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Selon une étude publiée ce mercredi 5 août, la pilule contraceptive constitue un élément protecteur contre le cancer de l’endomètre et aurait permis d’éviter quelque 200 000 cancers de ce type au cours des dix dernières années dans les pays à haut revenu.
Selon une étude publiée ce mercredi 5 août, la pilule contraceptive constitue un élément protecteur contre le cancer de l’endomètre et aurait permis d’éviter quelque 200 000 cancers de ce type au cours des dix dernières années dans les pays à haut revenu.
©Reuters

Merci Neuwirth !

65 ans après sa découverte, le vrai-faux des effets de la pilule contraceptive sur la santé

Entre la polémique sur la pilule troisième génération et les diverses études qui prouvent les bienfaits des pilules contraceptives sur la santé, il est difficile de s'y retrouver. Le point sur ce médicament.

Christian Jamin

Christian Jamin

Christian Jamin est gynécologue et endocrinologue. Il exerce actuellement à Paris. Spécialiste de la régulation du traitement hormonal chez la femme, il participe activement aux recherches de nouvelles méthodes de contraception. Il s'implique également dans la prévention de l'IVG.

Il a co-écrit Une nouvelle vie pour la femme, aux éditions Jacob-Duvernet, 2006.

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Atlantico. Selon une étude publiée ce mercredi 5 août, la pilule contraceptive constitue un élément protecteur contre le cancer de l’endomètre et aurait permis d’éviter quelque 200 000 cancers de ce type au cours des dix dernières années dans les pays à haut revenu. D'autres études sont également menées depuis plusieurs années sur ce même sujet, comment évaluer le rapport "coût-bénéfice" de la pilule aujourd'hui ?

Christian Jamin : Le rapport coût-bénéfice de la pilule est, comme l'on s'en doute, positif. En effet, la pilule permet de diminuer le risque de grossesse, mais a aussi des bénéfices non contraceptifs qui sont très appréciés des femmes comme l'amélioration de la peau, la diminution du volume des règles, des douleurs de règles... Ainsi, la pilule améliore la qualité de vie de manière incontestable.

Selon la même étude, si ces contraceptifs peuvent avoir un effet bénéfique sur le cancer de l’endomètre, ils accroissent le risque de développer certaines maladies cardio-vasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral). Quels sont les dangers dus à la prise de la pilule ? 

Le risque vasculaire se décompose en deux : le risque artériel, c'est-à-dire l'infarctus et les accidents vasculaires cérébraux, et làil est prouvé que ces accidents ne surviennent que chez des gens qui ont des facteurs de risque. Quand il y a accident c'est donc qu'il y a eu prescription imprudente. Il n'y a pas d'augmentation du risque cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral chez les femmes qui n'ont pas de facteurs de risques. Il y aurait même plutôt une diminution du risque. Chez les gens en bonne santé, les effets sont bénéfiques sur le plan artériel, et sur les gens qui ont des facteurs de risques, c'est dangereux.

En ce qui concerne les infarctus et les accidents vasculaires cérébrauxune très grosse étude suédoise a démontré qu'il n'y avait pas d'augmentation du risque artériel et d'accident vasculaire cérébral de manière générale chez des femmes dénuées de facteurs de risques. Donc c'est bien chez les femmes qui sont hyper-tendues, qui ont du cholestérol, et qui sont diabétiques ou qui fument, que la pilule est dangereuse. Et majoritairement à partir de 35 ans. Donc si on tient compte, scrupuleusement des facteurs de risques artériels, il n'y a pas d'augmentation de risque artériel avec la pilule. Ce ne sont que des maladresses ou des fautes de prescription.

C'est plus compliqué en ce qui concerne le risque veineux car ce dernier est moins prévisible, même si on connaît des facteurs de risques très forts de phlébite que sont l'âge et le poids. Et lorsque l'on prend en compte ces facteurs, il persiste un petit risque de thrombose veineuse qui est 2 cas pour 10 000 par an, ce qui est très faible. Là, c'est donc beaucoup moins prévisible. Mais, malgré tout, on connaît les facteurs de risques et là encore la grande majorité des accidents, mais pas la totalité, surviennent chez des gens qui ont des facteurs de risques et les principaux sont l'âge et le poids. Mais la pilule vient révéler des anomalies de coagulation que l'on connaît ou que l'on ne connaît pas puisque même si on les cherchait chez tour le monde. Seulement 30 % des femmes qui vont faire une phlébite, ont des problèmes de coagulation.

Mais, les varices, par exemple, ne sont pas des facteurs de risque de thrombose veineuse puisque ce sont des anomalies de la circulation superficielle. Alors que les thromboses veineuses, elles, se passent à l'intérieur du mollet. 

