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Ce machiavélisme macronien qui pourrait bien déranger les plans de LR (et d’autres…)
©Ludovic MARIN / AFP

Prince machiavélien

Ce machiavélisme macronien qui pourrait bien déranger les plans de LR (et d’autres…)

Malgré les reculs électoraux successifs des Républicains, le parti joue un rôle clé dans le pays. "Coincé" entre le marteau de la Macronie et l'enclume du Rassemblement National, LR s'érige désormais en parti-charnière de la vie politique française

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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La semaine politique passée aura été dominée par l’actualité des LR, en recherche d’un nouveau leadership. A juste titre car, malgré les reculs électoraux successifs (et catastrophiques) de ce Parti, cette actualité est d’intérêt national : il garde en effet des positions fortes dans le pays et, on l’oublie parfois, il détient la clef de la majorité parlementaire et, partant, de la survie du gouvernement Borne et donc de la suite du quinquennat. L’idée selon laquelle LR serait « coincé » entre le marteau de la Macronie et l’enclume du RN a tout son sens du point de vue idéologique, mais la contrepartie en est que cette formation est désormais le parti-charnière de la vie politique française. D’où l’importance de la personnalité qui la dirigera. 

Or, les trois impétrants à la présidence des LR, excluant d’emblée (avec peut-être une nuance pour Bruno Retailleau) une candidature en 2027, il est clair que se confirme « la ligne Jacob », avec un chef de Parti sans ambition présidentielle. La tradition, depuis le RPR chiraquien, avec le chef suprême à la tête du parti avant de l’être à celle du pays, semble donc enterrée. Le président du parti est davantage désormais ce qu’était son secrétaire général au temps du RPF ou de l’UDR gaulliens de jadis. Ce dispositif peut surprendre dans une formation qui ne cesse d’évoquer « sa culture du chef », comme l’a encore fait Eric Ciotti lors du débat sur LCI. Mais il est entendu pour lui - du moins si l’on en croit ses dires - que le vrai chef est ailleurs : Laurent Wauqiez en l’occurrence, mis en quelque sorte « en réserve du parti » pour mieux se lancer dans l’arène présidentielle. La chose est moins claire pour les deux autres qui ne semblent pas avoir vraiment fait allégeance à ce jour, mais qui découplent clairement eux aussi direction du Parti et présidentielle.

Il ne faut pas pour autant surinterpréter ce choix en termes stratégiques : il est largement dû aux circonstances : en l’occurrence l’absence dans ce processus de personnalités de premier plan : Laurent Wauqiez, justement (échaudé par le précédent de 2019), Xavier Bertrand (trop en délicatesse avec LR) et David Lisnard dont la nouvelle présidence, par définition trans-partisane, de l’Association des Maires de France n'est pas compatible avec la présidence d’un grand parti. Si le premier préfère tenir le Parti par un homme-lige, les deux autres choisissent de développer leurs propres formations (« Nous France » et « Nouvelle Energie ») pour préparer l’avenir. C’est donc davantage la stratégie de ces « vrais présidentiables » - que leur candidature à l’élection suprême se concrétise ou non - qu’il faut interroger plutôt que celle des trois prétendants à la présidence de LR. Et c’est là que se pose la question du vrai calendrier des échéances à venir et des calculs qui peuvent être faits à ce sujet par les uns et les autres. 

Or, l’on ne peut qu’être frappé par les propos sur les plateaux et dans la presse qui semblent considérer comme acquises les dates des échéances futures, égrenées comme vérités d’évangile avec la date-phare de 2027 : présidentielle et législatives. Est-on absolument certain de cette dernière échéance et de sa configuration ? Car des élections législatives anticipées, à la suite d’une dissolution, paraissent très probables, et ceci plus tôt que tard. De même, la tenue d’un référendum constitutionnel avant la fin du quinquennat fait partie du possible. Emmanuel Macron a évoqué l’un et l’autre instruments avec constance ces derniers mois. Nous sommes si habitués aux « flottements » de la parole présidentielle sur tant de sujets que nous accordons trop peu d’importance à ses constantes, aussi bien sur le fond (Travail, Europe, Progressisme) que sur le jeu politique. Pour être rares, ces constantes n’en sont donc que plus significatives. D’autant qu’en prince machiavélien (au vrai sens du terme), Emmanuel Macron a maintes fois prouvé qu’il sait forcer le destin et surprendre ses adversaires. 

