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A 600.000 voix près : mais au fait, où en serait la France après 4 mois de présidence Mélenchon et de gouvernement Hamon ?
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A 600.000 voix près : mais au fait, où en serait la France après 4 mois de présidence Mélenchon et de gouvernement Hamon ?

"S’il avait retiré sa candidature, il serait aujourd’hui Premier ministre et moi président de la République", a déclaré Jean-Luc Mélenchon le 14 septembre, à propos de Benoît Hamon.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : A l'occasion d'une interview donnée le 14 septembre à la Provence, Jean Luc Mélenchon a déclaré, à propos de Benoît Hamon : « S’il avait retiré sa candidature, il serait aujourd’hui Premier ministre et moi président de la République ». En prenant le leader de la France Insoumise au mot, comment pourrait on évaluer la situation économique de la France, en ce mois de septembre 2017, dans le cas d'une victoire présidentielle de Jean Luc Mélenchon ? 

Philippe Crevel :Si Benoît Hamon ne s’était pas présenté, si marine Le Pen avait fait une meilleure campagne, Jean-Luc Mélenchon aurait pu se retrouver face à cette dernière au second tour de l’élection présidentielle et l’emporter, du moins peut-être. 

Avant d’avancer dans ce schéma, il convient de souligner que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen en défendant des programmes très proches se neutralisaient. Quand l’un montait dans les sondages, l’autre descendait. En optant pour une ligne radicale, sortie de l’euro, augmentation des prestations sociales, l’un comme l’autre chassaient sur les mêmes terres, les jeunes chômeurs, les habitants des quartiers défavorisés, les ruraux….

Au 2e tour, si les forces de gauche auraient peut être appelé à voter Jean-Luc Mélenchon, la droite se serait rangée en faveur de Marine le Pen ou se serait prononcé pour l’abstention. De ce fait, la victoire du leader de la France Insoumise n’eût pas été dans le scénario retenu évidente. 

Mais supposons que le 7 mai eut été l’heure de gloire de Jean-Luc Mélenchon. Son premier objectif eu été d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Certes, il aurait pu compter sur les Benoît Hamon, sur Arnaud Montebourg et leurs affidés. Il n’est pas évident que face au choc de la victoire de l’ami de la cause bolivarienne, les Français se soient résignés à envoyer une majorité de députés d’extrême gauche. 

Pour conquérir sa majorité parlementaire, Jean-Luc Mélenchon aurait pu être amené à adoucir son programme. Pour éviter une déflagration financière, il aurait même pu donner quelques gages et accepter l’idée d’un maintien au sein de la zone euro. 

Mais s’il avait décidé de rester droit dans ses bottes et d’opter pour le splendide isolement, le scénario aurait été assez simple, chute des bourses, dépréciation de l’euro, fuite des capitaux, panique des épargnants et des investisseurs, blocage des comptes, contrôle des change, insolvabilité de l’Etat, hausse des taux d’intérêt, chute des investissements et récession. 

Pour endiguer ce mouvement, le nouveau El Présidente aurait pu évidemment demander à la Banque de France d’imprimer des billets, des nouveaux assignats mais dans ce cas l’état de droit aurait été bafoué, la Banque de France est juridiquement indépendante. La France n’aurait plus respecté ses obligations européennes et seraient potentiellement aux marges d l’Union. Il y aurait évidemment une demande immédiate de réunions à haut niveau face à l’implosion institutionnelle et économique de l’Europe.

La menace de la sortie de la France de l’euro eut provoqué une montée crescendo de l’hostilité de nos partenaires. Jean-Luc Mélenchon aurait répété que ce le Royaume-Uni a fait, la France pouvait le faire. A cette fin et pour trancher la question, il aurait pu annoncer la tenue d’un référendum sur le maintien de la France dans l’Union européenne le 24 septembre, le même jour que les élections législatives allemandes. 

