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Des salariés sur le campus de Google, à Mountain View (Californie).
Des salariés sur le campus de Google, à Mountain View (Californie).
©Amy Osborne / AFP

Commissaire politique

Ce plan secret que Google semble avoir concocté pour nous rééduquer à la sauce néo-progressiste

C’est ce que suggèrent fortement les documents confidentiels publiés cette semaine aux Etats-Unis sur le contenu réel de l’initiative antiraciste lancée par le géant de l’Internet.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est responsable de projets innovation au sein d'un grand Groupe, consultant et mentor pour des possibles licornes en fécondation, membre de plusieurs think tank comme La Fabrique du Futur, Renaissance Numérique, conseiller numérique d'Objectif France. Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il a publié avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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Atlantico : Le géant technologique Google a lancé une initiative "antiraciste" qui comprend des interventions et des documents affirmant que l'Amérique est un "système de suprématie blanche" et que tous les Américains sont "élevés pour être racistes". Pourquoi Google s’intéresse-t-il fortement à la question des communautés ?

David Fayon : Aux États-Unis, les statistiques ethniques sont permises contrairement en France où c’est tabou. Elles permettent de connaître les différences de niveaux d’études, de salaires, de condition de logement, etc. et d’avoir des éléments pour les politiques publiques et des entreprises. Ainsi dans la Silicon Valley où se trouve le siège des majors du numérique (GAFAM + NATU + Intel, Cisco, etc.), à l’exception d’Amazon ou de Microsoft qui ne possèdent que des antennes locales, la communauté asiatique est plus nombreuse que celles des blancs. Ces derniers représentent désormais le tiers de la population. Nous avons aussi les latinos, notamment les personnes d’origine mexicaine, et les Indiens. Les noirs, finalement, ont un pourcentage bien plus faible que dans la moyenne des autres États. Ceci est attesté chaque année par le rapport publié, le Silicon Valley Index. Pour les GAFAM, il est devenu important d’être inclusif, de pouvoir parler aux femmes comme aux hommes, aux personnes valides aussi bien qu’aux personnes en situation de handicap ou aux communautés visibles. Cela fait donc partie de la politique de communication de Google de faire ce type d’opérations mais aussi de recrutement avec des questions intégrées dans le cadre de la diversité. Sundar Pichai, le président-directeur général de Google, est par ailleurs d’origine indienne.

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Aujourd’hui, à profil équivalent, il est possible que Google privilégie un employé afro-américain plutôt qu’un blanc ou une personne de type asiatique pour favoriser la diversité. Cette discrimination positive revient aussi à une discrimination pour certains. L’entreprise veut par-dessus tout remplir ses quotas, c’est une question d’image véhiculée. On est beaucoup dans la communication, comme par exemple quand Google indique être neutre en émission de carbone depuis 2007. Il faudrait plutôt que les GAFAM considèrent tous les citoyens de manière équitable. L’entreprise préfère se donner une image sociale alors que la firme de Mountain View est une « machine à générer du profit » et à dominer une partie de la société. Toutes les personnes des communautés sont des consommateurs en puissance et il faut pouvoir les toucher. N’oublions pas que les projections font état de plus de 2 milliards d’habitants en Afrique à l’horizon 2050 : c’est un marché stratégique tant pour les États-Unis que la Chine qui vont croiser leur route dans un « Fachoda numérique ».

Dans un autre registre, Google manie aussi le lobbying. On l’a vu récemment avec notre secrétaire d’Etat qui arborait un maillot à l’effigie de Google. Difficile dans ce contexte de parler de souveraineté numérique française et européenne, ce qui est hautement stratégique et souhaitable pour ne pas être dépendant des GAFAM et des BATHX (Baidu Alibaba Tencent Huawei Xiaomi), leurs équivalents chinois.

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Le fait que Google souhaite ainsi former ses employés d’une manière si orientée idéologiquement doit-il nous inquiéter sur la neutralité du moteur de recherche qu’il fournit ?

Le moteur de recherche n’est pas neutre de facto. Avec le big data, il s’enrichit des requêtes passées des internautes. Par exemple si l’on saisit « Pourquoi les noirs » ou « Pourquoi les blondes » et avant même de terminer notre saisie, Google suggère les termes qui viennent après dans les recherches effectuées et qui sont plus statistiquement recherchées par les internautes.

