Paris et Chercheur-associé à l’Iris, Emmanuel Lincot est sinologue. Son dernier ouvrage, écrit avec Emmanuel Veron est La Chine face au monde : une résistible ascension (éditions Capis Muscat). Il est également l'auteur de Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Sharp Power et Soft Power aux éditions MkF et de Géopolitique du patrimoine. L’Asie d’Abou Dhabi au Japon aux éditions MkF.

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Atlantico : Engagée depuis l'année dernière dans un duel contre son encombrant voisin, l'Australie continue de tenir tête à la Chine malgré les sanctions économiques. L'empire du Milieu, qui a récemment menacé d'envoyer ses missiles sur l'île en cas d'ingérence dans un potentiel conflit sino-taïwanais, est-elle en train d'expérimenter les limites de sa stratégie d'expansion ?

Emmanuel Lincot : les relations sino-australiennes comptaient parmi les meilleures au monde. Ce changement est lié à une conscientisation de ce que représente la Chine en termes de sécurité pour l’Australie dans sa capacité à s’ingérer dans le jeu politique australien et à instrumentaliser une partie de la classe politique de Canberra. A ceci s’ajoute la dénonciation par l’Australie d’un certain nombre d’accords liés au projet des Nouvelles Routes de la soie. Les sanctions Chinoises en retour ont été immédiates ce qui n’a pas empêché Canberra de plaider par ailleurs pour une enquête indépendante sur les origines de la pandémie de la Covid-19, au grand dam de Pékin. Les relations se sont depuis considérablement dégradées : cyberattaques chinoises et à l’inverse, critique de Pékin à l’encontre des « Five Eyes » - dont fait partie l’Australie - s’ajoutent à une radicalité stratégique à travers l’Indo-Pacifique auquel se rallie la France. Paris a d’ailleurs vendu des sous-marins à Canberra, ce qui renforce le sentiment obsidional à Pékin. Ce qui est nouveau dans cette partie de bras de fer, c’est qu’un très grand nombre de pays occidentaux soutiennent fermement les positions australiennes. Le contexte international a ainsi radicalement changé si on le compare à la décennie précédente. Souvenez vous de l’année noire éprouvée en 2008 par la France de Nicolas Sarkozy contre la Chine: Paris était alors terriblement isolée sur le plan diplomatique par rapport à la Chine après la rencontre entre le Chef de l’Etat français et le dalaï-lama et l’incident de la flamme olympique. Personne, ou seulement du bout des lèvres, n’aurait oser soutenir la France dans ces moments difficiles. Ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui comme le montre la confrontation entre l’Australie et la Chine.

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Quels sont actuellement les rapports de force dans l'Indo-pacifique ? Le soutien américain sera-t-il suffisant pour que l'Australie résiste durablement au géant chinois ?

La puissance de feu américaine est nettement supérieure à celle de la Chine. Washington aligne 11 porte avions nucléaires lorsque la Chine n’en dispose que de deux, et d’une technologie obsolète. S’ajoutent les forces régionales et occidentales et une profondeur stratégique sanctuarisée par un dispositif d’endiguement qui confère à la base américaine  de Guam mais aussi à la Polynésie française un rôle central. Trois verrous, dans la périphérie proche de la Chine, peuvent à tout moment bloquer les forces navales chinoises. Okinawa, au Japon, Taïwan, Singapour et en amont les îles indiennes d’Andaman. Un déluge de feu pourrait s’abattre sur la Chine. Reste l’énigme russe: Moscou soutiendrait-il la Chine en cas de confrontation dans la région ? Staline et ses successeurs s’y étaient refusés lorsque Mao Zedong avait eu la velléité de s’emparer de Taïwan par la force, par exemple…Quoi qu’il en soit, l’Australie, dans sa volonté désormais de diversifier davantage ses partenariats commerciaux autres que la Chine, est un cas d’école qui va inspirer un très grand nombre de pays. A commencer par la France.

La Nouvelle-Zélande, qui semble vouloir se rapprocher de la Chine, peut-elle être le caillou dans la chaussure australienne ?

Wellington est plus enclin à modérer son attitude à l’encontre de la Chine. C’est une bonne chose et pour tous que la Nouvelle Zélande puisse agir en tant que médiatrice entre la Chine et l’Occident et les pays des régions convoitées, que ce soient ceux de l’Océanie ou du Pacifique. Qu’il y ait une compétition avec Canberra sur le plan diplomatique ne fait aucun doute non plus. Mais ce n’est pas pour autant que la Nouvelle Zélande va se désolidariser du camp occidental. Au reste ni Canberra ni Washington ne le tolèreraient. 

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