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68% des Français sont plutôt favorables aux mesures de réduction des dépenses publiques demandées par l’Allemagne à ses partenaires européens pour qu'ils réduisent leurs dettes et leurs déficits publics.
68% des Français sont plutôt favorables aux mesures de réduction des dépenses publiques demandées par l’Allemagne à ses partenaires européens pour qu'ils réduisent leurs dettes et leurs déficits publics.
©Reuters

Sondage

27% des Français seraient prêts à remettre en cause l’amitié franco-allemande si c’était le prix à payer pour s’opposer à la rigueur

SONDAGE ATLANTICO/IFOP - 27 % des Français estiment que le gouvernement devrait prendre des mesures de relance économique et faire une pause dans la réduction des déficits publics quitte à remettre en cause l’amitié franco-allemande.

Jérôme Fourquet et Henrik Uterwedde

Jérôme Fourquet et Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde est politologue et directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg.

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

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Atlantico : D’après notre sondage, 68% des Français sont plutôt favorables aux mesures de réduction des dépenses publiques demandées par l’Allemagne à ses partenaires européens pour qu'ils réduisent leurs dettes et leurs déficits publics. En revanche, 32% des Français sont  plutôt opposés à ces mesures car elles brident la croissance et empêchent la reprise économique dans les pays européens. Comment analysez-vous ces résultats ? Quelle est la nature du message que souhaitent envoyer les Français à travers ce sondage aussi bien au gouvernement français qu’à l’Europe ?

Jérôme Fourquet : Les chiffres sont très nets : une large majorité de Français sont sur une ligne raisonnable et adhèrent à l’idée qu’il est nécessaire de réduire les déficits et les dépenses publiques. Cela explique pourquoi Jean-Luc Mélenchon a des difficultés à se faire entendre dans le débat actuellement. Cela vient contredire l’idée selon laquelle François Hollande chuterait car il mène une politique trop libérale dictée par Bruxelles et Berlin. Les Français indiquent la direction du sérieux budgétaire que le gouvernement s’efforce de suivre avec difficultés depuis plusieurs mois.

Henrik Uterwedde : Ce sondage montre bien que les Français sont conscients du problème du surendettement en Europe, y compris dans leur propre pays : selon une autre enquête menée en mars 2013 par le Pew Research Center, 81% des Français donnent la priorité à la réduction de la dette ! C’est un flagrant démenti aussi de la thèse du diktat allemand : la grande majorité des Français sait que le surendettement, problème structurel comme la compétitivité, doit être combattu non pas parce que l’Allemagne le demanderait mais parce qu’il menace l’avenir de l’économie française. Certes, la récession actuelle conseille à ne pas forcer la rigueur budgétaire mais il faut agir maintenant, préparer les réformes et les mesures capables de réduire le déficit structurel. 

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Sur les 32% de Français qui contestent la politique économique impulsée par l’Allemagne, 85% sont prêts à remettre en cause le couple franco-allemand - soit 27% des personnes interrogées. S'agit-il d'un élément nouveau ?

Jérôme Fourquet : Les personnes qui sont opposées aux mesures préconisées par l’Allemagne sont globalement prêtes à aller au clash. Depuis la crise de la zone euro, la question de l’attachement à l’Europe et au couple franco-allemand et la question de la politique économique et de la gestion des déficits sont intimement mêlées. Soit, on accepte de faire des efforts et on se met dans la posture du bon élève, soit on se dit qu’il faut faire une pause et faire de la relance. Lorsqu’on est sur cette posture-là, on l’assume et on est prêt à assumer un clash avec notre principal partenaire qui est l’Allemagne. 54% des électeurs de gauche sont favorables aux mesures proposées par l’Allemagne tandis que 43% y sont opposés et sont prêts à remettre en cause le couple franco-allemand tandis que 3% sont contre ces mesures sans pour autant être prêts à l’affrontement. Si une majorité de Français est favorable à la rigueur, la gauche est très partagée et une partie de son électorat est même radicalisée car prête à rompre avec l’Allemagne. C’est l’enseignement majeur de ce sondage.

La relation franco-allemande a-t-elle déjà été aussi distendue ? Si oui, dans quelles circonstances ?

