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Catastrophe de Charm-el-Cheikh (148 morts le 3 janvier 2004) : non-lieu requis par le Parquet de Bobigny
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Catastrophe de Charm-el-Cheikh (148 morts le 3 janvier 2004) : non-lieu requis par le Parquet de Bobigny

Le Parquet de Bobigny estime que les pilotes du Boeing 737 qui s’est écrasé trois minutes après son décollage sont responsables « de nombreux manquements et de calculs approximatifs » Quant à la compagnie Flash Air lines, elle a employé un équipage « dont la compétence réelle était sujette à caution ». Mais les pilotes étant morts dans le crash, la justice a constaté l'extinction de l'action publique.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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C’est une douche froide que vont recevoir les familles des 148 victimes de la catastrophe de Charm-El-Cheikh (Egypte)  qui eut lieu le 3 janvier 2004 :le Parquet de Bobigny vient en effet de requérir un non-lieu. Exit donc toute faute pénale, encore que les pilotes du vol Flash Ait Lines FSH 604, qui devaient transporter les passagers à bord du Boeing 737 sont clairement montrés du doigt dans le réquisitoire du procureur.  « Expérience faible sur la ligne et sur l’avion, manque de compétence, entente médiocre entre le pilote et le co-pilote, comportement autocratique du commandant de bord »… Voilà ce qu’on peut lire dans le document de 116 pages. Si on ajoute «  une évidente fatigue  chez le co-pilote, et un management peu rigoureux de la compagnie et dépourvue de culture de sécurité », on comprend pourquoi les passagers partis de Charm-el-Cheikh ne sont jamais arrivés à Paris… Mais quelle que soit la décision du juge Dando, les pilotes ne pourront être jugés par un Tribunal correctionnel puisqu’ils  sont morts dans la catastrophe qui ne compte aucun survivant. Pour les pilotes en effet, l’action publique est éteinte.    

Nous sommes le samedi 3 janvier 2004 à l’aéroport de Charm-el Cheikh. IL est 4 heures 43 et 33 secondes (heure locale). Le Boeing 737 de la société ILFC, loué à la compagnie égyptienne Flash Air-Lines, décolle. A son bord 135 passagers français,6 membres de l’équipage et 7 employés de la Flash Airlines devant descendre à l’escale du Caire.  Trois minutes plus tard, l’aéronef s’abîme en mer. Il n’y a aucun survivant. Sitôt la nouvelle connue, le Parquet de Bobigny ouvrait une information judiciaire contre X pour homicides involontaires .Le tribunal de Bobigny était désigné compétent pour instruire puisqu’on retient, comme lieu de l’infraction, celui où l’avion devait atterrir. L’instruction est confiée au juge Dando. Immédiatement, l’ Etat français et l’état major des Armées mettent  des en places des moyens d’investigations et de recherches considérables. Des réunion quotidiennes ont lieu à l’ambassade de France au Caire, déportée exceptionnellement à Charm-el-Cjheikh.  AZ Paris, la brigade criminelle est saisie.  Comme tout accident de ce type, la priorité est de retrouver les fameuses boîtes noires.  Le dimanche 4 janvier arrive sur le lieu du crash le patrouilleur aérien de type Bréguet Atlantique spécialisé dans la recherche maritime.  Le 6 janvier, la frégate  anti-sous-marine Tourville arrive à son tour. Suivie le 7 janvier du navire La Somme. Le 9 janvier,  les balises des enregistreurs ne sont toujours pas localisées avec précision. Il faudra attendre une quinzaine de jours  pour que les pièces du Boeing  soient retrouvées et stockées dans un hangar  du port de Charm-el-Cheikh.

Dépêchés sur place, les experts judiciaires (cour de cassation, centre d’essais de Brétigny,etc..) concluent que l’accident  «  était probablement dû à un problème de pilotage dont la cause essentielle serait la désorientation spatiale dont aurait été victime le pilote. »   Et les experts de souligner « qu’en dépit des anomalies graves constatées,  l’accident n’était pas dû  à un problème de maintenance de l’appareil et  que tout au long du vol, y compris lors de sa chute à grande vitesse, le Boeing était resté pilotable. »  L’Association de défense des familles de la catastrophe de Charm-El Cheikh, demande le 18 avril 2004, une expertise complémentaire, portant essentiellement sur les aspects d’ingénierie avionnique.

Finalement, le ministère égyptien de l’aviation civile rendait ses conclusions :  défaillance de l’ensemble de sensation artificielle et de compensation, blocage temporaire du câble de voilure, blocage temporaire du volant de pilotage du copilote.  Survenaient ensuite toute une série de prélèvements  sur les victimes pour relever leur ADN notamment et les identifier. Une épreuve particulièrement douloureuse pour les familles. D’autant que la COMEX remontait à la surface  plus d’une centaine d’objets , de bagages,  et effets personnels appartenant aux passagers et aux membres de l’équipage.  ( sacs, portefeuilles, montres, téléphones portables etc…)

Si au cours de l’enquête, les regards se portaient vers les pilotes ayant pu commettre une faute, la Brigade criminelle ne pouvait d’emblée éliminer d’autres causes.  Une intervention  militaires due à la présence du président Hosni Moubarak  à Chjarm-el-Cheikh  aux côtés de Tony Blair ? Hypothèse écartée. Personne en effet ne savait que les deux hommes séjournaient là-bas.  Un attentat, un sabotage ? Certes, il y eut dès le 6 janvier une revendication émanant du mouvement Ansar El Haq, rattaché à  au groupe Al Quaida. La thèse sera vite écartée…  Aussi après de longs mois d’investigations, de rapports d’experts, et d’enquêtes  sur la formation et les compétences des deux pilotes, la justice s’orientera vers une mise en cause du commandant de bord Khedr Abdallah Saad et son copilote.  Le réquisitoire du Parquet de Bobigny souligne même que l’administration égyptienne, « malgré les insuffisances  décelées chez Khedr Abdallah Saad » ne s’était pas opposée à ce qu’il soit  employé comme commandant de bord.  A  la page 114, vient la conclusion : «  Les pilotes n’ont pas commis  de violation délibérée  d’une obligation particulière de prudence  ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement  pas plus qu’ils ont commis  une faute caractérisée  ayant exposé autrui  ç un risque d’une particulière gravité qui n’a pu être ignorée »… Affirmation tout de même nettement tempérée : « Mais ils sont responsables de nombreux manquements, de calculs approximatifs, d’analyses sommaires.  Ils ont passé  des étapes de vérification, se sont trompés dans la gestion d’information et ont pris de mauvaise décisions. Ils n’ont pas eu les bons réflexes »  Enfin, abordant la responsabilité morale  de Flash Airlines,  le réquisitoire est sans appel : «  Il résulte que plusieurs catégories de  manquements ont été mise en évidence, notamment une maintenance approximative, l’emploi d’un équipage  dont la compétence réelle est sujette à caution, un rythme de travail exposant les pilotes à la fatigue »…

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