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10 faits qui résument le monde dans lequel nous vivons et qui dessinent celui de demain
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Résumé d'une époque

10 faits qui résument le monde dans lequel nous vivons et qui dessinent celui de demain

Vieillissement de la population, changement des bassins démographiques, prix de l'immobilier... Le monde connait depuis 40 ans des bouleversements inédits, qui auront un impact certain sur notre futur.

Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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Atlantico : En quoi ces affirmations sont-elles révélatrices du monde de demain ?

Dans les dix prochains jours, 112 000 personnes en Europe, au Japon et aux Etats-Unis partiront à la retraite. Il y a trois ans, les ventes de couches pour adultes ont dépassées celles pour bébés au Japon.

Gérard-François Dumont : Le vieillissement de la population est une tendance générale dans nos sociétés. Il est le résultat de deux faits parallèles : d’une part, l’augmentation de l’espérance de vie des personnes âgées, que l’on constate depuis les années 1970. C’est à cette époque que la médecine et l’industrie pharmaceutique se sont déployées non plus essentiellement au profit de la lutte contres les mortalités infantile, infanto-adolescente et maternelle, mais vers la santé des seniors. D’autre part, les personnes qui forment le troisième âge d’aujourd’hui résultent de l’héritage démographique : ces sont  les générations nombreuses nées pendant le renouveau démographique d’après-guerre. Il en résulte ce que l’on appelle le vieillissement « par le haut », qui concourt à un pourcentage accru de personnes âgées.

En outre, on constate un phénomène de vieillissement « par le bas » du fait de la faiblesse du taux de natalité dans de nombreux pays, comme dans la quasi-totalité des pays européens, mais aussi dans d’autres régions du monde comme la Chine ou le Japon. C’est pourquoi j’ai résumé l’évolution de ce dernier pays, dont la population diminue depuis 2005, en l’analysant comme un « soleil démographique couchant ».

C’est pour toutes ces raisons que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le principal processus du XXIe siècle sera le vieillissement des populations. Jamais dans l’histoire de l’humanité on aura eu à la fois un pourcentage et un nombre aussi élevé de personnes âgées.

 

Une très grande majorité des naissances a lieu dans des pays en voie de développement.

Il est vrai que, comme nous l’avons souligné plus haut, les pays de l’hémisphère nord doivent faire face à ce que j’ai appelé un « hiver démographique », c’est-à-dire  une fécondité nettement et durablement en dessous de seuil de remplacement des générations. Donc, effectivement, le nombre de naissances dans beaucoup de pays du Nord est faible ou en diminution. Par exemple, l’Allemagne de 81 millions d’habitants compte moins de naissances que la France métropolitaine de 64 millions d’habitants. Dans différents pays du Sud ayant émergé ou en émergence, comme la Chine, la Malaisie ou la Thaïlande, la période de la transition démographique, pendant laquelle une population passe d’un régime démographique de mortalité et de natalité élevées à un régime de basse mortalité, puis de faible natalité, est terminée. En revanche, d’autres pays asiatiques et surtout Afrique sub-saharienne n’ont pas terminé leur transition démographique. Ils se trouvent donc encore dans la phase historique où les taux de natalité, bien qu’en baisse, sont encore relativement élevés tandis que la mortalité diminue. D’où une croissance démographique importante.

Ceci va entraîner pour l’avenir un bouleversement des rapports de force démographiques. Par exemple, au moins depuis 25 siècles, le monde comptait trois grands foyers de peuplement : l’Asie orientale (Chine, Japon, Corée), le sous-continent indien et l’Europe. Dorénavant, l’Europe, dont le poids démographique relatif baisse, ne peut plus être considérée comme faisant plus partie de ce trio. En revanche, l’Afrique va prendre une place croissante par son poids démographique dans le monde

 

En 15 ans, les prix de l'immobilier à Londres ont quadruplé, et pourtant, les taux d'intérêt britanniques n'ont pas été aussi bas depuis 300 ans.

Dans les années 1960 et 1970, la santé économique du Royaume-Uni, et notamment de la ville de Londres, était mauvaise. Ces territoires n’étaient pas attractifs. Pour preuve, leur solde migratoire était négatif : les jeunes britanniques quittaient le Royaume-Uni pour tenter leur chance en Amérique du Nord ou en Australie et les jeunes de la partie continentale de l’Europe n’allaient pas s’installer en Angleterre. La révolution thatchérienne, poursuivi pour l’essentiel par les gouvernements successifs, conservateurs ou travaillistes, a retourné la situation, développant l’attractivité de Londres, en refaisant une « ville-monde » comme aux plus beaux jours de l’empire britannique. Le marché immobilier de Londres reçoit en conséquence une demande mondiale face à une offre limitée ; d’où l’augmentation des prix.
 

Dans 10 secondes, la dette américaine aura augmenté de 322 000 dollars (233 000 euros).

