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La croissance française a enregistré une hausse inespérée de 0,5% au deuxième trimestre, selon les estimations de l'Insee.
La croissance française a enregistré une hausse inespérée de 0,5% au deuxième trimestre, selon les estimations de l'Insee.
©Flickr

Manque de recul

0,5% de croissance pour la France au deuxième trimestre ? Une bonne (mauvaise) blague

La croissance a enregistré une hausse inespérée de 0,5% au deuxième trimestre, selon les estimations de l'Insee. Mais les politiques devraient prendre plus de recul quant à ce chiffre mal interprété et qui ne témoigne pas forcément d'une reprise.

Robert Rochefort

Robert Rochefort

Robert Rochefort est  Vice-président du Mouvement Démocrate (MoDem) et député européen du Sud-Ouest depuis juin 2009.

Economiste, il a également été membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre de 2006 à 2010.

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Atlantico : La France a connu un rebond de +0,5% de son activité économique au second trimestre 2013 selon l'Insee. L'institut avait notamment souligné la reprise de la consommation pour expliquer ce chiffre supérieur aux attentes des économistes. Pierre Moscovici avait déclaré que "ce chiffre, supérieur aux prévisions disponibles, confirme la sortie de récession de l'économie française". Vous contestez cette idée. Pourquoi ?

Robert Rochefort : Ce chiffre a été très mal interprété et ne reflète aucunement ce que l’on en a dit jusqu’à présent. En l'état actuel, il n’est pas significatif d'une quelconque reprise de l'économie, ce que nombre d'économistes, dont je fais partie, ont essayé de souligner. Ce chiffre de +0,5% de croissance au second trimestre tient essentiellement à trois facteurs, qui pour aucun d'entre eux, n'est représentatif d'une amélioration de la situation économique française :

 

  •  la consommation annoncée ne résulte pas d’un retour de la confiance des consommateurs mais des conséquences d'un printemps particulièrement froid et pluvieux qui a eu pour principale conséquence d’augmenter les dépenses d'énergie des Français ;
 
  • les entreprises ont reconstitué leurs stocks car les destockages ont été si importants ces derniers mois qu'ils ne leur permettaient plus plus de tenir ;
 
  •  la France a été positivement impactée par l'amélioration de certains pays voisins, dont l'Allemagne, ce qui a généré un regain de commandes (il s'agit d'un facteur extrinsèque à l'économie française) 

 

Pour le reste, il n'y a qu'à regarder les chiffres de l'investissement qui a diminué tant chez les entreprises que les ménages pour se rendre compte que cette "reprise" annoncée n'est qu'une illusion. 

 

Ce chiffre peut-il par conséquent être révisé ?

Nous ne pouvons pas exclure qu'il soit révisé à la baisse dans quelque temps, ce qui correspond d’ailleurs à une pratique courante des instituts de prévisions économiques, que ce soit l'Insee ou à l'étranger. Pour cette même raison, il ne faut pas s’illusionner par les chiffres publiés par l'OCDE cette semaine qui, eux aussi, font état d'une amélioration de la conjoncture dans l'hexagone. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que les chiffres publiés par le Chateau de la Muette sont construits à partir des données fournies par l'Insee et, parmi ceux-ci, celui du 0,5% de croissance au deuxième trimestre.

Il y a donc un effet "boule de neige" de l'information. Schématiquement, s'il y a une révision de l'Insee dans les prochains mois, l'OCDE révisera mécaniquement ses propres chiffres. Outre ces chiffres, le classement des pays les plus compétitifs de Davos confirme bien que la France perd du terrain puisque nous sommes passés de la 21e à la 23e place cette année. 

Supposons que la croissance de 0,5% soit confirmée pour le second trimestre. Est-elle alors suffisante en termes de croissance par habitant ?

S'il est confirmé que la croissance ait bien été de +0,5% au second trimestre, cela représenterait une croissance annuelle comprise entre 0,1% et 0,3% pour 2013 (contre une prévision antérieure de -0,1%, soit une récession). Mais il est effectivement important de comprendre que compte tenu du dynamisme de la démographie française, toute croissance inférieure à 0,6%,constitue un "appauvrissement" par habitant.

