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"Le pouvoir iranien étant multipolaire, c’est le guide qui est le personnage numéro un dans la structure institutionnelle en Iran."
"Le pouvoir iranien étant multipolaire, c’est le guide qui est le personnage numéro un dans la structure institutionnelle en Iran."
©Reuters

Lettres persannes

5 bonnes raisons de s'intéresser à l'élection iranienne

Les Iraniens sont appelés aux urnes le 14 juin, pour élire un successeur au président Ahmadinejad, qui ne peut briguer un troisième mandat selon la Constitution.

Thierry Coville

Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.
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Atlantico : Candidatures « réformatrices » écartées ou encore précédentes élections de 2009 entachées de fraude et répression sanglante contre l’opposition… Il peut être tentant de considérer les jeux comme déjà faits. Quelles sont les principales raisons de s’intéresser à ces élections ?

Thierry Coville : La question des élections iraniennes est riche et complexe, mais s'il ne fallait retenir que cinq raisons voilà celles que je mettrais en avant.

Raison numéro 1: L’influence du président sur l’évolution du système politique iranien. Le pouvoir iranien étant multipolaire, c’est le guide qui est le personnage numéro un dans la structure institutionnelle en Iran. Le président détient le pouvoir exécutif, le Parlement le pouvoir législatif. Vous avez un Sénat, un conseil des gardiens et encore d’autres institutions. C’est un pouvoir multipolaire où le président n’a pas forcément le premier rôle, mais il a un rôle important dans tous les domaines (politiques, économiques, affaires étrangère, etc.) et cela dépend aussi de sa capacité à convaincre, il a une marge de manœuvre pour influencer sur le cours des choses. Comme l’avait fait Ahmadinejad au début de son mandat. C’est donc un enjeu car c’est quelqu’un qui aura une influence peut-être pas définitive, mais qui aura une grosse influence sur l’évolution  du système politique iranien.

Raison numéro 2 : C’est la question de l’après-Ahmadinejad. Ce dernier a tellement polarisé la société iranienne que ce soit dans ses relations avec l’occident que par sa méthode.

Raison numéro 3 : C’est la part d’incertitude de ce scrutin. Le régime a essayé de verrouiller au maximum les élections, mais il a laissé deux candidats de sensibilité réformatrice se présenter. Un des deux candidats semble d’ailleurs décoller dans les sondages. C’est Rouhani. Il y a une incertitude dans la mesure où Rouhani s’affiche pourtant assez clairement au camp réformateur.

Raison  numéro 4  : C’est que malgré toutes ces limitations que vous avez évoquées sur le système politique iranien et qui sont d’ailleurs réelles – le conseil des Gardiens limite les candidats, tous les candidats doivent afficher leur allégeance au Guide pour avoir le droit de se présenter, un certain espace démocratique est créé par ces élections. Il faut reconnaître qu’ils parlent de beaucoup de choses dans les débats, il y a un certain apprentissage de ce qu’est la démocratie, même de la part des plus « durs ». Ils ont notamment évoqué la question du nucléaire entre différents candidats, se critiquant durement sur la façon dont la politique nucléaire avait été gérée. Ils ont aussi parlé de la relation avec la France ou la Russie. C’est intéressant de voir que dans un pays comme l’Iran on arrive à débattre de questions importantes en direct à la télévision. Il y a eu aussi des critiques contre la censure à la télévision. Certains diront que c’est un petit espace, mais celui-ci est important pour l’Iran et contraste avec des régimes bien moins ouverts sur ces questions dans la région. L’Iran est certes un pays avec de nombreux problèmes, mais bien plus démocratique que par exemple des pays comme le Qatar ou de l’Arabie Saoudite où il n’y a même pas le début d’une vie politique diverse. Pour cette raison-là aussi les élections en Iran sont importantes.

Raison numéro 5 : Elle réside dans l’interrogation des Occidentaux sur le président qui sera en place et les attentes vis-à-vis de certains sujets comme la question nucléaire ou la question de la Syrie.

Ces élections peuvent-elles répondre aux priorités quotidiennes des Iraniens ?

Cela a d’ailleurs été au cœur du débat. Tous les candidats ont parlé de la situation économique catastrophique du pays, et notamment Rouhani. Ce qui peut prêter à sourire, c’est que finalement les discours ressemblent à ce que l’on peut entendre dans d’autres pays, invitant à comparer la situation économique actuelle à celle d’il y a huit ans (lorsqu’Ahmadinejad est devenu président). Et là tout le monde a compris. Il y a une volonté de tous les candidats de s’attaquer à la crise économique. Beaucoup de candidats ont quand même lié la question économique à la question du nucléaire et la question des sanctions. Ce qu’on entend de la part de Velayati, de Ghalibaf aussi et de Rouhani évidemment c’est l’idée qu’en voulant jouer les durs avec l’occident l’Iran a récolté des sanctions et la société iranienne en paie le prix. Le lien entre la crise économique et la politique nucléaire a donc été fait par beaucoup de candidats.

Peut-on espérer une évolution sur la question du nucléaire qui préoccupe la scène régionale et internationale ?

Oui et non. Aucun candidat n’a envisagé la fin de l’enrichissement de l’uranium, car c’est au cœur de l’idéologie du régime. Par contre, il y a cette idée d’arriver à un accord et surtout de négocier. Ce qui a été critiqué sur le pouvoir actuel c’est qu’ils ne négocient pas. Velayati l’a dit, l’ancien ministre des affaires étrangères l’a dit : vous ne négociez pas, vous ne faites que répéter les mêmes phrases. Il y a l’idée que quand on négocie il faille faire des concessions pour obtenir certains résultats. Cela veut dire qu’il y aurait éventuellement des portes de sortie sur la question du dossier nucléaire.

Vous parliez du candidat « réformateur » Rouhani. Que pourrait changer son élection, si tant est qu’il ait une chance d’être élu ?

Les derniers sondages donnaient Rouhani deuxième, à 20% des intentions de vote. Il est donc très proche de Mohammad Ghalibaf. Il faut attendre les résultats du premier tour, mais il peut tout à fait y parvenir. Cependant, il y a toujours un risque de fraudes, et de bourrage des urnes. Rouhani se présente comme centriste pas un réformateur, comme ennemi des extrêmes et c’est pour cela qu’il est accepté comme conservateur plutôt modéré. Il a le soutien de beaucoup de conservateurs modérés, ce qui pose un problème pour le régime. Il dégage beaucoup d’assurance, il est spontané. S'il est élu, cela soulèverait des blocages du système iranien du fait qu’il n’aura pas tous les pouvoirs.  

Y a-t-il de véritables enjeux intérieurs, régionaux et internationaux dans ces élections présidentielles et quels sont-ils ?

Ahmadinejad a polarisé tout le monde : il y a avait une réelle guerre ouverte avec les plus conservateurs du camp de Khamenei. Mais ce n'est plus d'actualité aujourd'hui : le seul religieux de tous les candidats actuellement est le plus éclairé, c'est Rouhani.  C'est pourquoi en Iran, il faut plutôt raisonner en termes politiques que religieux, car cela n'a pas vraiment de sens.

L'élection est importante pour  ce qui reste de la légitimité du régime. Si l'élection se passe véritablement bien, elle montrera qu'il reste un véritable espace démocratique en Iran.

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