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A quoi servent finalement les réseaux sociaux ?
©LOIC VENANCE / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

A quoi servent finalement les réseaux sociaux ?

Les résultats et l’impact des publicités sur les réseaux sont artificiellement dopés aux par des armées de « bots », de petits robots du net, qui cliquent dessus pour faire plaisir aux annonceurs et en faire augmenter le prix, mais réussir à y trouver un retour sur investissement serait bien aléatoire.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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J’aime bien le petit oiseau qui fait « tweet, tweet ». Celui de Twitter notamment. Les petits oiseaux font partie de notre inconscient collectif. Ils ont toujours été ceux qui nécessitaient attention et protection. Faisant ainsi de nous les super-héros que nous voulons être pour notre entourage.

Calimero qui trouvait toujours tout trop injuste et traînait sa coquille comme le malheur du monde que nous l’aidions à conjurer. Titi, poursuivi par l’affreux Gros Minet, que, personnellement, j’ai toujours bien aimé pour son côté « loser sympa», lui souhaitant secrètement de pouvoir un jour « choper » Titi et d’en faire, enfin, son  quatre heure. Ou encore bip-bip, face au coyote. Je dois là encore, avouer un penchant certainement intéressant d’un point de vue psychiatrique, puisque là aussi, mon cœur a toujours penché pour le coyote. Je dois avoir une âme sadique et si nous étions dans Minority Report, je serais déjà arrêté !

Mais bon, ce sont des images que les moins de 20 ans…ne peuvent pas connaître et me pardonneront. Peut être ! Dénonce ton « #killer de piaf », sera le hashtag qui causera ma perte.

Ce week-end, je regardais le score de mes followers. Plus de 5000 entre Parrainer la Croissance et l’Observatoire de l’Ubérisation. Plus de 5500 sur mon compte personnel. Plus de 8000 sur Linkedin et autant sur mes pages Facebook. 28 000 amis « intimes » qui me suivent, ou se sont connecté à mon compte. Un soir d’ivresse ? « So what » ? Je me suis arrêté quelques instants en me demandant ce que cela changerait à ma vie, si je stoppais tout. Et j’ai la sensation, que mis à part quelques régressions de visibilité marginales, rien de changerait. En revanche, le temps que je gagnerais à ne pas les alimenter, me rapporterait certainement plus. Analysons cela, un peu à la hussarde, juste pour le plaisir de se poser quelques questions, auxquelles nous ne répondrons pas aujourd’hui.

Dans un monde d’information rapide et concentrée, ou l’aplomb, l’excès, la violence souvent, font office de qualité première, où l’absence de réflexion et le fait de succomber à l’instant pour mieux s’interdire la réflexion, semble faire office de test de passage, il m’apparaît que l’homme moyen n’a que 2 fonctions : Suivre. Ou être suivi. Maître ou esclave !

Twitter ne s’adresserait au final qu’aux plus visibles, se donnant en pâture aux plus faibles. Faibles ou esclaves, qui disposent royalement d’un droit inaliénable d’aimer, commenter ou détester, en retour, les propos profonds que le format permet de semer au vent du hasard. La viralité reste un élément douteux, puisque plus de 67% des messages que nous lisons viennent, non pas de notre réseau, mais de notre propre flux de lecture et non du relais de nos amis ou voisins virtuels. La viralité est donc relative. Sans compter que devant le flot massif de tweet quotidiens qui alimente votre flux d’information, distinguer une information relève plutôt du hasard, du gain au loto, d’une capacité à distinguer la goutte au milieu de la cascade.

Vos publications, sur Linkedin ou Facebook, quelque soit leurs profondeurs ou le travail qu’elles ont demandé ont une chance ridicule d’être repérées, même par vos followers, ou soi-disant amis.

