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François Hollande et Angela Merkel se retrouvent ces 9 et 10 mai pour une réunion informelle dans le fief électoral de la chancelière, au nord-est de l'Allemagne.
François Hollande et Angela Merkel se retrouvent ces 9 et 10 mai pour une réunion informelle dans le fief électoral de la chancelière, au nord-est de l'Allemagne.
©Reuters

Ménage à trois

Angela offre un week-end allemand à François : un bilan comparé des couples Merkhollande et Merkozy

François Hollande et Angela Merkel se retrouvent ces 9 et 10 mai pour une réunion informelle dans le fief électoral de la chancelière, au nord-est de l'Allemagne. Peut-être l'occasion pour le président français de resserrer des liens de plus en plus distendus ces derniers temps.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : François Hollande est reçu par Angela Merkel les 9 et 10 mai à Stralsund, fief électoral de la chancelière. Derrière son caractère informel, cette rencontre se fait-elle d’égal à égal ? Le traditionnel tandem franco-allemand est-il toujours d’actualité, ou ne s’agit-il que d’une vue (une illusion ?) franco-française ?

Nicolas Goetzmann : Il est effectivement illusoire d’imaginer le couple franco-allemand dans une relation d’égal à égal. Mais cela est vrai depuis longtemps. France et Allemagne sont de fait les deux puissances européennes, mais le couple est biaisé par la présence d’un troisième acteur ; la Banque centrale européenne. La BCE, fille de la Bundesbank, répond à une stricte doctrine de monnaie forte et suit donc le modèle allemand. L’illusion du couple a duré aussi longtemps que la classe politique française a pu s’imaginer pouvoir appliquer ce modèle à l’économie française. Cette illusion a pu bercer l’idée d’une convergence d’intérêts, mais celle-ci s’est brisée pendant la crise. Le déséquilibre est trop important, l’Allemagne et la BCE d’un côté et la France de l’autre. La partie est inégale, mais elle a été validée ainsi dès le départ.

L’architecture du mandat de la BCE est un étau qui oblige l’ensemble des pays de la zone, la France avec eux, à transformer leur modèle économique, pour ressembler toujours un peu plus à l’Allemagne. C’est la thèse de la « férule monétaire » très bien expliquée par l’économiste et ancien membre de la Fed, Fréderic Mishkin : « il s’agissait de chapeauter les parlements et gouvernements nationaux par le biais d’un ordre monétaire européen, (…) tout en leur imposant la contrainte de la stabilité financière en limitant leur marge de manœuvre en matière budgétaire ».

Politiquement, l’équilibre peut faire illusion. Mais dans le fond, avec la BCE, l’Allemagne a toujours le dernier mot, c’est un phénomène structurel.

En 2011, lorsque la crise de l’euro était au plus fort, et que la Grèce s’est trouvée en situation de défaut de paiement, le duo Sarkozy-Merkel a-t-il réagi de manière appropriée ? Le politique aurait-il pu imposer ses vues à la BCE pour empêcher que la Grèce ne se retrouve dans la situation que l’on connaît ?

Evidemment la politique de la BCE rendait impossible toute réussite des plans de sauvetage de la Troïka qui ont été mis en place en mai 2010, la Grèce se voyait contrainte de mener une austérité budgétaire radicale alors même que la BCE compressait l’activité de son côté en menant également une politique restrictive. Avec ce double étau, la Grèce ne pouvait pas s’en tirer.

Ensuite deux dates. Le 7 avril 2011, La BCE de Jean Claude Trichet relève les taux directeurs européens. Le mouvement de hausse est minimal mais il donne un signal au marché : malgré la crise, la BCE reste dogmatique. Puis le 21 juillet et le sommet extraordinaire de la zone euro qui se déroule à Bruxelles. Ici, Angela Merkel a une obsession, impliquer le secteur privé dans le paiement de la crise grecque, et elle l’obtient malgré les réticences de Paris. L’implication du secteur privé est une erreur gigantesque car elle donne un nouveau signal au marché : les créanciers privés paieront dans le futur.

Le cocktail est magistral. La fuite des investisseurs sur tous les titres de dettes où il existe un risque peut commencer. C’est la propagation de la crise qui va se transformer en crise des dettes souveraines. Une mauvaise politique monétaire et une erreur politique, il ne faut pas grand-chose pour tout détruire. Même l’Allemagne a considéré avoir fait une erreur en impliquant le secteur privé. Par contre du côté de la monnaie, le tabou reste entier. 

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy a-t-il tout de même su imposer ses vues à Angela Merkel ? Quel bilan tirer de son action ?