Henrik Uterwedde : Cela ne me choque pas, même si je n’approuve pas les 27% s’ils demandent une relance de la demande. Mais c’est un débat légitime, même inéluctable, sur la politique économique : entre les adeptes d’une politique keynésienne et ceux qui, comme moi, pensent que la France a d’abord un problème de compétitivité, qui doit être combattu par une politique de l’offre. Ce clivage se trouve aussi en Allemagne. On est donc face à un débat politique et non pas dans une controverse franco-allemande. Le véritable problème n’est pas qu’il y ait des positions différentes mais que certains esprits cherchent un bouc émissaire pour éluder les problèmes de l’économie française et qui, au lieu de s’en prendre aux racines de ces problèmes, rejettent la faute sur l’Allemagne (ou Bruxelles). 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Henrik Uterwedde : Au-delà des polémiques, la zone euro est victime de dysfonctionnements qu’il faut réparer. Mais les choix qui sont faits ont des répercussions directes dans nos pays, il est naturel qu’ils fassent l’objet de controverses. Le problème est le contraste entre l’étroite interdépendance économique de nos pays et la différence entre nos cultures et approches économiques, ce qui provoque des malentendus et rend difficile un vrai débat européen. 

Qu'est-ce que ces résultats augurent pour l’avenir de la politique européenne ?

Henrik Uterwedde : L’attitude de François Hollande et d’Angela Merkel, qui se sont mis d’accord sur une position commune avant le sommet européen, tranche déjà avec les polémiques entretenues de part et d’autre. Les deux leaders ont dégagé un certain nombre de pistes utiles pour agir en faveur de la croissance et de la stabilité budgétaire. Il faut bien gérer nos différences, et travailler à dégager des convergences pouvant faciliter des compromis européens. Cela demande une franchise dans les débats tout en respectant le partenaire, en renonçant à caricaturer ses positions. C’est là que la coopération franco-allemande garde toute sa valeur. Sera-ce suffisant ? Je crains que non : le véritable problème est qu’une véritable union monétaire, plus solidaire, appelle une union politique. Est-ce que nous sommes vraiment prêts à nous engager dans cette voie ?

Les électeurs de gauche se montrent les plus réticents quant aux mesures demandées par l'Allemagne (54% y sont favorables) alors que ceux du Front national s'y disent favorables à 65%. Que révèlent ces résultats sur l'évolution des clivages en termes de politique économique européenne ?

Jérôme Fourquet :Il y a le souhaitable et le possible et dans leur majorité les Français pensent aujourd’hui qu’il faut réduire le déficit, y compris dans l’électorat du FN et dans une partie de l’électorat du Front de gauche (43%). L’idée qu’il faut faire une pause dans la réduction des déficits et privilégier des solutions de relance n’est pas du tout majoritaire : elle n’imprime pas et ne séduit pas. Les résultats varient néanmoins très fortement selon la sensibilité politique. 87% des sympathisants UMP sont favorables aux mesures préconisées par Angela Merkel alors que les sympathisants du Front de gauche y sont fortement opposés.

De même, les électeurs du Front national qui se disent contre ces mesures sont moins nombreux que ceux de gauche à se dire prêts à remettre en cause la relation franco-allemande. L'attachement à L’Europe et au couple franco-allemand est-il en train de perdre du terrain au sein de la gauche ? Comment l'expliquer ?

Jérôme Fourquet : L’électorat le plus politisé sur cette question est l’électorat du Front de gauche. Néanmoins, 43% de cet électorat est, malgré tout, favorable à la réduction du déficit. Cela montre bien la difficulté idéologique pour Mélenchon de faire passer ses idées. Quant aux sympathisants socialistes, ils sont divisés : 57 % d’entre eux sont favorables aux mesures de réduction des déficits, mais une forte minorité (43%) y est opposée. Si la majorité des Français a choisi son camp, la question européenne demeure assez "clivante" à gauche d’où la difficulté pour François Hollande. S’il ne s’adressait qu’à l’ensemble des Français, "la messe serait dite". Mais il doit également s’adresser à son électorat et à ses alliés. Les voix qui se font entendre pour remettre en cause ce qu’elles considèrent comme des "oukases" européens émanent essentiellement du camp du président de la République : Mélenchon, mais aussi Montebourg ou Bartolone.

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Méthodologie : Echantillon de 962 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing). Sondage réalisé du 19 au 21 juin 2013.

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