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"Boomerang Kids" : ces adultes de tous âges qui retournent de plus en plus vivre chez leurs parents
©Capture d'écran / allo ciné

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"Boomerang Kids" : ces adultes de tous âges qui retournent de plus en plus vivre chez leurs parents

Le dernier film d'Alexandra Lamy et Josiane Balasko, "Retour chez ma mère", n'a malheureusement rien d'une fiction. Selon une étude de la Fondation Abbé Pierre, 925 000 personnes seraient revenues vivre chez leurs parents en 2015, soit une augmentation de 20% par rapport à 2002.

Barbara  Mitchell

Barbara Mitchell

Est une sociologue canadienne, auteure de "The Boomerang Age: Transitions to Adulthood in Families" (Paperback).

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Serge Guérin

Serge Guérin

Serge Guérin est professeur au Groupe INSEEC, où il dirige le MSc Directeur des établissements de santé. Il est l’auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont La nouvelle société des seniors (Michalon 2011), La solidarité ça existe... et en plus ça rapporte ! (Michalon, 2013) et Silver Génération. 10 idées fausses à combattre sur les seniors (Michalon, 2015). Il vient de publier La guerre des générations aura-t-elle lieu? (Calmann-Levy, 2017).

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Atlantico : Comment peut-on définir le phénomène social des "Boomerang Kids" ?

Serge Guérin : "Boomerang kids" est une expression utilisée pour désigner les personnes qui retournent vivre chez leurs parents après une première prise d'indépendance.

C'est un phénomène social récent, qui date d'un peu moins d'une dizaine d'années, et qui prend de plus en plus d'ampleur. Il touche toutes les catégories d'âge, du jeune trentenaire qui retourne au bercail après une première prise d'indépendance à 20 ans, aux séniors de 50 ans et plus qui retournent vivre chez leurs parents, suite à la perte de leur logement principalement.

Barbara Mitchell : Les chercheurs insistent sur le fait que les personnes doivent avoir quitté la maison familiale environ quatre mois et être revenues au moins quelques mois pour être considérées comme des "Boomerang kids". En Amérique du Nord et en Europe, on estime qu'un tiers des jeunes adultes retournent à la maison pour vivre avec leurs parents, souvent plusieurs fois.

Quelles sont les principales causes de ce phénomène de société ?

Serge Guérin : Les principales causes de ce phénomène social sont la perte de son emploi ou une séparation, deux coups durs de plus en plus fréquents qui peuvent amener à ne plus pouvoir payer son loyer ou son emprunt immobilier.

Il peut aussi y avoir aussi des motivations plus sentimentales, comme le fait de trouver du réconfort auprès de sa famille et de la compagnie. Il est intéressant de noter que les générations sont plus proches et solidaires entre elles qu'avant, car elles connaissent toutes les mêmes problèmes sur le marché de l'emploi comme sur le marché de l'immobilier.

Enfin, on peut noter que l'absence de perspective sur le marché de l'emploi conduit également à retourner chez ses parents, car beaucoup savent désormais qu'une période de chômage peut être très, très longue, notamment pour les jeunes et les séniors.

Barbara Mitchell : En termes de changements socio-démographiques, les jeunes retardent de plus en plus leur mariage et la fondation d'une famille, ce qui facilite les séparations.

Des raisons culturelles peuvent également expliquer un retour au foyer familial. Le fait de vivre dans des foyers multigénérationnels est socialement bien mieux accepté par certains groupes ethniques.

Dans des cas moins nombreux, des jeunes peuvent aussi retourner chez leurs parents pour les aider. Par exemple si un parent divorce, devient veuf/ve ou a besoin d'assistance médicale de toutes sortes.

Quels types de problèmes le retour de l'enfant devenu adulte chez ses parents peut-il causer ?

Serge Guérin : Comme je vous l'ai expliqué plus haut, tout n'est pas noir lorsque l'on retourne chez ses parents, car cela peut apporter compagnie et réconfort, et permettre de se retourner plus facilement.

Mais il est vrai que retrouver chez ses parents peut avoir un côté déprimant, car on a l'impression de revenir en arrière.

De plus, les règles de cohabitation ne sont plus les mêmes que lorsque l'enfant était encore sous l'autorité des parents. Quelques ajustements comportementaux peuvent amener à créer des tensions, cependant, dans la plupart des cas, cela se passe relativement bien.

Barbara Mitchell : Si la plupart des parents sont heureux de pouvoir aider leur enfant, ils ne souhaitent pas que cette situation s'éternise. Il faut donc qu'ils aient le sentiment que leur enfant reste actif, essaye au maximum de s'en sortir, et participe le plus possible aux finances et aux tâches ménagères du foyer, sinon, cela risque de créer de fortes tensions. En effet, le retour d'enfant au foyer peut amener les parents à retarder leur retraite, piocher dans leurs économies, relancer une hypothèque sur leur maison, retarder leurs projets, réduire leurs dépenses ou encore passer moins de temps ensemble.

Existent-ils d'autres moyens que de retourner chez ses parents en cas de problèmes majeurs auxquels on ne pense pas forcément ?

Serge Guérin : Il faut d'abord bien se renseigner aux niveaux des aides d'Etat, qui sont quand même importantes en France, notamment en matière de logement social.

Ensuite, il est possible d'envisager une colocation non étudiante, avec des adultes qui travaillent et peuvent aussi avoir des enfants à charge. C'est un phénomène qui se développe de plus en plus, surtout dans les villes où les loyers sont les plus chers, et où les propriétaires exigent en plus d'avoir une caution et un emploi stable (CDI).

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