Ce manque de détermination de Pap Ndiaye qui alimente l'offensive islamiste sur l'école | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Education
Le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, lors d'une conférence de presse.
Le ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, lors d'une conférence de presse.
©Ludovic MARIN / AFP

Education nationale

Ce manque de détermination de Pap Ndiaye qui alimente l'offensive islamiste sur l'école

Le port de tenues islamiques gagne du terrain ces derniers mois au sein de l'Education nationale en France, aussi bien chez les garçons que chez les filles, au collège et au lycée.

Florence Bergeaud-Blackler

Florence Bergeaud-Blackler

Florence Bergeaud-Blackler est anthropologue, chargée de recherche au CNRS dans le Groupe Sociétés, Religions, Laïcités. Paris Sciences et Lettres Université (PSL University).

Voir la bio »

Atlantico : Une vidéo est devenue virale sur les réseaux où l’on voit deux adolescentes étudiant au lycée polyvalent Romain Rolland à Goussainville. Défiant la laïcité à l’école, elles appellent à manifester contre l’établissement. Que nous apprend cette vidéo ?

 Florence Bergeaud-Blackler : Il faut être très prudent quant à la fiabilité de ces témoignages qui sont pour la plupart mis en scène et qui contiennent le #viral avant même qu’ils ne soient diffusés. Les influenceurs utilisent volontiers cette technique performative qui consiste à affirmer qu’un commentaire a fait le buzz avant même que ce ne soit le cas. Le contexte est celui d’un lycée du Val d’Oise qui a connu des émeutes au mois de Novembre  pour dénoncer pêle-mêle : l’absence de perspectives, la répression systématique, l’impossibilité de s’habiller comme on veut etc. Pap Ndiaye n’est certes pas ménagé, mais il s’agit surtout pour les lycéens de le rappeler à ses convictions « anti-racistes », celles qu’il a exprimé  à peine nommé ministre devant des étudiants d’une université de Washington en soulignant qu’il est «difficile d’affronter de manière nuancée les questions ethno-raciales» en France. On voit bien que les mouvements de gauche et les mouvements islamistes exercent une pression sur le ministre, que tout ceci est organisé. Plus la réponse est faible, plus la pression monte. Compter les signalements ne suffit plus.

Pour voir la vidéo : cliquez ICI

Pour voir la vidéo : cliquez ICI

En octobre, 720 signalements pour atteinte à la laïcité ont été signalés dans les établissements scolaires en France. A quel point assistons-nous à une offensive islamiste à l’école ?

Une note des services de renseignement a alerté sur une hausse des atteintes à la laïcité à l'école, notamment de port de vêtements religieux, de cas de prières collectives dans les toilettes, ce qui a conduit le ministre à annoncer qu’il regarderait l’évolution des chiffres avec attention. Mais que disent ces chiffres ? Rien qu’on ne sache déjà. Pire ils minimisent le problème. Les 720 signalements effectifs ne rendent pas compte des situations de tension que connaissent avec plus ou moins forte intensité presque tous les lycées et collèges de France. La lâcheté, le sentiment d’impuissance, la peur règnent sans partage. Tout cela vient du fait que le ministre comme les politiques en général refusent de prendre au sérieux un problème que tout le monde voit ou pressent : le caractère organisé et systématique d’une offensive de l’islamisme, et en particulier du fréro-salafisme.  La réponse à une offensive coordonnée ne peut pas consister à laisser les enseignants et cadres de l’école estimer si oui ou non une abaya est religieuse et donc prendre les mesures qui s’imposent, même s’ils ont été gratifiés d’un vade-mecum qui leur explique comment décrypter le signe vestimentaire et leur rappelle la loi de 2004. C’est ne pas comprendre que ce qui domine aujourd’hui la décision c’est la peur : la peur d’être considéré comme raciste ou islamophobe, ou la peur pour sa vie. Samuel Paty portait avec lui un marteau, il n’est pas mort assassiné, sans conscience de pouvoir l’être.

Qui sont les artisans et les relais de cette offensive ? 

Les artisans sont les mouvements fréristes dont les fréro-salafistes, ces jeunes prédicateurs hommes et femmes, hyper présents sur les réseaux sociaux, qui expliquent avec pédagogie et douceur aux jeunes filles qu’une femme est bien plus séduisante et respectable sous le voile, que c’est la condition pour avoir un mari qui la traitera avec respect. Pour les Frères, une société mixte est nécessairement désordonnée et violente, la femme en se voilant comme Dieu l’a exigé, la civilise. Les hommes étant menés par leur irrésistible besoin sexuel, ils ne peuvent pas travailler, s’épanouir, fonder une famille si le féminin, objet de tentation, reste visible dans l’espace public. 

Les Frères ont une conception civilisationnelle et intégraliste du religieux qu’ils appellent le Din, qui n’est pas notre conception séculière du religieux. La question de l’égalité homme femme, pour nous centrale, est rejetée par le frérisme qui considère deux espèces humaines distinctes, masculine et féminine. 

La récente circulaire du ministère de l'Éducation nationale sur la laïcité à destination des chefs d’établissement répond-elle aux problématiques posées par la situation ? 

La circulaire « relative au plan laïcité dans les écoles et les établissements scolaires » est insuffisante car elle passe à côté du problème, on écope un bateau qui prend l’eau de toutes parts. A vrai dire la loi de 2004 ne peut rien face à une offensive qui ne reconnaît pas de séparation entre politique et religieux. Il nous faut comprendre qu’il n’y a pas de place en démocratie pour plusieurs modèles de civilité. Une société démocratique comme la nôtre ne peut pas être à la fois égalitaire et inégalitaire, prôner la liberté d’expression et accepter qu’une religion la défie, affirmer la liberté de conscience et laisser les « apostats » et les « hérétiques » être menacés ou tués. Il est urgent de comprendre que l’islam des Frères est bien plus qu’une religion, que la pratique du voile est solidaire de toutes les autres pratiques et que donc quand on en accepte une, les autres se développent selon un schéma systémique. 

Comment résister à cette offensive ?

Pour résister à cette offensive, il nous faut nourrir le désir de gagner la guerre contre l’islamisme, car il ne s’agit pas là d’une offensive mais bien d’une guerre qui prend la forme d’une guérilla d’usure avec quelques événements terroristes sporadiques destinés à entretenir la peur et à tétaniser. Nos responsables essaient de nous rassurer face à l’islamisme en nous disant que nos sociétés riches sont suffisamment attractives pour lui limer les dents ce qu’a tenté de faire Sarkozy quand il a fait entrer en 2003 les Frères musulmans dans le CFCM croyant qu’ils y seraient contrôlés par les autres tendances. L’inverse s’est produit, le loup a mangé les brebis. Le frérisme domine le paysage islamique français aidé par le réseau associatif anti-raciste européen et les adeptes du wokisme. Nous avons en face de nous un projet politico-religieux mondialisé dont le but n’est pas d’imposer quelques voiles mais d’épuiser notre civilisation jugée décadente pour s’y substituer. Il n’est pas trop tard pour réinstaurer les uniformes et une stricte autorité dans les écoles républicaines, redonner le goût de l’excellence aux élèves qui sinon partiront dans le secteur privé, ce qui effondrerait un pilier de notre république et ferait vaciller l’ensemble.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !