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Blagues anti-homo, blagues sexistes...et si leurs auteurs étaient inquiets à propos de leur propre masculinité ?
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Mais non... je blaguais!

Blagues anti-homo, blagues sexistes...et si leurs auteurs étaient inquiets à propos de leur propre masculinité ?

Une étude publiée par le journal "Springer Link" le 20 avril dernier montre que les blagues sexistes ou ouvertement anti-gay seraient destinées à réaffirmer la masculinité de leurs auteurs. L'humour est un moyen de défense en cas d'attaques.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Une éude conduite par Emma O'Connor, une chercheuse au département de psychologie de l'Université de Caroline publiée dans le journal Springer Link révèle que les hommes peuvent avoir recours à des blagues sexiste et anti gays afin de renforcer leur masculinité qu'ils sentent menacée. Comment expliquer de tels phénomènes, le but recherché est il réellement atteint , ou ce "recours" n'est il pas finalement contre-productif ? 

Michelle BoironTout d’abord l’humour en général est un moyen de communication particulier.  Il est utilisé inconsciemment pour se protéger et aussi pour ne pas se dévoiler. L’humour est aussi une forme de pouvoir une manière comme une autre  de se sortir de situation difficile sous forme d’un certain cynisme. Prendre tout en dérision y compris les sujets graves pose toujours question. Dans cette étude le point d’application de l’humour serait la blague sexiste. Or, précisément c’est bien pour se défendre d’une mise en cause de la masculinité de l’homme que certains hommes ont recours aux blagues sexistes et homophobes. Cela témoigne qu’il y a bel et bien une crise de la masculinité qui remet particulièrement en cause ces hommes là. Ce n’est pas surprenant car l’homophobie, la domination des femmes et la misogynie ont été les composantes de la virilité de l’homme. Les cartes sont actuellement redistribuées et il est de plus en difficile de maintenir une frontière entre masculin et féminin dans cette société où l’on remet en question la différence des sexes et ou la théorie du genre change la donne.  

Les hommes cherchent à renforcer leur masculinité. Quels sont les autres symptomes qui peuvent être mis en avant dans cette volonté d'affirmation de la masculinité ? 

Le caractère défensif  est lié à une remise en question des repères autour de la masculinité. Ce n’est pas un scoop et c’est bien réel, même si c’est nouveau. Jusqu’à une époque très récente la masculinité se construisait le plus souvent en opposition à la féminité et parfois clairement comme une réponse au "féminisme". Les rôles sociaux sont bousculés, les codes modifiés. Il faut retisser de nouveaux codes qui passeront par un apprentissage social renormé.  Cela prend du temps, c’est  le temps de l’adaptation. On voit notamment apparaître de nouvelles façons d’affirmer une masculinité. Les pratiques sportives à haut niveau, qui frisent parfois l’addiction, les sorties entre mecs, le refus face à la demande sexuel féminine qui vole à l’homme le rôle actif qui les caractérisait.  Ils peuvent s’autoriser à être fatigués, avoir mal à la tête au ventre mettant en avant une forme d’hystérisation féminine qui ne leur était pas coutumier et dont il n’avait pas besoin. 

Les conséquences de cette remise en question expliquent les difficultés que le couple traverse actuellement et dont on mesure en sexologie les conséquences sur la vie sexuelle du couple. 

Qu'est-ce qui peut expliquer cete perte de repères masculins dans l'esprit des hommes ? Le constate-t-on en France ? 

Le siècle dernier a modifié le statut de l’homme. Il s’est perdu dans un univers qu’il pensait maîtriser mais qui en fait le dépasse et dont il ne parvient plus à s’échapper. Il s’est éloigné de sa réalité pour prendre l’apparence du " politiquement correct ", élargi aujourd’hui au " sexuellement correct ". L’homme s’est dissout dans le social. Cela passera par déconstruire la norme sociale qui était jusqu’alors dominante avec ses privilèges et de ne pas tomber dans le piège d’inverser les exclusions qu’elle produisait, c’est hélas le risque encouru.  

Aujourd’hui on demande à l’homme de tout dévoiler : ses passions, ses pensées, sa sexualité. Il est examiné, scanné, mesuré, évalué en permanence. Il se sent à juste titre dépossédé de la certitude qui le constituait être viril jusque là. Cela correspond d’ailleurs  de nouveaux  comportements  masculins. L’homme est  fatigué, soumis en permanence au challenge qu’on lui impose dans tous les domaines. Parfois  il se réfugie dans le virtuel pour échapper à la pression.  C’est le risque qu’il prend sans être à même de le mesurer. Il  trouve dans un premier temps du réconfort avec les images pornographiques dont les acteurs incarnent une image masculine déformée. Dans un deuxième temps certains glisseront vers une passivité qui aura des conséquences sur leur sexualité dans la vie réelle. C’est tentant : plus de compte à rendre sur ses performances. Le seul risque est celui de se faire prendre par la partenaire et se retrouver dans la position de transgresser. Quid de la masculinité dans cette position ?

En parallèle la femme a fait du chemin, elle n’accepte plus la soumission à l’homme et elle revendique un nouveau rôle et se bat pour l’égalité des sexes chèrement acquise et surtout ne veut plus que sa jouissance soit sacrifiée. Elle sort enfin de la position d’objet qu’elle avait incarnée depuis la nuit des temps en se prêtant plus ou moins à ce jeu là. L’égalité homme-femme tant attendue par les féministes se profile de plus en plus et fragilise l’homme : "le plus fragile des deux n’est pas elle" Pierre Costa.

On est passé en peu de temps aux deux extrêmes et les rôles ne sont plus très bien définis. Où sont passés nos James Bond ? On trouve de plus en plus dans les consultations des James Bond Girl à qui tout réussi : gloire, l’argent et beauté et qui  propose un rôle à l’homme dont il n’a pas le mode d’emploi d’autant qu’on continue de lui réclamer des positions de mâles. Ce qui les conduit parfois à refuser la sexualité à leur partenaire.  C’est par ce refus, ce non qu’ils sont tout puissants. Je reprendrai pour illustrer la phrase de Philippe Sollers : "Voulez vous, mâle être pris au sérieux, faire le poids, être admiré,  avoir une influence réelle : abstention… j’ai dit abstention pas incapacité bien sûr mais elles sentent d’instinct la chose." 

Pour conclure la "nouvelle masculinité" est mise à mal. Les différentes formes de masculinité tentent de se faire reconnaître et il faudra du temps pour incarner une masculinité adapté aux modifications sociétales. On peut souhaiter que cela se fasse  sans avoir recours à des blagues sexistes. Au risque que la masculinité reste construite sur la faiblesse d’un autre groupe plutôt que d’exister par elle-même en tant que force. Frédérique Dard disait : "le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève" ! Faisons en sorte que cette maxime continue d’être une réalité masculine pour le plaisir des femmes !

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