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Quand la crise grecque menace 
les banques françaises
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Imprudentes

Quand la crise grecque menace les banques françaises

L'agence de notation Moody's vient de placer sous surveillance la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas, dangereusement exposées à la dette grecque. Elles qui ne s'étaient pas privées pour critiquer la trop grande rigidité des accords dits de "Bâle III" de décembre 2010 sur les fonds propres bancaires pourraient aujourd'hui le regretter...

Jézabel Couppey-Soubeyran

Jézabel Couppey-Soubeyran

Jézabel Couppey-Soubeyran est maître de conférences en économie à l'université Paris I, où elle dirige le Master 2 Professionnel "Contrôle des risques bancaires, sécurité financière et conformité". Elle est l'auteure de Blablabanque. Le discours de l'inaction. Ed. Michalon, sept. 2015.

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Les banques françaises n’ont pas été les seules à crier au loup l’été dernier juste avant que le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire n’annonce ses recommandations dans le cadre des accords dits de Bâle 3. Comme leurs consœurs européennes, elles pourraient aujourd’hui avoir à le regretter. A force de prévenir combien elles souffriraient de la mise en application de Bâle 3, combien il leur serait coûteux de lever de nouveaux fonds propres, sans doute ont-elles fini par convaincre les acteurs du marché, au premier rang desquels les agences de notation, qu’elles demeuraient bien fragiles.

Exposées à la dette grecque

Dans ces conditions, en pleine crise de la dette grecque, la décision de l’agence Moody’s de placer sous surveillance la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas n’a pas grand chose d’étonnant. Ces trois groupes sont chacun à leur façon exposés à la dette grecque, soit en raison d’une filiale grecque, soit d’une participation dans une banque grecque, soit de créances obligataires publiques, dans une ampleur qui reste à déterminer. Ces trois banques encourent ainsi à un horizon assez rapproché le risque d’une dégradation de leur note qui rendra plus coûteuses les ressources qu’elles auront à se procurer sur les marchés. Une nouvelle source de fragilité pour le coup !

Plutôt que d’agiter leurs lobbies dans tous les sens pour diaboliser Bâle 3, les banques françaises comme leurs consœurs auraient été mieux inspirées de travailler davantage à rassurer les marchés quant à leur capacité et leur volonté de s’adapter aux nouvelles exigences réglementaires imposées par la crise. Car Bâle 3 n’a rien de monstrueux ! Bien au contraire. Certains ont même poussé la caricature jusqu’à qualifier Bâle 3 de souris : « Basel: the mouse that did not roar ! » [Bâle : la souris qui n’a pas rugi] titrait Martin Wolf en septembre dernier dans l’une de ses tribunes dans le Financial Times.

Exigence et solidité modérément renforcées

Qu’exigeront en effet les accords de Bâle 3, une fois que ceux-ci seront transposés dans les droits des pays qui voudront bien les appliquer ?  

  • Que les banques aient davantage de vrais fonds propres, à même d’éponger leurs pertes en cas de difficultés : 6% de tier 1 (“noyau dur” des capitaux propres) à partir de 2013 au lieu de 4% auparavant et, au sein de ces 6%, une fraction de capital et de réserves 4,5% au lieu de 2% (« core tier one »). Quant à l’exigence globale de 8% de fonds propres rapportés aux actifs pondérés par leurs risques, elle ne change pas.

  • Qu’elles envisagent un matelas de fonds propres supplémentaires de protection de 2,5% mais … pas avant 2019, voire aussi un matelas contra-cyclique de 0 à 2,5% à la discrétion des autorités nationales, mais dont le calendrier n’est pas fixé.

  • Que les banques réduisent leur levier d’actifs, c’est-à-dire que leurs actifs ne représentent pas plus de… 33 fois leurs fonds propres : la contrainte est faible puisqu’il s’agit d’un levier digne de ceux des banques d’investissement avant la crise !

  • Qu’elles respectent deux nouveaux ratios de liquidité, l’un exigeant qu’elles détiennent plus d’actifs très facilement mobilisables, l’autre exigeant qu’elles allongent la maturité de leurs ressources, la combinaison des deux devant réduire l’écart de maturité entre l’actif et le passif de leur bilan.

Hormis ce dernier aspect qui affectera sans doute plus en profondeur la structure des bilans bancaires mais dont le calendrier reste également très accommodant (pas avant 2018), pas de quoi fouetter un fat cat !

Retour de frisbee...

Par la force des lobbies bancaires qui tirent avantage de la lenteur du processus bâlois, Bâle 3 n’est ni contraignant, ni innovant. Le léger saupoudrage macroprudentiel consistant à renforcer l’exigence de fonds en haut de cycle pour éviter l’emballement du crédit ne suffira guère à renforcer la stabilité d’ensemble du système financier. Les banques ont manqué l’occasion d’accompagner les nouvelles réglementations et les marchés leur renvoient aujourd’hui en pleine figure l’épouvantail qu’elles ont-elles-mêmes attifé l’été dernier. Celui-ci s’agite aujourd’hui face à trois banques françaises exposées à la dette grecque. Il pourrait bien poursuivre son chemin pour en effrayer d’autres demain.

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