Par ailleurs, toutes les conditions d’une dissolution se rapprochent entre climat délétère de l’Assemblée, difficulté du gouvernement à faire adopter ces textes et rejet par LR de la main tendue présidentielle (rejet répété par les trois candidats à la présidence du parti). Le 49.3 est utilisé à tour de bras par Elisabeth Borne ; mais deux textes décisifs s’annoncent sur les retraites et sur l’immigration. Or un seul des deux selon la Constitution pourra faire l’objet du 49.3. Si l’on peut penser que LR laissera passer le texte sur les retraites face à une motion de censure inévitable de LFI et du RN, cela sera impossible sur l’immigration. Le texte gouvernemental est en effet invotable en l’état par la droite et aucun compromis ne paraît envisageable : le macronisme est fondamentalement favorable à l’immigration économique - saint-simonisme oblige - et refuse de modifier radicalement le droit des étrangers - « en même temps » oblige.  Aurélien Pradié dans un passage trop peu remarqué du débat des candidats LR, a d’ailleurs parlé de motion de censure possible sur ce sujet ; nul doute qu’elle serait votée (pour des raisons contradictoires, mais peu importe) par LFI et le RN, précipitant la chute du gouvernement. Les premiers mois de 2023 seront donc décisifs, d’autant que la situation économique sera alors plus difficile.

C’est ainsi que l’on peut comprendre le souhait d’Eric Ciotti d’une désignation très rapide (dès 2023) de Laurent Wauqiez afin de parer l’aléa d’une telle dissolution. Il en est de même pour le travail accéléré de Xavier Bertrand et surtout pour David Lisnard, qui, avec le nouvel élan donné « Nouvelle Energie », a quasiment en main un programme de gouvernement, découlant d’une vision d’ensemble et de principes clairs et simples. 

Quant à la prochaine échéance présidentielle, est-on si sûr de sa date, si dissolution il y a, avec un possible changement de majorité et une cohabitation orageuse ? Et est-on si sûr qu’Emmanuel Macron ne sera en aucun cas rééligible ? La Constitution n’est pas claire en cas de second mandat écourté. Or, l’on peut compter sur le Conseil constitutionnel dans sa composition actuelle pour donner de cet article 6 une interprétation favorable à une éventuelle initiative présidentielle. Survenant au bon moment face à une opposition désunie, une campagne présidentielle anticipée pourrait rendre à nouveau possible « le match idéal » contre Marine Le Pen, aussi serré soit-il cette fois. Enfin, quoique moins probable, une modification par référendum du même article 6 et de la règle des deux mandats consécutifs ne doit pas être exclue a priori (surtout si elle est accompagnée de propositions alléchantes comme l’intégration de l’IVG dans la Constitution). Rappelons que cette limitation est très récente (2008) et contestée, y compris à droite où la préférence pour un septennat unique est très répandue. Ces deux dernières hypothèses (démission anticipée et nouvelle candidature ou introduction du septennat unique) auraient de plus l’avantage, en cas de succès, de prolonger l’immunité pénale du Président, alors que le PNF vient d’ouvrir une enquête sur le financement de ses campagnes : le premier doit en mesurer tous les risques au vu des précédents. 

Quoiqu’il en soit, tout dépendra des circonstances mais nous sommes entrés dans l’ère de « dame Fortune », comme disait Machiavel, où les certitudes d’hier et « le business institutionnel as usual » ne sont plus de mise.  Entre guerres et révolutions à travers le monde, entre crises économique et écologique majeures, et dans un pays en proie à tous les doutes et à tous les excès, bien malin qui peut aujourd’hui garantir que le calendrier électoral se déroulera comme prévu. D’autant, encore une fois, que nous avons à la tête de l’Etat un expert de Machiavel. 

Certes, cette hypothèse d’un bouleversement du calendrier à l’initiative du Président se heurtera à l’incrédulité des spécialistes qui évoqueront un risque d’échec trop grand. Mais l’historien opposera que la moitié de l’histoire humaine est faite d’erreurs de jugement et que les Princes, là encore leçon de Machiavel, suivent d’abord leur « caractère » avant leur intérêt.

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