Les femmes qui ont des facteurs de risques de thromboses veineuses ou artérielles ne doivent pas prendre de pilule œstro-progestative. Elles ont trois possibilités : soit les stérilets, les pilules progestatives pures qui ne contiennent pas d'œstrogène et les implants contraceptifs.

Les risques de cancers sont, globalement, diminués par la contraception orale. Les femmes qui prennent la pilule ont moins de cancer que celles qui ne la prennent pas. Il y a une diminution du cancer de l'ovaire  qui est un cancer très méchant. Une prise de plus de dix ans de pilule diminue dans des proportions énormes, pas loin de 80 % les risques d'un cancer et ceci reste valable pour les trente ans qui suivent. On note une diminution du cancer du côlon et des cancers de l'endomètre. On en parle moins car ce sont des cancers qui surviennent chez les femmes après la ménopause. Mais, il semble qu'une longue prise de pilule diminue le cancer de l'endomètre sur des décennies et a donc un effet rémanent sur les femmes qui ne prennent plus la pilule et sont même ménopausées.

En ce qui concerne le cancer du sein, il n'y a, à ce jour, pas d'augmentation démontrée de cas de cancer du sein chez les femmes qui prennent la pilule.Le seul doute qui persiste concerne le cancer du col de l'utérus puisqu'il y aurait une augmentation légère du risque du cancer du col de l'utérus. Mais, comme il s'agit d'une maladie sexuellement transmissible, comme les femmes qui prennent la pilule ont plus de partenaires et aussi plus de frottis, il est difficile de savoir si c'est la pilule qui augmente le nombre de cas de cancer du col, ou s'il s'agit du mode de vie des femmes qui prennent la pilule qui est en responsable.

Globalement, la pilule augmente de 11% la durée de vie des femmes. 

En outre, il y a peu, les pilules "troisième génération" ont pu être montrées du doigt, notamment par la ministre de la santé, Marisol Touraine. Etait-ce justifé ?

Cela aurait été justifié si le débat s'était passé entre les autorités de santé et les médecins. Il aurait été souhaitable que les autorités de santé fassent leur travail et surveillent ou encadrent davantage les prescriptions de pilules œstro-progestatives. 

Marisol Touraine a lancé ce débat au grand public et cela a eu un effet calamiteux puisque cela a fait peur aux femmes et aux médecins non spécialisés. On assiste aujourd'hui à un important recul de la contraception œstro-progestative et il est prouvé ce qui est dangereux dans la pilule c'est de ne pas la prendre. En 2013, on a vu augmenter les risques d'avortement. On nous a fait croire que le risque disparaîtrait si on mettait des stérilets plutôt que de donner des pilules. C'est archi faux puisqu'il y a des accidents avec les stérilets qui valent largement les risques liés à la prise de pilule. 

Il est nécessaire que les autorités de santé fassent leur travail et forment correctement les médecins ou les sages-femmes.

A dose d'œstrogène égal, si on compare les pilules de deuxième et troisième génération, globalement le facteur multiplicatif est de 1,3. Mais si on compare la prise de pilule chez une femme de 38 ans, en surpoids comparé à la prise de pilule d'une femme de 20 ans sans surpoids, le facteur de risque est de 100. Il est donc absurde de vouer aux gémonies les pilules de troisième génération parce qu'elles ont un certain nombre de différences avec les pilules de deuxième génération.

Quels impacts ont eu ces révélations sur les femmes ? Prennent-elles moins la pilule ?

On assiste depuis quelque temps, même avant cette polémique, à une diminution de l'utilisation de la pilule. Cette baisse serait expliquée à ce retour à la nature et à l'écologie. On nous explique que la pilule ce n'est pas naturel comme si l'avortement l'était. Après le fait d'arme de Mme Touraine, il y a eu une vraie chute parce que les femmes ont pris peur et donc on assiste à un rejet de la contraception. Ces dernières sont retournées vers les stérilets. Le stérilet est une très bonne chose, mais il ne faut pas croire que ce n'est pas sans risque. Ce n'est pas la panacée.

On assiste à un retour au naturel avec des femmes qui me disent "Je fais attention". Je me permets de donner quelques chiffres. Les risques de grossesse par an chez un couple qui utilise les préservatifs varie de 10 à 20 %. Quant aux couples qui utilisent les méthodes dites naturelles comme retrait ou le calcul de dates s'élève à 40 %. Pour le stérilet, le taux de grossesse est de 0,5 %, l'implant le chiffre est proche de 0 % et avec la pilule, il est aux alentours de 6 %. Ce n'est pas l'efficacité de la pilule qui est en cause mais les arrêts intempestifs.

C'est lorsque l'on commence la pilule, qu'il y a le plus de risques de phlébite. Il est dangereux d'arrêter et reprendre la pilule régulièrement. Il faut la prendre en permanence.

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