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Ah ces jolies colonies de vacances que la France ne trouve plus assez bien pour ses enfants
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Youkaïdi aïdi aïda

Ah ces jolies colonies de vacances que la France ne trouve plus assez bien pour ses enfants

De plus en plus de colonies de vacances ferment chaque année, et avec elles disparaissent les chances de nombreux enfants de partir en vacances. 4 millions d'enfants partaient en colonies dans les années 60. Aujourd'hui c'est presque 3 fois moins avec environ 1,2 millions d'enfants.

André  Rauch

André Rauch

André Rauch est historien du sport et de l'éducation physique
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Atlantico : Selon un rapport du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, les colonies de vacances disparaissent de plus en plus chaque année, (4 millions d'enfants dans les années 60 contre 1,2 millions en 2015), et risquent de disparaître totalement d'ici 2030. Comment s'explique cette tendance ?

André Rauch : Cette crise des colonies de vacances, c'est-à-dire la baisse de leur fréquentation, n'est pas récente. Durant les années 50, elle sont à leur plus haut niveau. C'est à partir des années 60 que l'on perçoit la décrue. Pourtant, ce n'est pas la même crise qui sévit de 1960 à 2016. Les années 60 sont marquées par une forte croissance des vacances familiales. La famille abandonne à l'école l'apprentissage scolaire et investit en retour les loisirs des enfants. Le camping, les Villages et les clubs de vacances répondent à cette demande, voire la stimulent. durant les années 70-80 les familles, ou du moins certaines d'entre elles, cherchent à donner aux vacances un contenu éducatif (apprentissage de la voile, équitation etc..) Les colonies répondent à cette demande, mais avec des moyens limités. Plus récemment enfin, la colonie de vacances ne donne plus les signes de sa valeur éducative, elle paraît (même si ce n'est pas réel), comparable à une garderie, un pis aller. Les réglementations de plus en plus contraignantes, mais qui répondent au souci de sécurité des parents, rendent son fonctionnement complexe voire de plus en plus difficile à gérer. les soupçons pèsent sur elle : la mixité sociale inquiète les parents, la peur de la pédophilie contribue à jeter le discrédit sur l'encadrement.

Quelles sont les raisons pour lesquelles elles ont été aussi populaires pendant si longtemps (environ plusieurs millions d'enfants partent en colo chaque année) ? Quels rapports entretiennent les Français aujourd'hui avec les colonies de vacances ?

Leur crédit jusque dans les années 60 tient à plusieurs facteurs. D'une part l'idée qu'elles donnent à l'enfant une bouffée de santé, un contact avec la nature, un sens de la sociabilité font le plein. La colo a une fonction d'initiation. Elle perd ensuite ce crédit par étapes. Pour les parents, envoyer les enfants en colo, c'est un peu les abandonner et donc ne pas assumer ses responsabilités éducatives. Par ailleurs, d'autres institutions sont apparues, susceptibles de prendre en charge les "vacances" des enfants. le dynamisme des clubs, l'accueil des enfants dans les villages de vacances rompent avec le modèle de la colo. Enfin, la faiblesse des subventions en faveur des colonies freinent leur développement et leur adaptation aux loisirs modernes

Enfin, quel problème pose leur disparition et comment peut-on faire pour sauver les colonies de vacances qui risquent de disparaître d'ici 2030 ?

Faut-il les sauver ? Pourquoi voulez-vous absolument les sauver ? N'auraient-elles pas fait leur temps, rendu les services qu'on attendait d'elles ? Ce sont des questions qu'on peut légitimement se poser. Néanmoins, elles remplissent des fonctions sociales éminentes et indispensables dans une société où les écarts entre les couches sociales atteignent des niveaux critiques. Elles demeurent les seules institutions qui prennent en charge des enfants qui, sans la colo, ne partiraient pas en vacances, autrement dit ne participeraient pas à ce rituel fondamental de la société française contemporaine, qu'est le fait de "partir". Sans les colonies les inégalités deviendraient (deviendront ?) des cloisons, des murs entre les Français : ceux qui sont partis et peuvent en parler, ceux qui sont restés et n'ont rien à dire. la colonie, pour ceux-là leur donne le droit à la parole. N'est-ce pas suffisant pour s'en préoccuper ?

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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