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Philippe de Veulle, avocat des victimes françaises de l'attentat du Bardo.
Philippe de Veulle, avocat des victimes françaises de l'attentat du Bardo.
©Lucas BARIOULET / AFP

Entrisme islamiste

Attentat du Bardo : le juge d’instruction Béchir Akremi complice ?

Philippe de Veulle, avocat des victimes françaises de l'attentat du Bardo, en 2015 à Tunis, alerte sur l’éventuelle complicité du juge d’instruction Béchir Akremi avec les responsables de l'attentat et les islamistes du parti Ennahda.

Philippe De Veulle

Philippe De Veulle

Avocat au Barreau de Paris, Philippe de Veulle est diplômé du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS) – filière Collège interarmées de défense –, titulaire d'un Master (DEA) en économie et développement de l'Université Paris Descartes et auditeur de la 20ème session de l'Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ). Il est également auditeur à la 66 e session nationale de l'IHEDN

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Atlantico : Depuis six ans, vous alertez sur l’éventualité de la complicité du juge d’instruction Béchir Akremi avec les responsables de l'attentat du Bardo et les islamistes du parti Ennahda. Il a été suspendu le 13 juillet. Comment aviez vous découvert cela ?

Philippe de Veulle : Les preuves sont nombreuses. Nous avions révélé dans une vidéo (publiée sur Atlantico) que l'un des suspects de l'attaque avait été interrogé de manière très courtoise par les enquêteurs. Une autre preuve -retirée du dossier- était que les fadettes (factures téléphoniques) concordaient entre les complices qui ont été relâchés très rapidement au mois d'août 2015. Les propos des deux syndicalistes policiers Walid Zarrouk et Issam Dardouri que j'avais défendus et qui avaient été emprisonnés pendant un an parce qu'ils avaient dit que la découverte  des caches d'armes avaient été écartée  de l'enquête entre autres. Pour cela, ils ont été condamné par le biais de la loi de lutte contre le terroriste. Ils ne faisaient que dénoncer les turpitudes du juge Akremi. 

Je salue le comité de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi pour avoir réussi à faire suspendre par le conseil supérieur de la magistrature le 13 juillet dernier, le juge Béchir Akrémi, qui a été le juge d’instruction de l’attentat islamiste du Bardo. 

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Maintenant il doit en répondre devant le Parquet. La presse tunisienne rapporte qu'il est soupçonné d'avoir étouffé 6000 affaires liées au terrorisme - je ne l'invente pas.

Aussitôt que j'avais découvert cette situation, j'ai dénoncé la responsabilité de l'Etat tunisien de ne pas assurer la protection du Bardo. Le jour de l’attentat, il n'y avait qu'un garde non armé. Par la suite, j'ai découvert les incohérences judiciaires, confirmées par une enquête de journalistes français qui ont travaillé sur place dont l’article a été publié dans le magasine « sang froid » en mars 2017.

Si ces faits sont avérés, qu’est-ce que cela révèle de l’Etat Tunisien ?  

Cela signifie que Ennahda a placé ses hommes dans les lieux de pouvoir régalien et notamment au sein de la justice pour avoir la main-mise sur toutes les enquêtes sur le terrorisme et couvrir la branche armée secrète d'Ennahda.

Dimanche dernier, le président Kaïs Saïed a saisi l'article 80 de la constitution tunisienne pour geler le parlement et lever l'immunité des députés d'Ennahda. Il se réserve aussi le droit lui-même d'assurer le parquet d'instruction et d'entamer des poursuites. C'est une décision courageuse. Je pense qu'il a avec lui le soutien du ministère de l'intérieur et de l'armée. Maintenant, il faut qu'il aille jusqu'au bout pour éviter le contre-feu. On peut dire que la suspension du juge Béchir Akremi est un préalable à l'action que le président a entreprise.

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Bien sûr qu'elle est possible si on ne met pas des juges qui ont une accointance politique ou pire encore une accointance avec les islamistes.

La suspension d'un juge pour des faits de collusion avec les islamistes est une situation quasiment inédite. Cela relève d'un grand courage de la part de l'appareil judiciaire tunisien et du président de la République. Ce sont des bonnes raisons d'espérer.

Quel rôle la France a-t-elle joué ?

En 1993, la France a soutenu l'armée algérienne contre le FIS et le GIA. Elle tenait ferme face aux islamistes. Depuis 2011, le printemps arabe et les attentats, on observe une forme de passivité voire de tolérance vis-à-vis des islamistes. Rached Ghannouchi (président d'Ennahda) a été reçu à plusieurs reprises en France et il avait table ouverte à l'ambassade de France. Lorsque j'ai dénoncé tout ça, François Hollande, nous a reçu, a écouté, mais n’a pu rien faire arrivant en fin de mandat.  Puis, nous avons sollicité le président Emmanuel Macron qui a botté en touche.

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