Il me semble que le début du traitement de la crise est à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy. Entre 2008 et 2011, il mène le bal par son activisme et obtient beaucoup. Participation des chefs d’Etats au G20 en novembre 2008, sauvetage des banques, plans de relance européens, et assouplissement des règles sur les déficits imposés à Merkel. Jusqu’à la fin 2010 et à l’exception notable d’une non prise de conscience du problème monétaire européen, le bilan est positif. A l’aube de 2011, le chômage baisse en France et la croissance est de retour.

Puis clairement, c’est le sacrifice qui est d’abord opéré par la BCE et Jean Claude Trichet. La décision citée plus haut du 7 avril figure déjà dans les livres d’histoire de l’absurdité. La BCE a tiré sur l’ambulance européenne. En France, le chômage repart immédiatement à la hausse et celle-ci se poursuivra tout au long des 3 années suivantes. Nicolas Sarkozy ne parvient pas à tenir tête à Merkel en juillet sur le dossier Grec, et c’est l’explosion. Il y donc deux moments, avant 2011 et après. Mais pour être clair, si Nicolas Sarkozy peut en vouloir à quelqu’un, c’est vers la BCE qu’il faut se tourner. Le travail réalisé, notamment par les plans de relance, a été anéanti par la décision de Jean Claude Trichet. Sur le plan économique, Il est assez clair que cette décision lui coûte sa réélection. 

Quel est le rapport de forces aujourd’hui entre François Hollande, Angela Merkel et la BCE ? Le président français est-il en position de faire pression sur l’Allemagne et la BCE pour obtenir qu’en 2014 cette dernière relâche la pression sur ses taux ?

François Hollande est pris en tenaille entre son incapacité de brandir une menace crédible, et le poids de la BCE. Ceci parce qu’en définitive, le seul choix valable est de proposer la modification des statuts de la BCE pour la désaffilier de la Bundesbank, ou de quitter l’euro. Les implications politiques d’une telle menace sont sans doute trop lourdes pour pouvoir être menées par un président dont la côte de popularité est si basse.

Il est par contre probable que la BCE agisse au mois de juin, comme elle semble l’avoir annoncé le 8 mai, mais il ne faut pas en attendre des merveilles. Une action à minima de la BCE aurait de faibles effets sur l’économie et donnerait le beau rôle à une Allemagne « compréhensive ». Le Président devrait bien se garder de se contenter de ce type d’action car le résultat dans l’opinion serait lourd : « il a obtenu ce qu’il voulait de la BCE et il a quand même échoué ». Il est donc véritablement contraint de mener la bataille jusqu’au bout. La révision des traités, la révision du mandat. La tache semble impossible. Il dit lui-même qu’il n’a rien à perdre…alors il lui reste à préparer convenablement le prochain conseil européen du 26 juin. C’est une date décisive.

Quels conseils donner aujourd’hui au gouvernement Valls ? Ne pourrait-il pas, notamment, invoquer le droit à un mouvement de réformes (déjà enclenché avec le Pacte de responsabilité, basé sur une politique de l’offre) grâce à un euro moins fort, comme ce fut le cas sous Gerhard Schroeder au début des années 2000 ?

Le premier conseil à donner à Manuel Valls est d’arrêter de parler d’ « euro fort », pour parler de  politique monétaire. L’euro fort, c’est la politique de change, les années 1970, un discours ringard et obsolète. La politique monétaire, c’est moins sexy, moins « concernant » mais au moins cela a sens. On parle d’objectif d’inflation, on parle de « demande », de croissance nominale, c’est moins efficace côté grand public, mais cela peut faire l’effet d’une bombe côté BCE et côté marché.

Ensuite, effectivement, il peut essayer de présenter ses mesures de politique de l’offre pour monnayer une révision des statuts de la BCE. Mais il ne faut se faire aucune illusion ici, ce n’est pas avec le pacte de responsabilité que l’Allemagne va céder sur ce qu’elle a de plus cher : la Bundesbank.

La monnaie d’échange, c’est simplement d’expliquer à l’Allemagne qu’elle est totalement euro dépendante et qu’elle serrait la grande perdante d’une fin de l’euro. Et cela peut se démontrer aisément. Manuel Valls peut aussi invoquer le précédent de 2005, comme vous le rappelez. Les réformes Schroeder ont été menées alors que la croissance nominale (croissance + inflation) était à 4% en Europe, elle est aujourd’hui inférieure à 2%. L’équité n’est en rien respectée.  Mais avant toute chose, il faut être prêt à mener un rapport de force. Un rapport de force qui peut très bien être mené dans l’intérêt de l’Europe.

 

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

 

 

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