Au cours de l’été, entre deux voyages en Bolivie et au Venezuela, Jean-Luc Mélenchon aurait engagé les travaux pour la mise en place d’une nouvelle Constitution, la République des Insoumis. Le projet de loi constitutionnelle aurait été une synthèse de la Constitution de 1793, de celle de Cuba matinée de celle de la défunte URSS. La loi travail El Kohmri aurait été abrogée. A la demande du Parti communiste, le licenciement aurait été mis hors la loi. Les secteurs des banques, des assurances, des transports, de l’énergie, des communications et de l’information auraient été nationalisés par ordonnance. Le Conseil constitutionnel aurait annulé le projet de loi d’habilitation du fait de la non-indemnisation des actionnaires. Mais Jean-Luc Mélenchon aurait répliqué que ce Conseil n’est pas représentatif du peuple et que seule la volonté générale peut s’opposer aux dirigeants.  Il aurait crié sur la Place de la République, la loi appartient au Peuple. Elle n’a comme limite que celle que le Peuple souverain se fixe au moment des élections. 

Durant l’été, il aurait été également amené à ouvrir le dossier du revenu universel qui faisait partie des engagements de Benoît Hamon. Celui aurait renoncé à se présenter sous réserver que Jean-Luc Mélenchon reprenne sa proposition. Afin de créer la rupture demandée par le Peuple Insoumis, il est prévu que chaque Français ait à compter du 1er décembre 2017, 500 euros par mois, ce montant passant à 800 euros le 1er février 2018. Le financement serait assuré par une majoration de l’ISF. Tous les contribuables dont le patrimoine excède 500 000 euros seraient obligés de verser de 5 à 10 % de sa valeur. Avec un patrimoine de 4000 milliards d’euros, les ménages ont de quoi payer aurait affirmé le nouveau Premier ministre. Par ailleurs, pour renforcer sa clientèle électorale, le Président aurait certainement annoncé le recrutement de 100 000 fonctionnaires avant la fin de l’année dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’aide aux pauvres. Il aurait institué un service social obligatoire pour tous les jeunes de moins de 25 ans. 

Il y a évidemment d’autres scénarii possibles. Jean-Luc Mélenchon aurait pu, enivré par sa victoire, décider de se draper dans les habits présidentiels de la 5e République à l’image de François Mitterrand dont il a été un admirateur. Il aurait fait durant l’été la tournée des capitales des pays d’Amérique latine et d’Afrique pour appeler les pauvres, les déshérités à se révolter. Devant le peu de retours des peuples dits maltraités, il se serait enfermé à l’Elysée. Devant l’hostilité de l’Europe et d’une grande partie de la population, ses ardeurs révolutionnaires auraient pu s’émousser. La Révolution, oui, mais tenir 5 ans voire 10 ans au pouvoir, c’est mieux.

Quels auraient pu être les événements "inattendus" auxquels aurait du faire face un exécutif composé de Benoît Hamon et de Jean Luc Mélenchon, notamment de la part des marchés financiers ? 

Un second tour Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen aurait occasionné une chute de 20 à 30 % des marchés. L’élection du premier à la Présidence de la République se serait traduite par une nouvelle chute. La bourse de Paris aurait pu perdre de 40 à 50 % de sa valeur. L’euro aurait été également fortement attaqué. Il se serait déprécié de 25 à 35 % par rapport aux grandes monnaies obligeant la BCE d’intervenir. 

L’élection du leader de la France Insoumise aurait incité de nombreux  Français à sortir au plus vite leur argent des banques et des compagnies d’assurance afin de ne par crainte d’un gel des actifs financiers et par la crainte d’une sortie de l’euro qui provoquerait une grave dépréciation de ces mêmes actifs. Face aux problèmes de solvabilité et de liquidité du système financier, Benoît Hamon aurait dans l’obligation d’appliquer la loi Sapin interdisant les assurés de réaliser des rachats de leurs contrats d’assurance-vie. Face au bankrun, l’accès à l’argent liquide aurait été limité. Par ailleurs, pour éviter une fuite des capitaux, les autorités auraient institué un contrôle des change. 

