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Un visiteur regardant des images de la vidéo de l'artiste Bill Viola.
Un visiteur regardant des images de la vidéo de l'artiste Bill Viola.
©Reuters

Grand Palais

Avec Bill Viola, résistons au déferlement des images de la télévision, des clips, de YouTube et des blockbusters

La première grande exposition en France du vidéaste Bill Viola, au Grand Palais à Paris, est une occasion de réfléchir sur le sens des images qui nous submergent dans notre vie quotidienne.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Le Grand Palais propose pour la première fois en France une grande rétrospective du vidéaste américain Bill Viola, du 5 mars au 21 juillet. Les installations vidéo sont plutôt rares au sein de l’art contemporain en général, et peu d’artistes ont émergé dans cette discipline, mais un nom s’est imposé au niveau international, on peut le voir à Paris, il ne faut donc pas le manquer.



Notre vie est submergée par les images, à la télévision et au cinéma s’est rajouté Internet, où la vidéo prend de plus en plus de place. Le rythme des images s’accélère, avec les chaînes d’information en continu il frise même la nausée, les commentaires mécaniques de présentateurs impersonnels semblant courir après les images ("excusez-moi, priorité au direct"). Au cinéma les blockbusters accélèrent l’enchainement des plans dans les scènes d’actions, il faut être au cœur de l’action quitte à ne plus voir correctement ce qui se passe.

Dans ce contexte, l’exposition de Bill Viola au Grand Palais constitue une immense provocation, un véritable scandale, pensez : il use et abuse du ralenti ! Il nous dit : stop, prenez le temps de regarder une vidéo comme si c’était un tableau. Posez-vous, oubliez le temps, ne regardez plus votre smartphone, détendez-vous, et appréciez les lentes variations d’une image. Certains vont craquer à l’expo, peut-être le Samu devra-t-il intervenir, comme l’obèse habitué à McDonald’s, tout le monde ne peut pas se déshabituer de la frénésie des images !

Mais la plupart des visiteurs seront frappés par la stupéfiante beauté de l’une des premières pièces du parcours, The Veiling (1995), une salle remplie de neuf grands voiles suspendus comme autant d’écrans semi-transparents et montrant une forêt bruissante toute en volume.

Au sein d’une grande installation de cinq vidéos (Going Forth by Day, 2002), celle consacrée au mythe du déluge semble se moquer de notre fascination pour "l’événement" et le "le direct" : des gens passent devant une entrée d’appartement, de plus en plus pressés (pour une fois l’image n’est pas ralentie), puis ils transportent des meubles, puis ils courent, avant que l’eau ne surgisse non pas d’en bas comme on s’y attend, mais d’en haut, dévalant l’escalier et explosant les vitres du logement (voir photo ci-dessus).

Plus loin on verra des images du désert où la chaleur frappant le sol rend l’horizon incertain, une mère et ses deux filles traversant un voile d’eau avec une grâce surnaturelle (Three Woman, 2008), un homme tombant dans une eau sombre les bras en croix (Ascension, 2000). Il ne faut pas manquer, alternant sur le même écran géant, deux magnifiques vidéos de 10 minutes chacune, une âme qui monte au ciel dans un déluge d’eau elle aussi s’élevant du sol (Tristan’s Ascension, 2005), une femme devant un mur de feu qui s’effondre dans l’eau (Fire Woman, 2005). Ça en devient hypnotique.

On voit les constantes de Bill Viola : les quatre éléments (eau, feu, terre, air), les interrogations métaphysiques sur la mort, la vie, notre destin, à travers une appréhension nouvelle et originale de l’image, qui n’a cependant rien d’intellectuel mais passe entièrement par la sensation.

Ceux qui voudront continuer ce voyage ne manqueront pas la reprise de "Tristan et Isolde" de Wagner à l’Opéra de Paris, du 8 avril au 4 mai. Bill Viola a en effet conçu une vidéo diffusée pendant toute la durée de l’œuvre, soit près de quatre heures, comme un reflet du monde intérieur des personnages et des sentiments qui les traversent. Un travail qui a été salué par la presse internationale comme l’une des plus remarquables mises en scène de l’œuvre. La "lenteur" de Bill Viola s’accorde parfaitement à la musique de Wagner pour en faire une expérience inoubliable. C’est peut être leur temps à eux qui est le bon, et nous qui sommes trop speed… Mais non, nous sommes modernes et connectés, tout va bien.



>>> Le Grand Palais propose pour la première fois en France une grande rétrospective du vidéaste américain Bill Viola, du 5 mars au 21 juillet.

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