Les Etats-Unis profitent toujours de leur dollar qui est une « monnaie mondiale », accepté comme moyen de paiement ou d’épargne par la quasi-totalité des pays du monde. En conséquence, depuis des décennies, les Etats-Unis peuvent se permettre de ne pas rembourser leur dette, et d’ailleurs leurs créanciers ne leurs en font pas la demande. Par exemple, l’important créancier des Etats-Unis qu’est la Chine se satisfait de recevoir les intérêts de son épargne placée en dette des Etats-Unis plutôt que d’exiger des remboursements qui étoufferaient l’économie américaine. Aujourd’hui, et en dépit de la création de l’euro, aucune autre monnaie ne réussit à concurrencer le dollar.
 

En 2015, le gouvernement fédéral américain dépensera 3,77 trillions de dollars, alors que 50 millions de personnes seront en situation de pauvreté aux Etats-Unis.

Le budget fédéral des Etats-Unis est important, surtout au regard du budget européen, mais c’est un budget qui est essentiellement consacré aux charges régaliennes : la défense, la sécurité, la diplomatie, le souci de maintenir la primauté économique des Etats-Unis en finançant de nombreuses recherches. Chacun des États de cet État fédéral dispose d'une autonomie très importante dans le domaine social. Les premiers programmes sociaux fédéraux ne sont mis en place que pendant les années 1930. L’Obamacare est certes une nouveauté dans la mesure où, depuis 2013, il rend l’assurance maladie obligatoire. Mais il ne fait pas véritablement novation, car c’est plus le résultat d’une fédéralisation, d’une généralisation d’éléments qui existaient déjà dans certains États, comme le Massachusetts. Nous avons connu des processus similaires en France, par exemple au moment de l’instauration du RMI (revenu minimal d’insertion), en 1988, avec le gouvernement de Michel Rocard ; en réalité, ce RMI était une généralisation, car de nombreux départements avaient déjà mis en place un système comparable de prestations encourageant l’insertion. 
 

Entre 1997 et 2012, le nombre de mesures de régulation est passé de 834 949 à 1 040 940 aux Etats-Unis.

Cette hausse du nombre de mesures de régulation doit être, au niveau mondial, resituée dans l’augmentation du nombre d’Etats ou dans celle du pouvoir donné à des entités fédérés (pensons à la Belgique) et, bien entendu, dans le contexte de la crise intervenue en 2008. Par ailleurs, aux Etats-Unis, l’ensemble des régulations est l’addition de celles décidées au niveau fédéral et de celle des cinquante États. Pour comprendre cette réalité, il faut rappeler que, aux Etats-Unis, il existe près d’une centaine de régimes d'équivalent TVA. On peut d’ailleurs estimer que les Etats-Unis ne verront pas ce nombre de mesures baisser. La logique fédérale signifie un pays plus favorable à l’émulation qu’à l’unification.

La même question se pose au sein de l’Union européenne, entre des partisans d’une homogénéisation systématique des réglementations, et ceux plutôt partisans d’une logique de subsidiarité engendrant l’émulation entre les pays de l’Union. Rien ne prouve que le phénomène d’homogénéisation soit plus efficace au niveau économique. La Confédération helvétique, avec ses multiples législations selon les cantons, et néanmoins, sa belle réussite économique, apportent plutôt une preuve contraire. 

 

Aujourd'hui, 768 millions de personnes n'ont pas accès à une eau consommable.

La principale raison d’un tel chiffre tient à la mauvaise gouvernance que subissent nombre de pays du Sud. Beaucoup de ces pays auraient les moyens ou de réaliser ou de créer un environnement favorable à l’investissement d’entreprises privées pouvant résoudre ce problème. Mais cela suppose notamment des gouvernants qui travaillent pour le bien commun et une lutte permanente contre la corruption et l’appropriation des richesses des pays par une minorité. 

Rien n’empêche techniquement de donner à toute l’humanité un accès aisé à une eau consommable d’autant que l’eau est une ressource renouvelable. En outre, l’eau est davantage une source de coopération que de conflit entre les États, car, dans de nombreuses régions du monde, elle conduit les États à collaborer pour gérer ensemble leurs bassins fluviaux partagés. 

 

Il y a 1,6 milliard de personnes en surcharge pondérale sur Terre. Dans le même temps, 900 millions de personnes ne mangent pas à leur faim.

C’est un des éléments nouveaux du XXIe siècle. La mal-alimentation, notamment par l’abus de sucres, touche davantage de personnes que la sous-alimentation. Pour les populations concernées, on constate, par exemple aux Etats-Unis, une diminution de l’espérance de vie. Notons également que cette mal-alimentation concerne de façon inégale les hommes et les femmes. Dans certains pays où on est loin de l’égalité hommes - femmes, les femmes connaissent des taux d’obésité pouvant aller jusqu’à 44% de la population féminine adulte. En revanche, en Chine, la surcharge pondérale concerne davantage le sexe masculin. 
 

Depuis 10 ans, le nombre de robots industriels a augmenté de 72% et le nombre d'emplois dans l'industrie fututa baissé de 16% aux Etats-Unis. 

Comme ce fut le cas avec la mécanisation dans l’industrie au fil des décennies, on voit aujourd’hui une hausse de la productivité grâce à la robotisation. Elle peut concourir à faire baisser les emplois directs dans l’industrie. Mais, en même temps, les robots industriels créent de nombreux emplois induits pour leur conception, leur production, leur mise en service, leur maintenance…

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