La France a une chance considérable puisqu'elle gagne chaque année 250 000 habitants - une situation qui contraste avec nos partenaires européens les plus économiquement importants, principalement l'Allemagne. Mais tant que la croissance économique n'est pas à la hauteur de notre démographie, cela traduit une perte des richesse produites moyenne par Français.

Hors période de crise, la croissance potentielle française est sur une moyenne de 1% ou 2%. Même si la croissance était faible, elle était réelle. Depuis le temps fort de la crise, ce n'est plus le cas et le rebond de 0,5% de l'activité - s'il est confirmé - ne permettra pas de renouveler avec les niveaux passés. 2014 sera peut être une année de croissance supérieure, mais si celle-ci ne dépasse pas les 0,6% ou 0,7% il y aura une stagnation voire une diminution de la richesse par habitant.

Quelles sont les conséquences de cette mauvaise interprétation ?

Les interprétations faites de ce chiffre sont totalement disproportionnées. Partout, nous parlons de sortie de crise et d'une croissance assurée, voire d'une possible réduction du chômage. Or, il faudrait 1,5% de croissance pour réduire le chômage en France (il fallait à l'époque 2,5% ou 3% de croissance pour réduire le chômage car l'afflux de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail était plus important et celui de seniors le quittant). Nous sommes encore loin de ce chiffre pour 2013 et 2014. Le gouvernement a fait de sa priorité l'emploi. Mais les contrats d'avenir, emplois jeunes et autres contrats aidés permettront au mieux de stabiliser le chômage mais pas de le diminuer.

Les mauvaises décisions du gouvernement sont par conséquent nombreuses. Le manque de réformes indispensables dans notre pays est justifié par le gouvernement à l'aide de cette idée de la croissance revenue. Cela vaut par exemple pour la non-réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault ou encore la préparation du budget de 2014 dans laquelle on nous annonce qu'il n'y aura non plus 6 milliards d'impôts supplémentaires - ce dont on pourrait se féliciter si cela était compensé par des économies de dépenses publiques, ce qui n'est pas le cas - mais seulement 2 milliards. Encore une fois, tout repose sur une dangereuse spéculation : celle de la reprise de la croissance.

Par ailleurs, la faible croissance que nous aurons en 2013 est aussi la conséquence d'une France qui continue à accroître son endettement. Le faible niveau actuel des taux d'intérêt masque les conséquences néfastes à terme de cet accroissement continu de la dépense publique. Il suffirait que la croissance en Europe se confirme vraiment pour qu'une remontée des taux pénalise durement notre pays, l'empêchant au passage de pleinement bénéficier de cette reprise...

Par conséquent, quelles réformes sont aujourd’hui prioritaires ?

Trois réformes majeures auraient dû être faites :

 

  • Une restauration de la production qui passerait par un soutien aux PME/TPE, notamment par une fiscalité stabilisée et réformée ;

 

  • Une réforme de la dépense publique passant par une diminution des dépenses avec la mise en place de comparateurs avec les pays étrangers et entre les différentes régions ;
 
  • Une réelle réforme des retraites qui non seulement ne serait pas une réforme temporaire mais qui apporterait davantage d’équité et de justice entre régimes. Il faudrait également une évolution vers un système par points qui donnerait plus de transparence que n'a pas le système actuel, de liberté quant à l'âge de départ à la retraite et plus d'articulation entre les régimes, notamment pour ceux qui travaillent à l'étranger et reviennent en France par la suite (et pour qui il est difficile de constituer une carrière).

Malheureusement, l'histoire nous apprend qu'un gouvernement qui n'a toujours pas réalisé les réformes nécessaires un an et demi après son arrivée au pouvoir est un gouvernement qui ne les fera pas par la suite. Je suis donc très  pessimiste d'autant plus que les échéances électorales arrivent. Nous assistons à une lente dégradation de notre pays. Pourtant, cela n'est pas une fatalité. Nous possédons tous les atouts pour rebondir. Pour cela, il faudra un large rassemblement politique nouveau pour construire une alternative mobilisatrice pour nos concitoyens.

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