Quand vous voyez des chiffres élevés de lecture, il faut bien comprendre que la personne s’est arrêtée sur l’information, mais n’en a vraisemblablement pas lu le contenu. Au mieux aura t-elle retenu « la bande annonce » et aura souvent été plus alertée par le titre tapageur ou la photo d’accompagnement, que par le contenu de votre tribune. Vous avez plus de chances de générer un succès d’audience avec votre chien pris en vidéo lors d’une glissade incontrôlée sur neige fraîche ou la vidéo d’un enfant se renversant sa purée sur le visage, que par un article brillant sur l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents.

Les résultats et l’impact des publicités sur les réseaux sont artificiellement dopés aux par des armées de « bots », de petits robots du net, qui cliquent dessus pour faire plaisir aux annonceurs et en faire augmenter le prix, mais réussir à y trouver un retour sur investissement serait bien aléatoire. Ces bots sont les amphétamines du net. Ils gonflent le résultat immédiat sans capacité de promettre des effets de long terme.

La violence des réponses sur Twitter et autres réseaux sociaux, est extrême et souvent le fait de désoeuvrés, qui déversent une haine souvent liée à leur inutilité, souvent justifiée quand on lit leurs « œuvres », souvent reflet d’une éducation défectueuses, que les fautes d’orthographe attestent sans doute possible. Le rebut alimente le net plus sûrement que la qualité.

Le monde des petits messages, de l’oiseau bien sympa, est le reflet d’une société, qui pense que le mouvement est le fait de l’éphémère qui se répète. La répétition devient plus importante que le sillon long. La quantité l’emporte sur la qualité. La paresse sur la réflexion. C’est un voyage immobile, pour adepte du canapé ou paresseux du quotidien, qui n’ont rien à dire et le font savoir ! Cela me rappelle nombre de salons, pour lesquels le retour sur investissement était nul, mais que l’on s’obligeait à faire uniquement parce que en être absent était suspect.

L’analyse demanderait plus de profondeur bien entendu. Mais le dimanche soir, je reste superficiel... En effet, les réseaux permettent, parfois, de passer des messages forts. De constituer des communautés utiles (et nombre de nocives en proportion). De laisser une trace et une amorce de conversation, pour des amis éloignés géographiquement. De la volonté sincère de partager, ou croire partager, une émotion ressentie devant un bon plat, un ciel étoilé, un enfant heureux ou un coucher de soleil époustouflant.

Mais au final, la seule certitude que l’on peut avoir, c’est que les gagnants sont les réseaux eux-mêmes ! Ils sont les gagnants indiscutables de notre médiocrité quotidienne. Le « big data » est alimenté de notre « big vacuum ». Notre grand vide les remplit tout à fait.

Une étude menée par Facebook l’année passée, montrait comment, à partir de 10 « like » réalisés d’un coup de pouce, le géant mondial pouvait faire votre profil psychologique de base, et un profiling bien plus précis, et quasi parfait au delà de 20 « like ». Ce qui signifie que dans les « swing states » américains, ou pour ceux qui doutent au moment d’une élection présidentielle par exemple, l’étude des like des membres des réseaux sociaux, permettraient facilement, de déterminer ce qui permettrait de les faire voter pour un candidat plutôt qu’un autre en lui indiquant lequel pourrait répondre favorablement à ce qui ferait basculer son vote. Voire même, le lui faire croire !!!

Alors j’ai décidé, pour une semaine, de faire un régime. Un régime physique, tout d’abord, afin de voir si ma vie serait si triste sans sucre (mon dopant naturel depuis l’enfance), ou si au contraire me priver de cet engrais à cancer, me permettrait de plus de perdre les 3kg qui contribueraient à accroître mes performances en natation, boxe et course à pied. Un régime de réseaux sociaux, ensuite, en ne publiant rien pendant 1 semaine et en regardant si je sombre dans l’anonymat, perdant au passage mes 20 000 meilleurs amis.

Résultat dans une semaine, à moins que cette cure d’anonymat ne me vaille ma place comme chroniqueur dans votre support d’information préféré ! Mais là j’ai confiance, car son fondateur est un homme d’idée et de contenu. Ce qui prouverait que le contenu et la profondeur a encore, comme la qualité, un avenir possible.

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