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3D : arnaque ou avenir du cinéma ?
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Grand écran

3D : arnaque ou avenir du cinéma ?

Comme l'illustre encore la sortie ce mercredi 6 avril de Titeuf en 3D, le relief est à la mode sur le grand écran. Co-fondateur de la société d'effets spéciaux Mac Guff, Rodolphe Chabrier explique pour Atlantico les implications de cette technologie du futur.

Rodolphe Chabrier

Rodolphe Chabrier

Rodolphe Chabrier est superviseur des effets visuels et co-fondateur de Mac Guff.

Mac Guff est l'un des principaux studios de création d'effets visuels numériques en Europe. On lui doit notamment les effets visuels de "Moi, moche et méchant" et dernièrement de "Titeuf, le film" sorti le 6 avril. 

 

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Atlantico : La 3D, c'est l'avenir du cinéma ?

Rodolphe Chabrier : Tout d'abord plutôt que de parler de "3D", il faudrait parler de "relief". Ce n'est pas un phénomène nouveau, il est né avec la photographie. Il est même, en cela, quasiment plus ancien que le cinéma. Dans les années 1950, de nombreux films ont utilisé cette technique, notamment aux États-Unis. Même la télévision a tenté l’expérience en noir et blanc. Techniquement, il n’y a donc absolument rien de nouveau.

En revanche, l’arrivée des caméras et des projections numériques a changé la donne en résolvant de nombreux problèmes. Il était très difficile, avec la technologie analogique, d’atteindre un degré de synchronisation dans le défilement des images ou dans l’étalonnage des couleurs, à même de berner le cerveau – puisque c’est de cela dont il s’agit. Aujourd’hui, tout est plus simple, parce que contrôlé par l’informatique. Là réside la nouveauté essentielle.

Et puis l’essor des écrans plasma a fini par convaincre les majors que les films allaient devenir moins « piratables ». Je n'en suis pas persuadé : il n’est pas exclu que les téléchargements en 3D se développent. L’industrie du cinéma a juste un temps d’avance pendant lequel elle peut vendre les places des salles plus chères. 

Est-ce que cette augmentation du prix des places est justifié pour les films en 3D ?

Fabriquer un film en relief coûte vraiment beaucoup plus cher. En ce sens, la majoration de 3 euros pourrait être légitime, surtout pour les objets techniquement complexes. Seulement, on ne paie pas sa place au prorata du coût de fabrication du film.

La majoration recouvre d’ailleurs surtout les dépenses liées à la projection ou à la gestion des lunettes. La question de savoir si elle est justifiée ou non relève donc du débat éthique.

L’essentiel consiste à pouvoir contempler un film de la manière la plus confortable. A cet égard, le port des lunettes pose problème, d’autant qu’elles imposent de regarder une zone précise de l’écran pour éviter les flous. Le relief connaîtra un essor fulgurant quand on pourra se passer de lunettes. C'est pour bientôt. Le savoir-faire pourrait être opérationnel dans quatre ou cinq ans. Se posera ensuite la question du délai pour sa commercialisation.

La 3D ne pousse-t-elle pas le cinéma à évoluer uniquement vers du cinéma-spectacle ?

Je ne crois pas. A contraire ! Un des problèmes du relief – et c’est peut-être sa chance –, c'est qu'il faut laisser à l'œil le temps de s'accommoder. Il est donc nécessaire de construire des rythmes différents, notamment lors du montage. Il existe une grammaire propre au cinéma en relief. Il y a une couche supplémentaire que le réalisateur et la post-production ne doivent pas laisser au hasard. C'est extrêmement important : si les images défilent trop vite, notre œil n'a pas le temps de faire le point, et le film devient usant, fatiguant.

Paradoxalement, c’est dans les scènes calmes, posées, que le relief constitue réellement un avantage. En vérité, la "3D", pour utiliser votre expression, correspond bien à l’atmosphère des films intimistes. Lorsque l’on représente une scène d'amour dans une cuisine entre deux personnages, l'apport du relief donne l'impression d'être en immersion, de s'identifier, de participer même aux relations charnelles. Le relief n’est pas encore un réflexe pour ce type de films. Les complexités de la technologie sont nombreuses, et les coûts de tournage dissuadent les producteurs de ces films généralement dotés de budgets modestes.

Pour l’instant, le relief est donc un peu trusté par les films d’action pour pouvoir suivre les personnages au plus près, être dans leurs mouvements et croire encore davantage que leur monde est réel.

La 3D marque-t-elle la fin des acteurs ?

Bien-sûr que non ! Le relief, ne tuera pas les acteurs ! Le fait qu'Avatar soit un film de synthèse est une chose indépendante du fait qu'il soit en relief. Ce n'est pas le relief qui tue les acteurs mais, à la limite, la création des avatars en images de synthèse.

On ne va pas uniquement chercher un comédien pour sa plastique. Sa manière de se mouvoir, sa psychologie sont souvent plus intéressantes. Le rôle de l'acteur consiste tout de même à proposer une interprétation au réalisateur. C'est le comédien qui créé finalement son personnage, et qui imagine le passé qu’il a pu avoir. Croyez-moi, ce n'est pas demain la veille qu'un avatar pourra imaginer qu'il a été alcoolique ou drogué dans sa prime enfance. Je crois qu'il existe une nouvelle poésie dans toute nouvelle technologie et, globalement, je fais confiance à l'humanité. On ne va pas tuer nos acteurs pour les remplacer.

A quoi peut-on s'attendre dans le futur en terme d'innovation ?

Dans 20 ans, je pense que la mobilité, la portabilité, la puissance des calculs et la notion de relief vont permettre de proposer de plus en plus de flux d'images que l’on pourra choisir à n'importe quel moment. Cet univers nous englobera totalement, et nous pourrons nous immerger encore davantage à l’intérieur des images.

Les images seront tout autant présentes autour de nous de manière holographique et mobile. Il est possible d’imaginer se connecter avec un genre d’iPod 3D, fermer les yeux et être plongé dans un décor virtuel. C'est la tendance pour les 20-30 prochaines années.

L’interactivité devrait également progresser. A la manière de Facebook ou Twitter, nous pourrons communiquer avec d'autres personnes branchées sur le même réseau d’images.

A terme, nous pourrions même mettre des pensées en images. Nous pouvons déjà le faire dans l’autre sens : des travaux sur des aveugles ont permis de parvenir à greffer directement sur le nerf optique des patients des dispositifs de captation numérique munis d’une caméra. La personne mal-voyante ne perçoit que cinq ou six pixels à droite et à gauche mais, dans cinq ans, elle en percevra 15, puis une image composée numérique entière dans 40 ans. Nous saurons alors proposer une image au cerveau.

Regardez ce qui s'est passé en Tunisie, en Egypte… Il suffit d'une interface homme-machine... Regardez Skype, la visiophonie, l'iPhone... Nous pouvons communiquer quand nous voulons, où nous voulons, avec qui nous voulons. Ces technologies ne nous laisseront jamais seuls chacun dans son coin. Nous serons branchés sur le réseau, et nous y serons nombreux !

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