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Emmanuel Macron accueille le président des Émirats arabes unis, Sheikh Mohamed bin Zayed Al-Nahyan, pour un déjeuner de travail au palais de l'Élysée, le 18 juillet 2022
Emmanuel Macron accueille le président des Émirats arabes unis, Sheikh Mohamed bin Zayed Al-Nahyan, pour un déjeuner de travail au palais de l'Élysée, le 18 juillet 2022
©LUDOVIC MARIN / AFP

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Abou Dhabi-Paris : des accords, mais surtout une convergence historique

La visite d’État organisée par la France à l’intention du président des Émirats Arabes Unis, Cheikh Mohammed Bin Zayed AL NAHYAN a revêtu un caractère particulier. Du côté Émirati, ce voyage était le premier du nouveau président depuis son élection le 14 mai. Le choix d’un premier déplacement officiel revêt toujours une signification politique, la mise en avant d’un choix, une relation particulière, liée au passé, ou au futur, voire, les deux.

Gérard Vespierre

Gérard Vespierre

Gérard Vespierre est chercheur, conférencier en géopolitique. Gérard Vespierre est associé-fondateur de « Strategic Conseils » et chercheur associé à la Fondation d’Etude pour le Moyen-Orient (FEMO).

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C’est dans cette symbolique du passé, et du futur, que s’inscrit cette visite. Pas de « méga-contrat ». Elle a été l’occasion de la signature d’un accord-cadre énergétique, d’accords particuliers, et l’ouverture de nouvelles coopérations financières, industrielles, également culturelles. S’y ajoute pour les 2 chefs d’État, l’occasion d’aborder les dossiers stratégiques régionaux -Iran, Israël, État palestinien- et internationaux, liés aux conséquences de l’invasion russe en Ukraine.

Cette visite marque aussi l’occasion de revenir sur les raisons de la proximité franco-émirienne et, tout d’abord, sur les débuts de cette convergence.

Une séduction gaullienne

A leur fondation, en 1971, les Émirats ont choisi comme dirigeant Zayed ben Sultan Al-Nahyane, père de l’actuel président. Ce fondateur portait une très grande admiration au Général de Gaulle. Ce dernier représentait ce que le jeune État pouvait espérer, une administration forte, porteuse de développement économique, dans un cadre d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances. 

Cet élément très humain, de conceptions politiques partagées, a constitué la base invisible, mais très solide, des relations entre la France, vieille nation, et ce jeune État du Golfe, débutant une étonnante aventure. Ce fil invisible, mais très fort, allait conduire, plus de 20 ans après la disparition du Général, à la signature d’un accord stratégique, militaire, entre les 2 pays. La France s’engageait à intervenir avec ses forces armées, en cas d’agression militaires contre les Émirats.

Cet engagement aboutit en 2009, à la création d’une présence militaire française permanente sur la base d’Al Dhafra. Cette implantation est la seule créée en 50 ans par la France, en dehors de son territoire. La géographie nous ouvre d’autres comparaisons entre nos deux pays.

La géographie domine l’Histoire

Cette expression, apparemment très simple, d’un chercheur suisse, David Cosandey, attire notre attention sur l’influence déterminante que la géographie, et en l’occurrence une situation maritime, confère au déroulement de l’histoire d’un État et de sa politique.

Les Émirats s’ouvrent sur deux Golfes, Persique et d’Oman, puis un peu plus loin vers l’Océan Indien. Nous avons ici, en filigrane, l’importance d’une côte découpée, du port de Dubaï, donc des échanges, du commerce, dans la vie du territoire. 

La France avec ses deux façades maritimes, relève du même modèle.... La diplomatie française ne promeut-elle pas ce dialogue avec tous ? Pour commercer, ne faut-il pas parler avec tout le monde....?

Abou Dhabi et Paris, le dialogue tous azimuts 

Ces racines émiriennes tournées vers l’échange, le dialogue, expliquent en profondeur les démarches actuelles entreprises par les Émirats avec la Syrie, la Turquie et l’Iran.

Depuis moins d’un an, Mohammed Bin Zayed, alors Prince héritier a entrepris une visite à Ankara, a reçu Bachar El Assad, et se prépare à rouvrir des liens diplomatiques avec Téhéran. Nul doute que dans son rôle de président il poursuivra le chemin qu’il a commencé à ouvrir comme Prince héritier.

Paris a une position différente vis-à-vis de Téhéran. Liens et proximité ne sont pas les mêmes. Mais quelle est la position de la France vis-à-vis de Moscou, dans la guerre en Ukraine? Maintenir le contact, le dialogue, parce qu’une guerre finit toujours par s’arrêter, et le dialogue à ce moment prend le dessus.

A presque 7.000 kilomètres de distance, la même culture du dialogue s’exerce librement, même si les alliés respectifs ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Cette ouverture émirienne se traduit aussi par une évolution sociétale importante.

Le nouveau rôle de la femme aux Émirats

Nora al-Matrouchi, sélectionnée par l’agence spatiale émirienne, est partie s’entraîner à Houston. Elle sera dans quelques temps la première femme émirienne, donc du monde arabe, à rejoindre la Station Spatiale Internationale.

Dans un autre domaine technologique, celui de l’énergie renouvelable, c’est également une femme, Aaesah Abdulla Alnuaimi qui a été nommée directrice du centre d’innovation solaire.

Enfin comment ignorer qu’une femme, Hend Al Otaiba est à la tête de l’ambassade émirienne à Paris ?

La société émirienne évolue donc fortement. C’est un honneur et certainement aussi une satisfaction pour la France d’accompagner un allié dans son évolution globale. C’est aussi un honneur d’accueillir son plus haut représentant, et de pouvoir regarder ensemble la construction d’un Moyen-Orient plus paisible et fier de son évolution politique, technologique et sociétale. Il y a vraiment de profondes et réelles convergences entre nos 2 pays.

(*) chercheur associé à la FEMO, Fondation d’Études pour le Moyen-Orient.

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