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Outre-Manche, les adolescents seraient de plus en plus nombreux à poster des vidéos de leurs parents leur faisant des remontrances.
Outre-Manche, les adolescents seraient de plus en plus nombreux à poster des vidéos de leurs parents leur faisant des remontrances.
©Reuters

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Alerte pour les parents d’ados : quand les enfants se vengent des réprimandes en ligne

Outre-Manche, les adolescents seraient de plus en plus nombreux à poster des vidéos de leurs parents leur faisant des remontrances. La tendance prend forme et pourrait très vite débarquer en France.

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Atlantico : Que cherchent les enfants en postant ce genre de vidéos ? Peut-on parler de "parent shaming" ?

Nathalie Nadaud-Albertini : Parler de « parent shaming » me semble un peu fort. Je crois qu’il s’agit de vidéos postées sous le coup de l’émotion. Avant l’avènement des réseaux sociaux, ils auraient raconté leur version des faits le lendemain dans le petit cercle fermé de leur groupe de copains pour partager ce qu’ils ont ressenti pendant et après cette « dispute ». Les autres auraient, pour la plupart, pris le parti de l’adolescent qui se serait senti réconforté par ses copains. C’est le fait de le partager qui aurait permis de se défaire du côté désagréable du ressenti éprouvé. Ensuite, il aurait été possible de prendre du recul, de comprendre ce qui avait motivé les parents, et de se rendre compte qu’ils avaient eu raison, et ce quelles qu’aient pu être les réactions des copains.

Aujourd’hui, les possibilités technologiques permettent de filmer et de mettre en ligne (et donc de rendre public) ce qui avant serait resté dans un domaine si ce n’est privé du moins à visibilité restreinte. Autrement dit, si partager ce qui s’est passé avec ses parents n’est pas un phénomène nouveau, le faire de façon aussi visible et aussi public l’est. Si les adolescents ne mesurent pas forcément la portée de leur acte lorsqu’ils mettent une telle vidéo en ligne, l’objectif reste le même : être réconforté par ses amis. La différence est que, du fait de la portée différente de leur confidence, le processus de prise de recul et de compréhension de la faute qui a motivé la réaction des parents est entravé. En effet, le groupe d’amis n’est pas le seul à y avoir accès : il y a de grandes chances que les parents voient également la vidéo ou que des proches des parents les préviennent. Soit les parents réagissent à ce nouvel écart de conduite en se montrant plus sévères (certains utilisent également les réseaux sociaux pour punir publiquement leurs enfants), soit en étant choqués voire effrayés par ce qui se trouve en ligne.

En revanche, pour une minorité, il s’agit bien d'humilier leurs parents, afin de leur rendre le mépris dont ils estiment avoir été victimes durant la scène postée ou par le passé. Comme le faisaient par le passé certains adolescents décrivant à leurs amis leurs parents sous un jour ridicule et méprisant. Par exemple, en les affublant de « noms d’oiseaux » divers et variés.

Les commentaires des camarades peuvent parfois être virulents. Les adolescents se sentent-il inatteignables / plus forts que leurs parents sur les réseaux sociaux ? 

Pour les adolescents, les réseaux sociaux constituent leur sphère propre, comme pouvaient l’être avant certains endroits de la ville où les jeunes se retrouvaient. Avant, on « trainait ensemble » à tel ou tel endroit. Aujourd’hui, on « traine ensemble » sur les réseaux sociaux. A cet âge, le rapport aux parents est un sujet dont on a tendance à parler pour comparer, pour savoir comment ça se passe chez les autres. En résumé, pour se faire une idée. Ou alors, on se plaint, on cherche un soutien auprès de son groupe d’amis, on souhaite qu’ils prennent parti contre les parents.

Avec des vidéos, c’est plutôt ce second objectif qui est visé. C’est-à-dire que sur le moment les adolescents sont en colère ou vexés, ont le sentiment que les remontrances de leurs parents sont injustes et ils souhaitent que les membres de leur réseau ou d’autres personnes le leur confirment. Mais, pour la plupart, ils ne souhaitent pas humilier publiquement leurs parents pour autant, ni entrer dans un rapport de force en faisant intervenir les réseaux sociaux. Il s’agit d’un moyen d’expression dont ils maîtrisent mal la portée dans ce cas précis.

Pourquoi les parents y sont-ils si sensibles ? 

Les parents y sont sensibles pour plusieurs raisons. Tout d’abord, lorsqu’une dispute est mise dans l’espace public, il y a une sorte d’écart de grandeur entre le caractère privé de la scène et la dimension publique de la diffusion qui rend les protagonistes ridicules, y compris si ce qui motive la dispute est justifié. Or, personne n’apprécie de se voir ainsi. Et encore moins de lire des commentaires désobligeants sur soi.

Ensuite, chaque parent a à cœur d’être un bon parent. Or, en se voyant sur l’écran, on se voit avec le même écart de grandeur entre la dimension interpersonnelle de la scène et le caractère publique de sa mise en ligne, de sorte que l’on peut être amené à se demander si l’on a agi de façon appropriée, si l’on ne s’est pas emporté inutilement, si l’on n’est pas fait preuve de démesure.

Comment les parents peuvent-ils réagir dans ce genre de cas ? Qu'est ce qui représenterait une punition appropriée ? 

Autant que faire se peut, je laisserais passer un peu de temps pour prendre un peu de distance, puis je monterais la vidéo à mon enfant en essayant de lui faire prendre la mesure de ce qu’il a fait. Pour ce faire, il est possible de montrer des images d’enfants punis par humiliation publique sur les réseaux sociaux (avec un écriteau autour du cou indiquant ce qu’il a fait et en quoi c’est mal).

Je lui expliquerais qu’il a agi envers moi comme ces parents envers leurs enfants, même s’il n’en a pas conscience. Je lui demanderais de réfléchir à ce qu’il aurait ressenti dans ce cas. Et j’essaierais de lui faire prendre conscience que tout ne peut pas être posté sur le net du fait de cet écart public/privé dont je parlais tout à l’heure.

Propos recueillis par Carole Dieterich

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