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Ce corner scientifique dans lequel l’augmentation de l’espérance de vie nous a mis
©BEHROUZ MEHRI / AFP

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Ce corner scientifique dans lequel l’augmentation de l’espérance de vie nous a mis

Dans un article de The Atlantic, plusieurs scientifiques développent l'idée que l'espérance de vie augmente davantage que la médecine ne progresse sur la lutte contre les maux liés à la vieillesse.

Christophe de Jaeger

Christophe de Jaeger

Le docteur Christophe de Jaeger est chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Paris, directeur de l’Institut de médecine et physiologie de la longévité (Paris), directeur de la Chaire de la longévité (John Naisbitt University – Belgrade), et président de la Société Française de Médecine et Physiologie de la Longévité.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment de "Bien vieillir sans médicaments" aux éditions du Cherche Midi, "Nous ne sommes plus faits pour vieillir"  chez Grasset, et "Longue vie", aux éditions Telemaque

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Atlantico : Cette vision est-elle un constat que vous partagez ?

Christophe de Jaeger : Le point de vue de Jay Olshansky et de Susan Golden est un peu différent. Ils pointent du doigt le fait que la logique de la médecine traditionnelle arrive à une fin. En effet, juste traiter les pathologies liées au vieillissement est insuffisant, car cela nous emmène dans une course que nous ne pouvons que perdre. Les maladies du vieillissement, leur fréquence et leur gravité augmentent plus que nos capacités à les prendre en charge en termes de stabilisation et / ou de guérison. Il s’agit donc d’une véritable course en avant que nous perdons. Ce constat est malheureusement très actuel. D’où la nécessité de trouver d’autres voies. A titre personnel, je défends depuis plus de 20 ans l’absolue nécessité d’intervenir en amont des pathologies pour les retarder au maximum, voire les éviter.

En effet, grâce aux progrès de la médecine, l’espérance de vie moyenne à la naissance a doublé en l’espace de huit générations (environ 200 ans) au rythme de 2 années par décennie ; pour chaque jour écoulé, l’espérance de vie de chacun(e) d’entre nous augmentait jusqu’à présent potentiellement de 4 heures, soit 10 min par heure écoulée. Actuellement, l’espérance de vie à la naissance en France est d’environ 85 ans pour une femme et de 79 ans pour un homme (INSEE, 2019). Enfin, si l’espérance de vie a régulièrement augmenté, elle n’augmente plus au même rythme et de nombreux scientifiques considèrent que nous avons atteint un plateau depuis plusieurs années. C’est la fin cycle, la fin de l’augmentation automatique ou presque de notre espérance de vie à la naissance, du fait ces dernières années, essentiellement des progrès médicaux. Mais l’allongement de la vie s’accompagne aussi de maladies et de perte d’autonomie comme le souligne justement Jay Olshansky et de Susan Golden.

Cette notion est renforcée dramatiquement par un l’étude d’un autre paramètre plus important encore, à mon sens, que l’espérance de vie régulièrement évoquée par les médias. C’est « l’espérance de vie en bonne santé ». Ce paramètre est le vrai reflet de notre santé. Elle n’augmente plus depuis une dizaine d’années. Actuellement, en France l’espérance de vie en bonne santé pour une femme est d’environ 65 ans et pour un homme de 63 ans (INSEE, 2019). En d’autres termes, une femme vivra, selon les chiffres de l’INSEE, 20 ans malade et un homme 16 ans. De quoi réfléchir et se tourner dès 40 ans vers la prévention primaire.



Dans quelle mesure les maladies liées à la vieillesse sont-elles connues, étudiées, guérissables ? Dès lors, partagez-vous l'idée que l'on devrait cesser d'essayer de vivre plus longtemps pour davantage axer ses efforts sur l'objectif de vivre mieux ?

Les maladies liées à la vieillesse sont bien connues et continuent à faire l’objet d’importantes recherches. Ce sont principalement les maladies dégénératives du cerveau (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson), du système cardio-vasculaire (hypertension artérielle, infarctus, accidents vasculaires cérébraux….), métabolique (diabète), inflammatoire (cancers…). Nous arrivons à les stabiliser, les améliorer, rarement à les guérir. Elles sont une source de perte d’autonomie dramatique avec la souffrance et les coûts que cela représente. C’est cette « guerre » là, que nous n’arrivons pas à gagner. La pression démographique ne fait évidemment qu’aggraver la situation.

Il nous faut donc changer notre approche de la santé qui aujourd’hui n’est qu’une approche de la maladie. Pourquoi attendre d’être malade. Notre système de santé est en fait, si nous voulons être sémantiquement justes, un système de la maladie. Et d’ailleurs, le terme d’Assurance maladie confirme bien ce fait. Nous ne souscrivons pas une assurance santé ! C’est ce changement de point de vue, que Jay Olshansky et Susan Golden, comme moi-même, et comme de plus en plus de médecins dans le monde, souhaitent de tout notre cœur.

Il nous faut aujourd’hui apprendre à gérer notre santé, apprendre à ne pas devenir malade, ou le plus tard possible. Il s’agit d’une véritable révolution de notre pensée personnelle et collective.

 

Plusieurs scientifiques affirment, dans l'article, que la médecine, aujourd'hui, guérit les maux des patients au fur et à mesure qu'ils se présentent. Et qu'une autre méthode devrait prévaloir : la prévention à travers un mode de vie sain (alimentation, activité sportive, alimentation...). Dans quelle mesure cette révolution de notre société est-elle souhaitable ? Possible ? 

Le terme de révolution est parfaitement adapté. Il s’agit d’une révolution dans notre façon de « penser la santé », une révolution dans l’organisation de notre système de santé qui irait vers une gestion de la santé et non plus seulement de la maladie. Mais à bien y réfléchir, je me demande si le système actuel peut changer ? Ne faut il pas plutôt le garder comme il est et lui donner les moyens de ses missions et à côté, bâtir un autre système axé sur la gestion de son Capital santé avec ces propres logiques et ces propres techniques et objectifs. C’est justement dans cette direction que vont les « jeunes milliardaires » qui souhaitent gérer pro activement leur santé et ne pas attendre de tomber malade. Il faut l’erreur de s’entourer très majoritairement d’ingénieur, alors que la vision physiologique que je défends implique avant tout les médecins. Mais des médecins formés différemment selon les principes de la physiologie. L’objectif ne serait plus de diagnostiquer une maladie, mais de gérer la santé d’un individu afin que la maladie ne survienne plus. Quel changement de paradigme ! C’est tout l’objet de cette évolution nécessaire qui devient une évidence pour de plus en plus de nos contemporains.

J’ai développé ce point de vue dans mon dernier livre aux Editions du Cherche Midi « Bien vieillir sans médicaments » qui vous montre ce que l’on peut faire dans le cadre d’une gestion pro active de sa santé, loin des idées reçues et des modes parfois si absurdes qui fleurissent dans certains médias.

 

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