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Abandon du traité Transpacifique par Donald Trump : mais à quelles conséquences commerciales s’exposent réellement les Etats Unis ?
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Un éléphant ça Trump énormément

Abandon du traité Transpacifique par Donald Trump : mais à quelles conséquences commerciales s’exposent réellement les Etats Unis ?

Donald Trump a signé un décret décidant de retirer les Etats-Unis du traité trans-pacifique. La mondialisation et le libre échange vont-t-ils fondamentalement changer avec cette décision ? Ces flux internationaux étant basés sur un échange de bons procédés fondés sur les forces de chacun, un avenir existe toujours.

Frédéric Farah

Frédéric Farah

Frédéric Farah est diplômé de Sciences Po Paris, enseignant à Paris I et chercheur affilié au laboratoire PHARE de la Sorbonne. Frédéric Farah est l'auteur de "Fake state", un essai sur l'impuissance organisée de l'Etat en France, publié aux editions H et O. 

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Ce 23 janvier, Donald Trump a décidé par décret d'abandonner le Traité trans-pacifique, pourtant signé par 12 pays, dont les Etats Unis, représentant 40% du commerce mondial. En quoi cette fin du "libre échange par traités" peut elle refonder la mondialisation telle que nous la connaissons ?

Frédéric Farah : Sur cette question, une clarification conceptuelle paraît nécessaire pour bien saisir les enjeux de ce point clef. Le libre échange est un vecteur de la mondialisation mais ne se réduit pas à elle. La mondialisation économique en première analyse se définit d’une triple façon : l’intensification des échanges et la transformation de leur nature (affirmation de l’intrabranche), internationalisation de la production par le biais des investissements directs à l’étranger et enfin par le développement d’une sphère financière à l’échelle du monde.

Le libre échange traditionnel joue sur la première composante car la réduction  des tarifs douaniers depuis la fin de la décennie 1940, même si certains secteurs comme l’agriculture dans les pays industrialisés restent encore protégée, a contribué à augmenter les volumes échangés.

Mais les traités comme le Transpacifique ou le Transatlantique relèvent au mieux d’un libre échange de deuxième génération pour ne pas dire plus car la il s’agit d’accord « derrière la frontière » à savoir rapprocher des normes phytosanitaires, sanitaires et techniques et  veiller à offrir une protection aux investisseurs comme par exemple par le biais d’un mécanisme de règlements des différends. La dans ce cas on agit surtout sur la deuxième composante de la mondialisation telle que nous l’avons définie.

Ces traités pour finir ce tour notionnel présentent un paradoxe et relève moins du libre échange que du commercialisme.

Ils présentent un paradoxe car ces traites sont à mi chemin entre le mercantilisme et le libre échange. Le mercantilisme historiquement est une doctrine et une politique qui encourage les exportations  Il s’agit d’emporter des parts de marché sur les voisins si je devais résumer à la serpe.  Le libre échange est favorable à l’importation car une nation se spécialisant dans un bien va chercher chez une autre ce qui lui manque, c’est un commerce de différences. C’est le fameux exemple du drap et du vin chez D Ricardo.

Mais les traités Transpacifique et transatlantique sont hybrides, car se disent gouvernés par le libre échange mais leurs défenseurs y voient aussi un moyen de doper leurs exportations et ravir des parts de marché à leurs concurrents.

Enfin je dirai que nous avons affaire dans les deux cas cités à ce que C Deblock nomme le commercialisme discrétionnaire

Le commercialisme désigne l’ensemble des doctrines, pratiques et politiques qui valorisent le commerce dans la création de richesses, appuient les milieux d’affaires dans leurs activités à l’étranger et subordonnent la politique économique à l’expansion du commerce.

Le commercialisme orienté et de type discrétionnaire qui fait de l’État un partenaire actif du monde des affaires dans la recherche de nouveaux marchés. Entre les deux commercialismes, il n’y a le plus souvent qu’une différence de degré, les marchés.

En somme nous voilà bien loin du libre échange cher aux économistes du 18eme siècle. Pour refonder cette mondialisation, ces logiques bilatérales doivent être revues et ces vastes traités qui donnent une capacité aux firmes multinationales d’inscrire leur pouvoir dans le droit international public doivent être abandonnés.  

Au delà du libre échange, quels seraient les éléments fondateurs d'une néo mondialisation selon Trump ? En évitant d'intégrer la dimension du nouveau Président américain, quels seraient les réformes nécessaires à une refonte de la mondialisation sur des bases plus "saines" ?

