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La centrale nucléaire de TEPCO vue de la ville de Futaba dans la préfecture de Fukushima à la veille du 10e anniversaire du tremblement de terre qui a déclenché un tsunami et une catastrophe nucléaire.
La centrale nucléaire de TEPCO vue de la ville de Futaba dans la préfecture de Fukushima à la veille du 10e anniversaire du tremblement de terre qui a déclenché un tsunami et une catastrophe nucléaire.
©Kazuhiro NOGI / AFP

Avenir du nucléaire

10 ans après Fukushima, le bilan de la sortie du nucléaire en Allemagne n’est pas ce que les Verts voudraient y voir

Alors que le débat sur le projet de loi Climat et Résilience est entamé à l’Assemblée, l’avenir du nucléaire en France suscite toujours des remous politiques.

Jean de Kervasdoué

Jean de Kervasdoué

Jean de Kervasdoué est un économiste de la santé français, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM)et membre de l’Académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux.

Ingénieur agronome de l’Institut national agronomique Paris-Grignon il a également un MBA et un doctorat en socio-économie de l’Université de Cornell aux Etats-Unis. Il est l'auteur de Pour en finir avec les histoires d’eau. Imposture hydrologique avec Henri Voron aux Editions Plon et vient de publier Les écolos nous mentent aux éditions Albin Michel. 

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Atlantico : En mars 2011, suite à la catastrophe de Fukushima, Angela Merkel a proclamé l'arrêt définitif de la totalité des centrales nucléaires allemandes au plus tard en 2022. Pour EELV, cela correspond au chemin à suivre et la France devrait s'inspirer des politiques énergétiques menées outre-Rhin. Une décennie plus tard, les énergies renouvelables ont-elles permis à l’Allemagne d’assurer son approvisionnement en énergie ? Quels choix ont été faits par l’Allemagne durant cette période ? 

Jean de Kervasdoué : La décision d’Angela Merkel ne se comprend que si l’on se souvient que, depuis les années 1970, les Verts allemands (Die Grünen), pacifistes, mènent une campagne active et permanente contre l’énergie nucléaire, craignant la réutilisation du plutonium à des fins militaires. Cette campagne est relayée par des puissantes associations, Greenpeace notamment. La fermeture des centrales nucléaires est leur priorité, leur premier combat, leur raison d’être, il est victorieux en Allemagne.

L’opinion déjà touchée par la catastrophe de Tchernobyl (1986) a en effet définitivement basculé quand le tsunami provoqué par un tremblement de terre a noyé les six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima et ses mécanismes de refroidissent (2011). Ce faisant, des éléments radioactifs se sont répandus dans les environs. Les autorités ont alors déplacé les populations proches de la centrale. Le drame fut le tsunami et sa vague de 40 mètres qui a balayé 500 kilomètres de côtes et noyé plus de 20 000 personnes.

Dix ans plus tard, on sait que la décision de déplacer les populations a été à l’origine de 2 317 décès, alors qu’il n’y a eu qu’une seule victime des radiations. De surcroît, aujourd’hui, seule 2,4% de la zone est encore interdite à la population qui y résidait, soit 36 811 habitants. Ce chiffre pourrait être quasiment nul si les normes appliquées étaient celles de certaines zones de la planète au fort taux d’irradiations naturelles (plus de 50 millisieverts), sans conséquence pour ses habitants.   

Mais les images montrées en France sur les chaînes de télévision le 9 mars 2021 disent autres choses. En effet, quand on filme des maisons détruites par un raz-de-marée il y a dix ans et que l’on rappelle qu’il y a eu aussi une catastrophe nucléaire, le téléspectateur pense que ces destructions sont dues au drame nucléaire, pas au tremblement de terre et au raz-de-marée !

Certes, il n’est pas sage de construire des centrales nucléaires dans des zones aussi manifestement sismiques. Certes, il y a eu des alertes et des accidents (fissures) dus à d’autres tremblements de terre antérieurs à 2011, certes la société japonaise qui exploite ces centrales (TEPCO) n’a pas divulgué ces informations, mais l’énergie nucléaire - Tchernobyl et Fukushima inclus - demeure la moins coûteuse en vie humaine et, par quantité d’énergie produite, 4500 fois moins mortelle que le charbon.

Et donc, pour en revenir à l’Allemagne, malgré des investissements considérables qui a conduit à doubler le coût du KWH du consommateur allemand, les énergies renouvelables n’ont pas pu et ne pourront pas remplacer l’énergie nucléaire. Les centrales thermiques au charbon et au gaz y pourvoient et que l’on ne vienne pas prétendre que du point de vue du rejet de gaz carbonique, le gaz méthane est une énergie propre ! CH4 + O2 donne toujours CO2 + H2O !

En France, et alors que le projet de loi Climat est à l’examen, les écologistes ont-ils trop tendance à instrumentaliser ce qui se passe en Allemagne ? 

De manière inexplicable pour moi, la France a accepté de baisser ses rejets de gaz à effet de serre en pourcentage du montant émis en 1990 et non pas en valeur absolue. Or, pour la production d’électricité, nous rejetons 7 fois moins de gaz à effet de serre que l’Allemagne ! L’Allemagne mène le jeu européen. L’écologie politique y est née. Bien au-delà des Verts français, son influence est manifeste dans tous les partis politiques et dans une bonne partie des médias de notre pays car les journalistes sont trop souvent et avant tout des militants. L’entrisme des écologistes dans les médias est admirable, de leur point de vue ! En effet, on voit peu de reportage sur la construction des centrales thermiques outre-rhin ou sur le coût de cette politique qui pourtant accroît de fait le rejet de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique, rien de très écologique cependant. C’est en effet sous la présidence de Jacques Chirac que le principe de précaution est entré dans la constitution, c’est François Hollande qui s’est engagé à fermer 15 centrales nucléaires (sans en fermer une), c’est Emmanuel Macron qui ferme Fessenheim et lance la Conférence citoyenne sur le climat …

Toutefois, il me semble que l’opinion évolue un peu, que les gens se rendent compte que le vent, comme le soleil, sont des sources d’énergie diffuses et intermittentes, que si l’on veut développer la mobilité électrique, seule l’énergie nucléaire peut le permettre et que les taxes, fussent-elles considérables, ne changent pas les lois de la chimie et de la physique. A suivre donc, mais en attendant ces leçons aurons déjà couté bien cher. Le mouvement des Gilets jaunes est parti des taxes sur le diesel, à quand un mouvement sur la taxe de l’électricité qui permet, grâce à des subventions, de décarboner une énergie qui l’était déjà ?

Jean de Kervasdoué a publié cette année Les écolos nous mentent aux éditions Albin Michel

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