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Une combinaison d'images montre les candidats pour le second tour de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Une combinaison d'images montre les candidats pour le second tour de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
©JOEL SAGET, Eric FEFERBERG / AFP

Majorité pour gouverner

2022 : vers l’élection d’un président directement en cohabitation ? 

Les sondages semblent confirmer un duel Macron - Le Pen alors même qu’une grande partie des Français n’en veulent pas. Avec une Marine Le Pen contestée et un Macron sans vrai parti, se dirige-t-on vers un ou une président(e) qui n’est pas sûr d’avoir une majorité ?

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont toujours donnés comme favoris de l’élection présidentielle. S’ils semblent s’imposer sans difficulté au second tour, sont-ils actuellement en mesure de remporter des législatives malgré leurs mauvais résultats actuels ?  L’hypothèse d’une élection de l’un ou l’autre des candidats sans majorité pour gouverner est-elle crédible ?

Christophe Bouillaud : Une telle hypothèse est peu crédible. Les dernières présidentielles organisées sous le régime du quinquennat montrent le renforcement d’un mécanisme déjà présent auparavant : les partisans des différents camps vaincus lors de la présidentielle tendent à se démobiliser électoralement lors des législatives et ne cherchent pas en quelque sorte une revanche immédiate à leur défaite. Il n’y a pas lieu de penser qu’en cas de réélection d’Emmanuel Macron ou d’élection de Marine Le Pen la dynamique serait très différente. Au contraire, vu la montée en puissance de tendances abstentionnistes dans l’électorat, on peut imaginer une amplification de ce phénomène.

Il faut toutefois distinguer le sort d’Emmanuel Macron et celui de Marine Le Pen.

En cas de réélection, Emmanuel Macron aurait déjà tous ses députés sortants prêts à rempiler, ainsi que ceux du MODEM et d’AGIR. Il y ajouterait sans doute d’autres ralliés venus de la droite et de la gauche. Il ne manquerait sans doute pas de troupes, bien au contraire. Il pourrait même bénéficier du fait de présenter en de nombreux endroits des députés sortants – même s’il y a eu pas de défections dans le groupe LREM depuis 2017 et même si certains députés LREM trop incompétents ou démotivés ne peuvent pas être repris.

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Pour ce qui concerne Marine Le Pen, il faut d’abord se demander si sa victoire ne serait pas suivie de troubles sociaux tels que les élections législatives se dérouleraient alors dans un contexte bien particulier, déclenchant une grande peur dans l’électorat conservateur. Cette dernière lui permettrait sans doute de s’assurer le soutien de tout ou partie des sortants de la droite et du centre prêts à lui prêter main forte pour mater les protestataires, sans doute qualifiés d’émeutiers, voire de djihadistes. Même si ce scénario noir ne se réalisait pas, il est probable qu’elle aurait la possibilité de se rallier tout ou partie de la droite entre son élection et les élections législatives, et même ensuite. Je doute en effet que la droite actuelle s’allie avec les perdants macronistes et la gauche pour faire un grand front anti-RN dans de telles circonstances.

La mécanique du quinquennat avec présidentielle- législative est-elle plus forte que la contestation ? Une cohabitation n'était-elle envisageable que sous le septennat ?

D’expérience, oui. L’électorat est beaucoup plus mobilisé sur le choix d’un homme ou d’une femme que sur une majorité à travers le choix de son ou sa député. Toute la médiatisation de la vie politique française, comme de celles d’autres pays d’ailleurs au système politique similaire, tourne autour de l’élection présidentielle. Du coup, il faudrait vraiment une situation exceptionnelle pour que cela tourne mal pour le Président à peine élu, par exemple comme je l’ai dit que tous les autres partis se mettent d’accord pour présenter partout des candidats uniques anti-RN. C’est très improbable.

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Ont-ils suffisamment de relais en dehors de leurs partis pour former des alliances le cas échéant ?

Pour ce qui concerne un Emmanuel Macron qui serait réélu, je ne doute pas qu’il n’aurait que l’embarras du choix parmi tous les arrivistes de droite et de gauche qui viendraient renforcer sa majorité. Il faut bien se rappeler qu’il serait en effet auréolé de l’exploit d’être le premier Président de la République réélu depuis Jacques Chirac, et le tout après un quinquennat qui n’aurait pas été des plus faciles. Il aurait un côté « le Survivant ». Il aurait ainsi démoralisé tous ses adversaires, et la durée d’un mandat à venir lui permettrait d’orienter fortement le sort des uns et des autres.

Pour ce qui concerne Marine Le Pen, c’est plus compliqué. Les ralliements de la part de la droite se feront sans doute à la fois avant et après les législatives. Je doute que les Républicains soient assez solides dans leur intégralité pour refuser tous d’aller servir Marine Le Pen. Ils voudront se vendre cher, mais, comme ils se précipiteront tous pour se vendre, leur prix risque d’être moins élevé que prévu. Historiquement, en Europe, la capacité des droites classiques à résister à un leader d’extrême-droite déjà arrivé au pouvoir n’a pas été collectivement très forte, et elle n’a le plus souvent reposé que sur quelques individualités.

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