Les partenaires et la BCE auraient alors enjoint le nouveau pouvoir d’abandonner sa volonté de sortir de l’euro pour éviter une implosion de l’Europe. La BCE aurait menacé de ne plus racheter de titres français tant que la situation n’aurait pas été éclaircie. La conséquence aurait été une montée brutale des taux qui déjà depuis le 1er tour était en forte hausse. Ils auraient dépassé les 12 % provoquant un arrêt de l’investissement et une incapacité pour l’Etat de faire face au service de la dette. Devant l’incapacité de l’administration de placer ses emprunts, le gouvernement aurait deux  options, soit caler et admettre une négociation avec l’Europe soit la fuite en avant en accélérant la sortie de l’euro. L’introduction du franc Mélenchon se serait réalisée avec une dépréciation de 50 à 70 % par rapport à l’euro entraînant une envolée des prix des importations. Ces dernières, de toute façon seront difficiles à financer car nul entreprise étrangère n’aurait souhaité avoir en caisse des francs Mélenchon. La France n’aurait eu alors comme possibilité pour régler ses problèmes de change que d’accepter de se placer sous la tutelle du FMI. Ainsi, Mélenchon à défaut de discuter avec Angela Merkel aurait du négocier avec Christine Lagarde. L’avantage, la négociation aurait pu se faire en français.

Du point de vue des institutions et de nos partenaires européens, quels auraient pu être les réactions ? Avec quelles conséquences pour le pays ? 

Tout dépend du comportement de Jean-Luc Mélenchon. Une sortie unilatérale de l’euro aurait provoqué l’exclusion de la France de l’Union européenne et certainement entraîne une implosion. La France, deuxième économie de la zone euro, après l’Allemagne, porteuse d’une dette publique de plus de 2200 milliards d’euros et de dettes privées également conséquentes, est par nature systémique en cas de crise. 

Quatre options sont possibles. 

La première, la moins probable, repose sur une entente de tous les autres partenaires pour isoler le risque français. L’Allemagne réunit tous les autres Etats pour maintenir l’unité européenne au prix d’un effort important en matière de transferts financiers. La France serait isolée. 

La deuxième option est celle d’un scénario de sortie négociée de la France. Les partenaires européens tentent de gagner du temps et demandent à la France de respecter ses engagements. Jean-Luc Mélenchon, qui a un calendrier électoral compliqué, avec en ligne de mire la révision constitutionnelle y consent. La question de la sortie définitive de la France eut été renvoyée en 2022. 

La troisième option pourrait une mise en place d’un nouveau système institutionnel européen avec l’abandon de l’euro. C’eut été le rêve de Jean-Luc Mélenchon mais pas certain que nos partenaires eussent été prêts. 

La quatrième option est l’implosion. La sortie de la France comme dans un jeu de dominos provoque une série de réactions en chaine mettant un terme à la zone euro et à l’Union européenne. Donald Trump se réjouit de cette situation tout comme Vladimir Poutine qui promet son aide à la France. Il propose même une Fédération des Etats indépendants et démocratiques à la France et aux autres Etats qui souhaiteraient y entrer. Plus d’un quart de siècle après la chute du mur de Berlin et de la fin de l’URSS, le Président russe tient sa revanche. 

A la surprise générale, le référendum sur le maintien du 24 septembre 2017 donne la sortie gagnante. Avaient appelé à rester à l’intérieur de l’Europe les grands vaincus de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, François Fillon et encore, du bout des lèvres. François Hollande avait fait campagne pour l’Europe avec Valérie Pécresse, Manuel Valls et François Bayrou. Jean-Luc Mélenchon aurait pu enrôler Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan, Benoît Hamon, une partie des Républicains, des socialistes et la totalité des communistes. Au niveau syndical, la CFDT et la CFTC seraient apparues isolées. La CGT aurait mené une campagne en faveur du retrait de l’Europe et pour la nationalisation des entreprises. FO divisée n’aurait pas donné de consigne de vote tout comme la CFE-CGC. Le Medef aurait été la seule force d’opposition à Jean-Luc Mélenchon, ce qui l’arrangeait bien.

Après le référendum confirmant le départ de la France de l’Europe et son rattachement à l’alliance bolivarienne, Jean-Luc Mélenchon eut pu annoncer la tenue d’un nouveau référendum sur la réforme constitutionnelle. Le retour du mandat impératif, la possibilité de destitution des élus en assemblée populaire locale et le retour du mandat présidentiel à 7 ans auraient pu y figurer. Le poste de Premier Ministre aurait été rapidement supprimé car le nouveau commandant de la France Insoumise n’aurait pas supporté après quelques semaines d’exercice du pouvoir les remarques et les idées de Benoît Hamon. Le Peuple n’a qu’une voix et ne peut admettre la polyphonie à son sommet. 

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