Dans un autre registre, les réseaux sociaux vont modérer, parfois censurer le contenu, voir suspendre le compte d’un utilisateur de la plateforme (déplateformisation), ce qui peut être regrettable dans le cadre du pluralisme (récemment le député ex LREM Joachim Son Forget sur ses deux comptes Twitter, alors que ce docteur n’est pas favorable à la vaccination) alors même que des talibans peuvent s’exprimer avec des propos odieux à l’égard des femmes. Il existe la censure algorithmique, mais aussi une autre qui peut être politique. Il en va de même pour Google qui peut appliquer des politiques de modération à sa guise pour les recherches effectuées et ses algorithmes. Si des contenus ne plaisent pas, ce type de suggestion peut être supprimé. Voici quelques années en saisissant ces mêmes requêtes, nous constations des recherches à caractère raciste en effet.

Que nous apprend la lecture des documents révélés par Christopher F. Rufo sur l’initiative de formation contre le racisme lancée par Google à destination de ses salariés ?

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Les révélations de Christopher F. Rufo sont édifiantes quant à la suprématie blanche qu’il faudrait combattre et qui revient à chasser le racisme par d'autres formes de discrimination. Déjà, le racisme a malheureusement toujours existé y compris au sein d’une race car nous sommes tous différents. Et les actions faites sont condamnables (rapt de femmes pour constituer des harems, traite des nègres) et le devoir de mémoire doit perdurer. Pour autant, certaines personnes ne peuvent être tenues responsables d’actes produits avant leur naissance alors même que certains ne seraient pas tenues responsables de ce qu’elles font aujourd’hui ! Il convient d’éviter toute culpabilisation et de garder en tête le discours du pasteur américain Martin Luther King en août 1963 « I have a dream… will not be judged by the color of their skin but by the content of their character ».

N’oublions pas que le mythe américain est celui du melting pot et les États-Unis sont dans l’attrait des talents que ce soit pour le sport, la technologie ou la création de valeur. Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple, par exemple est d’origine syrienne. Leur but reste le même, rester une superpuissance et conserver leur leadership face à la Chine. Nous sommes dans le choc des puissances. Et Google jusqu’à présent a su attirer des talents du monde entier, a lancé des challenges pour le codage ouvert au monde entier. Il n’y a pas besoin de créer un poste de « Google diversity, equity, and inclusion lead » confié à Beth Foster.

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Ce type d’enseignement est-il courant dans la Silicon Valley ? Qu’est-ce que cela nous dit de la vision de Google de la société ?

La Silicon Valley constitue un écosystème assez particulier avec une vision du monde où tout problème est matière à solution avec une opportunité business à la clef. Le transhumanisme est également présent. Chacun peut contribuer à rendre le monde meilleur en le changeant. C’est une croyance forte et très présente.

Nous avons également l’intégration de mouvements sociétaux qui sont pris en compte comme celui des Black lives matter et tout ce qui peut peser sur l’opinion. Le véganisme dans un autre registre est très présent et les restaurants chez Google sont thématiques et préservent les goûts et habitudes alimentaires de chaque salarié. En voulant faire de l’hypersegmentation et parler en même temps à toutes les communautés en leur disant ce qu’elles veulent entendre, le discours fédérateur qui rassemble l’ensemble des citoyens est plus difficile même si les produits vendus sont très uniformes. On le voit avec l’iPhone décliné en très peu de versions. Nous sommes arrivés « à la Ford T contemporaine avec le numérique » et l’uniformisation des outils, des interfaces.

À terme, ce genre de formation va-t-il affecter le contenu que nous consultons ?

Il est possible car les algorithmes ne sont pas neutres. Ils dépendent de ceux qui les ont conçus, des jeux de données utilisés. On l’a vu avec des algorithmes pour les véhicules autonomes qui ne reconnaissaient pas les personnes de couleur. Les algorithmes ont des biais. Il convient de les résoudre pour être inclusifs pour toutes et tous.

Dans tous les cas, plutôt que de discriminer il conviendrait d’inclure toutes les personnes toujours selon les principes de mérite et de talent, sans quota, avec discernement et bon sens comme l’atteste l’article VI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Dans tous les cas, l’histoire est telle qu’elle est, il convient de ne pas la réécrire ou de la détruire (on le voit avec du Fahrenheit 451 en action avec des Tintin ou des Astérix qui ont été brûlés récemment au Canada, ce qui est très dangereux et à combattre) mais d’agir sur le présent, penser pour l’avenir avec toutes les forces, la diversité et en ayant un projet fédérateur.

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