Trump malgré l’outrance du personnage, jette une lumière crue sur une réalité brutale : la mondialisation n’est pas heureuse. Plus précisément, M Trump qui ne semble pas très gouverné par des logiques coopératives veut à sa manière retrouver un ancien équilibre. Quel fut-il ? L’histoire est ici nécessaire  pour avoir la profondeur nécessaire sur des sujets pareils. Il est faut de dire que le GATT d’après guerre qui laissa la place à l’OMC en janvier 1995 a été l’artisan d’un libre échange doctrinaire et forcené. Apres la guerre, c’est le temps de ce que John Ruggie a nommé le libéralisme enchâssé. Il ne s’agit pas d’abandonner la libre entreprise ou les mécanismes de marché mais de les contenir. Ainsi en matière d’ouverture internationale, il s’agissait de concilier l’ouverture des économies avec les équilibres internes de croissance et d’emploi c’est pourquoi les statuts du GATT autorisent des mesures  de protections transitoires de certains secteurs. 

C’est pourquoi i la été possible de faire progresser la libéralisation des échanges.  A partir de l’OMC un libéralisme doctrinaire, presque un fondamentalisme de marché a enrayé la machine d’autant que de nouvelles nations ne voulaient plus se laisser dicter les règles du jeu. Le cycle de Doha de 200é a été un échec. Cet équilibre entre objectifs intérieurs et extérieurs a été rompu. La mondialisation a été une arme de destruction massive des emplois les plus vulnérables, a porté des coups aux droits sociaux, à laisser sur le flan une part des classes moyennes. Le capital courant plus vite que le travail, il a dicté ses conditions.

M Trump à la tête d’une puissance à l’hégémonie contestée pour ne pas dire plus, veut être à la fois dans le commercialisme que j’évoquais tout à l’heure mais à ses conditions et brandir s’il le faut toute la panoplie d’un certain protectionnisme agressif qui dans le fond correspond à la réalité du monde. M Azevedo patron de l’OMC souligne que depuis 2008 plus de 2800 mesures de nature protectionnistes ont été prises dans le monde et qu’en juillet 2016, seulement 25% d’entre elles ont été retirées. Trump dans un fourre tout qui lui est propre va mêler les deux commercialisme et protectionnisme.

Pour des réformes de la mondialisation, le travail lent , long complexe de la définanciarisation de l’économie est nécessaire. Le bilan de la mondialisation financière est largement négatif.  Mais il reste à savoir comment procéder et trouver le cadre légitime pour y parvenir.

Désormais les accords internationaux et tout particulièrement les traités bilatéraux d’investissement doivent accorder la même valeur pour ne pas dire supérieur au droit du commerce, une place significative à l’environnement et aux droits sociaux.

La mondialisation est en quête d’un gouvernement car la gouvernance a échoué.  La diplomatie e club g 7, 20 et autre ne fonctionne pas.  Les nations unies ne parviennent pas à jouer un rôle satisfaisant, le FMI est largement décrié. Il y a un échelon régional à repenser .l’Union européenne par ses erreurs et ses défaut des constructions est devenue plus le laboratoire des travers de la mondialisation que le lieu d’une réelle protection.

Au cours de ces dernières années, quels ont été les erreurs commises ? Peut on réellement parler de 'naïveté" de certains ensembles économiques, ou s'agit il de processus plus complexes, reposant sur des "échanges de bons procédés" des uns et des autres, basés sur les forces et faiblesses de chacun ?

Comme je le disais c’était de croire que la mondialisation pouvait être heureuse.  Ici surgit l’idéologie du marché qui laisse à penser que le marché est le lieu d’un jeu à somme positive , c'est-à-dire profitable à tous. La mondialisation a permis à des populations issues des pays du sud de sortir d’une certaine misère mais très largement au dépens par exemple des classes populaires et désormais moyennes.

L’Union européenne dans ce jeu est pardon l’expression l’idiot utile de la mondialisation.  C’est la zone la plus ouverte au monde qui ne sait que passer des accords de libre échange, qui n’a pas de doctrine de la mondialisation et qui en relaie les aspects les plus néfastes. L’euro n’est pas le concurrent du dollar c’est son fusible.

La logique coopérative a disparu, le multilatéralisme s’est effondré. Le commercialisme agressif s’est développé.

Les demandes intérieures ont été négligées comme on le voit en Europe ou la domination du thème de la compétitivité laisse entendre qu’il n’y a de salut que par les exports. 

La première mondialisation celle de 1870 à 1914 s’est finie dans les tranchées, n’ayons pas mauvaise mémoire et n’oublions pas qu’un fondamentalisme libéral conduit aux pires erreurs. Cette citation de K ? Polanyi dans la grande Transformation en 1944 est éloquente «  la société de marché était née en Angleterre, pourtant ce fut sur le Continent que ses faiblesses engendrèrent les complications les plus tragiques. Pour comprendre le fascisme allemand, nous devenons revenir à l’Angleterre de Ricardo »

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