"Bartleby mon frère" de Daniel Pennac : Je préfèrerais ne pas. Et pourtant si ! | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Daniel Pennac
Daniel Pennac
©JOEL SAGET / AFP

Atlanti-Culture

"Bartleby mon frère" de Daniel Pennac : Je préfèrerais ne pas. Et pourtant si !

"Bartleby mon frère" est à retrouver au théâtre du Rond-Point à Paris jusqu'au 17 avril.

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry pour Culture-Tops

Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
Voir la bio »

THÈME

Pour apprivoiser le deuil, l’adoucir et poursuivre le dialogue avec son frère aîné disparu, Daniel Pennac nous entraîne dans trois histoires entremêlées :

- la ville de Tombouctou et sa bibliothèque, attaquées par les djihadistes  et sauvée par les habitants, qui ont redécouvert les livres.

- le portrait de son frère Bernard et leur grande complicité qu’il relate sous la forme d’échanges avec cet autre admiré et maître en littérature.

- Bartleby le scribe  (ou le greffier ? ): le personnage de Bartleby, dans la nouvelle d’Herman Melville, qui à toutes les demandes du notaire qui l’emploie lui répond invariablement « I would prefer notto » (« je préfèrerais ne pas »).

Trois histoires, trois espaces-temps pour tenter de faire revivre ce frère qui lui manque tellement.

POINTS FORTS

Daniel Pennac parvient à enchâsser ces trois histoires dans un seul récit. Il adapte son propre essai, Mon frère, paru en 2018 et celui de Melville, Bartleby le scribe (publié en 1850 aux Etats-Unis), et y ajoute, en guise d'introduction et de conclusion, la courte histoire de Tombouctou et sa bibliothèque qui relie les hommes aux livres.

Le lien entre Bernard Pennac et le scribe (idem) Bartleby peut dérouter de prime abord, mais Daniel Pennac révèle que son frère se considérait en terrain familier avec le personnage de fiction créé par Melville.

La scène est également multiple : le lieu où se tourne un film adapté de Bartleby, le plateau où les comédiens échangent entre les prises et un lieu hors du temps où les frères Pennac se retrouvent.

À Lire Aussi

Daniel Pennac, rêveur sacré

On est à l’opposé de la sacro-sainte règle du théâtre classique (unité d’action, de temps et de lieu) Mais ce mélange n’est pas confusion, car il accouche d’un sentiment de lâcher prise face à l’envie de Daniel Pennac de faire revivre son frère, et ce avec une grande pudeur, en nous le faisant découvrir.  Ce sentiment fraternel réciproque n’en est que plus touchant.

Le texte passe remarquablement de l’écrit à la scène, la mise en scène est simple mais inventive, et les comédiens sont parfaitement justes. Et évidemment, quand on interprète son propre rôle comme c’est le cas pour l’auteur, on ne joue pas, on raconte et l’émotion n’en est que plus palpable.

QUELQUES RÉSERVES

Réviser vos classiques : on peut être un peu surpris par cette démultiplication de l’histoire et avoir du mal à s’y retrouver, surtout si on n’a jamais entendu parler de Bartleby.

ENCORE UN MOT...

  • Comment rendre à l’autre tout ce qu’on a reçu de lui lorsqu’il n’est plus là ? Bernard Pennac est mort à 60 ans en 2017, bêtement, des suites d’une erreur médicale.
    beaucoup trop pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m’emmerde. »).
  • Certes, il lui a consacré un livre en 2018, mais probablement le cadet des Pennac a-t-il voulu incarner physiquement cette relation qui continue à vivre en lui.
  • Son frère fut non seulement son maître en littérature (en le poussant à lire Tolstoï à douze ans, pari risqué) mais également dans un certain art de vivre. En effet, à la question de savoir ce qu’il gagnait en tant qu’ingénieur aéronautique, l’aîné des Pennac répondit : « 

UNE PHRASE

« Dans les premières semaines qui suivirent la mort de mon frère, j’ai perdu l’usage de mon corps. Je me suis abandonné. J’ai manqué de me faire écraser  plusieurs fois dans Paris, je me suis fait casser la gueule dans le métro, je suis tombé d’une falaise, j’ai fait un tête-à-queue qui a placé le museau de ma voiture au-dessus d’un précipice. Et je n’ai pas eu peur. Ni dans l’instant ni en y repensant. Histoire de me reprendre en main, je me suis dit que j’allais écrire sur lui. Sur nous. »

L'AUTEUR

• Daniel Pennac, de son vrai nom Pennacchioni, est né en 1944 à Casablanca. Il est romancier, mais aussi conteur, essayiste et scénariste, aussi bien pour les adultes que pour les plus jeunes. La sage des Malaussène (six romans entre 1985 et 199) émerge d’une œuvre vaste et protéiforme.

• Son œuvre de dramaturge comprend une dizaine de pièces depuis 1997. Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre du Rond-Point, l’a poussé à monter sur scène en 2005 en adaptant son monologue, MerciBarleby mon frère est sa cinquième pièce donnée au Rond-Point.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !